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Projet | Koolhaas au Garage et Piano électrique, la fin du spectacle (05-11-2015)

Moscou ne semblait pas encore se plier au diktat de la starchitecture. Certes, la ville cédait déjà aux sirènes de la modernité capitaliste : quartier d’affaires et gratte-ciel en verre marquent désormais vigoureusement le skyline de la ville. En Russie, l’architecture contemporaine était, avant tout, russe. Depuis quelques années la situation change. En quelques mois, les noms de Rem Koolhaas et Renzo Piano se sont succédé dans les médias nationaux. Avec eux, un nouveau discours : la rénovation au secours du renouveau.

Moscou

Le contexte semble fermé. Le rideau de fer est pourtant bel et bien tombé et la Russie s’est laissée rapidement gagner par le «réal capitalisme» ; son marché s’est ouvert. Son paysage s’est radicalement transformé. 

Nouveauté ! Changement ! Liberté ! La chute du communisme signait une nouvelle révolution dont l’architecture s’est fait l’écho. Les constructions rivalisaient d’exubérance allant du néo-classicisme stalinien au style international en passant, entre autres, par un Art Nouveau mis sous stéroïde.

De «grands noms» circulaient. Sir Norman Foster devait ériger la plus haute tour de Moscou avant que la ville ne le dessaisisse du projet. En 2012, Jean-Michel Willmote et Antoine Grumbach ont été désignés lauréats de la consultation pour le Grand Moscou. Diller Scofidio + Renfro ont été retenus pour l’aménagement d’un quartier en marge du Kremlin avant d’être vertement remerciés.

02(@SergeyNorin).jpgGarage - OMACes projets témoignent d’un désir d’ouverture qui ne se traduit pas toujours dans les faits. Les pouvoirs publics semblent souvent se refreiner. Surprise donc, en juin dernier, à l’annonce d’un nouveau musée d’art contemporain construit par Rem Koolhaas.

Il s’agit, en fait, d’une fondation privée, le Garage, un temps localisé dans un ancien dépôt de bus conçu par le constructiviste Konstantin Melnikov ; à sa tête, la femme d’affaires Dasha Zhukova. Le Wall Street Journal a d’ailleurs fait de l’étonnant duo russo-batave la couverture d’un supplément mensuel en février 2015. En gros et en large, le titre couronnait les deux poseurs d’«Art partners».

Ironie du calendrier, l’inauguration de l’institution russe est intervenue plus ou moins quelques jours après l’ouverture de la fondation Prada, à Milan, conçue par le même architecte. Alors même client, même recette ? Presque.

A Moscou, Rem Koolhaas a transformé non pas, comme en Italie, une ancienne usine, mais un restaurant soviétique. Edwin Heathcote, critique au Financial Times ironise, dans un article paru le 12 juin 2015, sur la situation : «la préservation n’est pas, franchement, ce qu’on attend de Rem Koolhaas. En 2010, lors de la Biennale d’architecture, il assura le commissariat d’une exposition intitulée Cronocaos, une diatribe contre l’essor de la conservation et l’inévitable moment où les villes deviendront immuables tant elles seront préservées […]. Il est maintenant ici, à Moscou et montre combien il s’est efforcé à préserver une construction qui aurait pu être aisément démolie», écrit-il.

03(@SergeyNorin)_B.jpgGarage - OMALa «volte-face» est dénoncée. Sentant la polémique, Rem Koolhaas n’hésite pas à verser dans le sentimentalisme. Du ‘FT’ au ‘WSJ’, les mêmes violons jouent la même mélodie : journaliste dans les années 60, l’architecte avait visité cette cantine alors flambant neuve. Bref de la nostalgie à l’«Ostalgie». Larmoyant.  

A force de discours et de provocations, Rem Koolhaas en arriverait-il donc à l’incohérence ? Edwin Heathcote s’interroge et questionne le maître. «Il y avait là l’intuition que la préservation pouvait être utilisée contre les échecs actuels de l’architecture», lui répond-il, et ce, parce qu’il s’agirait «d’un territoire ironiquement libre». 

L’ironie pour Edwin Heathcote est de percevoir le passé communiste comme un âge d’or plutôt qu’une expérience ratée.  «L’architecture soviétique a une qualité qui n’est généralement pas reconnue : ses proportions généreuses», déclare Rem Koolhaas au Wall Street Journal. En hommage, «l’esthétique originale est respectée».

Le restaurant populaire des années 70 a été abandonné dans les années 90 avant de devenir une zone pour jeunesse paumée ; un junk space pour dady Koolh’? L’état de délabrement est aujourd’hui mis en scène. Les grandes mosaïques sont maintenues dans leur décrépitude.

04(@SergeyNorin)_B.jpgGarage - OMALa réponse apportée au Guardian est néanmoins plus intelligible : travailler dans un édifice existant «permet d’exercer son métier sans que personne n’attende quelque chose d’extravagant». Las, Rem n’est plus à fond la forme.

Les lubies anti-préservationistes reléguées au placard, Moscou devient une tribune de choix pour une nouvelle provocation. La prise de position, cette fois-ci, engage une critique à l’encontre des musées.

«Je m’inquiète de voir la taille des musées toujours augmenter. J’ai calculé un jour que nous avions participé à un concours pour un musée couvrant 34 terrains de football. C’est une forme de folie, une sur-expansion démesurée», déclare-t-il au Wall Street Journal. «Je me suis davantage intéressé à la préservation en tant qu’antidote contre l’exhibitionnisme contemporain des nouveaux musées», lance-t-il.

Cinq mois plus tard, le milliardaire russe, Leonid Mikhelson pourrait «voler la vedette à Dasha Zhukova», selon le site spécialisé ArtNetNews. Et par la même occasion à Rem Koolhaas. L’homme d’affaires a, en effet, commissionné Renzo Piano pour transformer une ancienne centrale électrique moscovite datant de 1907 en centre d’art. La fondation V-A-C est promise pour 2019.

05(@VAC RPBW)_B.jpgFondation VAC - RPBWBref, à Moscou la starchitecture signe par l’intermédiaire de la commande privée une nouvelle page mais également la fin du spectacle. Désormais, la reconversion sera le genre urbain.

Jean-Philippe Hugron

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