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Présentation | Jaune et jolie, l'architecture de Corinne Vezzoni (28-10-2015)

Le boulevard Jean Moulin n’est pas l’adresse la plus joyeuse de Marseille. Autrefois, un canal agrémentait des environs bucoliques. La ville a pris ses droits, bouché l’irrigation et créé une voie rapide pour desservir, entre autres, un imposant complexe hospitalier érigé dans les années 60, à savoir La Timone. Depuis, Corinne Vezzoni est intervenu.

Marseille | Vezzoni & Associés

L’architecture de béton brut de René Egger n’a pas perdu de sa prestance. Elle en impose même dans le paysage urbain. Il faut dire que l’ancien associé de Fernand Pouillon avait imaginé un parti architectural quasi brutalisme orchestré selon une composition moderne, spacieuse et aérée. Des interventions plus tardives sont venues défigurer l’ensemble hospitalier au grand désespoir de son concepteur.

Aussi la visite qu’il reçut, il y a quelques années, d’une pétillante architecte eut de quoi le surprendre ; Corinne Vezzoni s’inquiétait de l’approche à adopter pour la réalisation du nouveau pôle pédagogique qu’elle imaginait être un signal à l’entrée du site.

02(@LRicciotti)_S.jpgFace aux premières esquisses, René Egger s’est montré particulièrement enthousiaste. «J’avais imaginé avec mes associés et collaborateurs un bâtiment compact entièrement couvert de pate de verre jaune en référence à l’architecture du centre hospitalier», explique Corinne Vezzoni. «Egger et Pouillon en ont fait un usage fréquent. Il s’agissait d’un jaune Pop’art assez difficile à retrouver», poursuit-elle.

La matière et la couleur avaient comme une évidence. Il s’agissait d’animer une artère grisonnante de la ville, de signaler l’entrée du centre et aussi d’offrir un entretien facile à ses utilisateurs ; la pollution est particulièrement élevée le long de ce boulevard passant.

Toutefois, la municipalité n’a pas été sans émettre quelques craintes ; au point même de menacer l’architecte d’un veto. «L’Ordre et la Maison de l’Architecture ont organisé, dans ce contexte, une exposition sur ce bâtiment afin de poser la question de la couleur en ville. L’événement a donné lieu à des conférences. Fernandez et Serres sont venus s’exprimer ; ils ont également réalisé un bâtiment jaune et ont connu ces mêmes déboires. Le regard évolue et nous nous confrontons de nouveau au plus grand conformisme», indique Corinne Vezzoni.

03(@LRicciotti)_B.jpgLes poids et les mesures. Par la même occasion, Marseille se retrouve tartinée de cigalounes et autres provençaleries néo-antiques… mais le jaune fait tiquer… «L’appréciation de la couleur est certes subjective. Toutefois notre choix n’était pas gratuit», revendique l’architecte. «Je ne suis pas habillée en noir !», souligne-t-elle.

La maîtrise d’ouvrage, dans ce débat, s’est toujours montrée favorable à ce choix audacieux. In fine, l’ensemble est jugé «graphique» et «photogénique» autant que peut l’être un «acte artistique», sourit Corinne Vezzoni.

04(@DR)_B.jpgL’architecte aime toujours autant relier son art à un imagier plus large. Aussi, n’hésite-t-elle pas à citer des peintures de Vermeer. «Certains parlent bien de Van Gogh», s’amuse-t-elle comme pour se dédouaner.

«C’est une anecdote, reprend-elle. Ce sont des images qui arrivent au moment de la conception. J’avais en mémoire, à ce moment, cette vue de Delft. Le soleil tape sur un petit pan de mur jaune. Ce maigre élément vient illuminer l’ensemble de la composition. Je voulais, toute proportion gardée, illuminer ce boulevard de Marseille», dit-elle.

Aussi, dans ce quartier mal exposé, le nouveau pôle pédagogique du campus tente, par un travail plastique assumé, d’ensoleiller un morceau de ville déshérité de toute attention tout en assurant un écho subtil à l’histoire. En définitive, une architecture sobre et picturale.

Jean-Philippe Hugron

05(@DR)_S.jpg

Réactions

oursam | 29-10-2015 à 09:16:00

Il faut arréter de fumer la moquette

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