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Visite | AIA, ô mon bateau (09-09-2015)

Le Havre poursuit ses transformations. Les activités portuaires ayant quitté le centre, d’importantes friches restent encore à urbaniser. Parmi les symboles de cette transformation, la nouvelle Ecole Nationale Supérieure Maritime. Ses architectes ? AIA qui, pour l’occasion, a livré en juillet 2015 un ensemble sobre organisé à l’image d’un navire de commerce. 

Education | Le Havre | AIA - Architectes Ingénieurs Associés

Le Corbusier imaginait ses cités radieuses comme d’imposants navires. Et pour cause, les paquebots transatlantiques ont été durant l’Entre-deux-guerres de mythiques modèles qu’une génération d’architectes a voulu retranscrire dans la pierre ou le béton, de Pierre Patout aux streamliners britanniques.

Aujourd’hui ces imposantes figures maritimes semblent dans les cartons d’un imaginaire suranné. La grande échelle a depuis été condamnée même si vaguement récupérée par quelques danois et hollandais fantasques.

La surprise venait alors d’un carton d’invitation daté de juin 2015 sur lequel figurait un «vaisseau urbain», l’Ecole Nationale Supérieure Maritime du Havre. Dans un décor de port déshérité de toute activité, une masse sombre surgit d’une darse dont les eaux sont lisses et miroitantes.

Sur place, le directeur de l’institution, face aux journalistes, est clair. «Nous devions arriver dans ce bâtiment à un fonctionnement proche de ce que les officiers rencontreront plus tard dans leur métier», dit-il. En somme, il fallait ériger un navire immobile.

05(@LucBoegly)_S.jpgUn bateau aurait pu être littéralement proposé. Des équipes d’architectes auraient même osé le pari. Toutefois le parti sobre de AIA fut privilégié. La réponse apportée par l’importante agence parisienne est un écho subtil à l’Institut d’Etudes Politiques conçu par Christian Hauvette, lui aussi s’imposant sur la darse dans toute sa rigueur.

02(@LucBoegly)_S.jpg«Nous voulions que le bâtiment soit un cadre et une mise en vibration du quai. Nous voulions créer un promontoire pour regarder l’eau différemment», assure Pacôme Bommier, architecte. De fait, depuis la rue, l’esplanade se soulève. «Nous nous sommes inspirés des données du site. Nous voulions concevoir un bateau sans en offrir l’image. Nous avons dès lors positionné le bâtiment le long du quai», poursuit-il.

La masse sombre est quant à elle «l’évocation de la puissance et du mystère d’un navire». Attiré par ce monolithe noir, le visiteur ou l’élève découvrira, en premier, un vaste hall. Fait majeur, une monumentale volée d’escaliers, large de cinq mètres et haute de vingt mètres, dessert l’ensemble du bâtiment. La machine s’offre alors béante sous une lumière zénithale. L’échelle du navire est dès lors saisissante.

Au rez-de-chaussée bas, «les halls des machines et les simulateurs». Au rez-de-chaussé haut, hall, amphithéâtres, centre de documentation et salles d’enseignement. Ces dernières se retrouvent aussi dans les étages supérieurs.

«L’ensemble du programme a été configuré de façon à faire du bâtiment un outil pédagogique dont l’organisation interne est comparable à celle d’un navire», indique Laurent Pérusat, architecte. Pour résumer le concept, rien de tel alors qu’une expression anglo-saxonne : «ship in school».

03(@LucBoegly)_S.jpgLes intérieurs sont volontairement industriels et bruts. Tout semble avoir été mis en œuvre pour conditionner les futurs officiers de marine. Le détail va même jusqu’à la sonorisation des espaces afin de retrouver quelques atmosphères assourdissantes.

Pour poursuivre la métaphore, l’édifice a été conçu comme «un navire en mer» indépendant énergétiquement. Aussi, l’ensemble se réclame BEPOS. «Cette conception repose sur quatre axes : la réduction des besoins, la mise en place de systèmes performants permettant l’optimisation des consommations, la couverture de ces faibles consommations par des énergies renouvelables et le suivi des performances dans le temps», notent les architectes.

04(@LucBoegly)_S.jpgDe fait, le bâtiment imaginé est compact et unitaire. «Nous voulions réduire les surfaces déperditives», poursuivent-ils. Entre autres solutions performantes, AIA montre avec une certaine fierté «un système innovant de pompe à chaleur avec capteurs immergés». «Nous avons placé ce dispositif dans le bassin de l’Eure afin d’exploiter l’énergie marine et de couvrir l’ensemble des besoins de chauffage et de refroidissement des locaux», précisent-ils.

In fine, cette Ecole se veut, à bien des égards, exemplaire sans pour autant donner la démonstration grandiloquente. Un projet qui reste donc, sans cesse, dans l’évocation.

Jean-Philippe Hugron

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