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Uruguay | Contre-culture : Mike Reynolds et le cahier décharge (11-06-2015)

L’arrivée de l’architecte américain Michael Reynolds en Uruguay est saluée par les plus grands quotidiens nationaux. La República félicite son implication dans un projet original : la première école auto-suffisante du continent sud-américain. Enfin, El País loue l’architecture du «guerrier de la décharge».

Education | | Michael Reynolds

«Quand Noé était en train de construire son arche dans le désert, tous l’ont taxé de fou. Entre temps, le déluge qu’il avait pressenti est arrivé. L’architecte américain Michael Reynolds aime alors à se remémorer cette histoire pour défendre les projets qu’il a commencé à ébaucher et que quatre décennies ont affiné. Néanmoins, dans le meilleur des cas, il reste considéré comme un hippie», note Carlos Cipriani López dans l’édition du 12 mai 2015 de El País.

Original ? Farfelu ? Convaincu ! Michael Reynolds, fondateur de Earthship Biotecture, poursuit ses combats depuis près de quarante ans. Tout a commencé en 1978, au Nouveau-Mexique, loin de l’urbanisation galopante des grandes villes nord-américaines. C’est dans ce contexte qu’il chercha à inventer des dispositifs constructifs à partir des déchets de la société de consommation : pneus, bouteilles en verre, boîtes de plastique, cannettes en aluminium...

02(@Victorgrigas)_B.jpgMichael Reynolds, à force de livres et de films, a diffusé sa pensée et ses 'géonefs'. Après avoir travaillé en Argentine et au Chili, l’homme de l’art a même fini par convaincre quelques élites uruguayennes, notamment par l’entremise de quatre passionnés.

Un projet d’école à Jaureguiberry - à une trentaine de kilomètres à l’est de Montevideo - est alors né, sans autre financement que quelques généreuses donations. L’édifice, une fois achevé, sera vraisemblablement l’une des premières écoles auto-suffisantes du continent.

Le chantier doit, selon l’architecte, débuter en novembre et s’achever seulement huit semaines plus tard. En tout et pour tout 270m² avec panneaux photovoltaïques, système de récupération des eaux pluviales et système de traitement des eaux résiduelles : en somme, la panoplie idéale.

03(@AmziSmith)_B.jpgSoixante-dix volontaires participeront au chantier. Tous apprendront le travail et pourront ensuite l’appliquer à d’autres constructions. «La première idée était de faire participer les enfants. En travaillant avec eux, en les accoutumant à nos techniques, ils pourront au mieux les communiquer à leurs parents. C’est le meilleur moyen pour nous de voir notre philosophie se développer», assure l’architecte dans l’édition du 17 mai 2015 du quotidien La República.

Pour illustrer son propos, il évoque une expérience menée en Asie. «Il ne s’agit jamais de dire qu’il est mal de jeter mais de montrer que ce dont chacun se débarrasse a une valeur : les bouteilles, les conserves, les pneus... [...] En Inde, nous avons construit après le tsunami. Nous avions besoin de bouteilles en plastique. Nous avons assuré aux enfants que nous leur donnerions une roupie pour chaque bouteille ramenée. Autant dire qu’il n’y en avait plus une seule dans les rues. Le plus important est de donner une valeur aux choses et de présenter un projet fini», poursuit-il.

Le journaliste s’inquiète toutefois d’une société uruguayenne peu encline à ses choix. L’architecte se veut rassurant et rappelle combien «tout changement nécessite une organisation des tâches». Aussi, la ville de Jaureguiberry doit s’impliquer tant pour ce projet que pour la pérennisation du dispositif en vue de pouvoir réitérer l’expérience.

04(@DavidHiser).jpgSur ce même principe, l’architecte a réalisé en Patagonie, à El Bolsón, et sur l’île de Pâques des édifices plus ou moins similaires. A Ushuaïa, un projet tient une place plus particulière aux yeux de Michael Reynolds étant donné le climat extrême de cette zone géographique. Des murs mêlant pneus et isolant ont permis de répondre aux contraintes thermiques, «sans dépenser, ni polluer». Une gageure.

Alors architecture marginale ? Contre-culture ! Réchauffement climatique et crise économique ont relancé l’intérêt pour ces pratiques différentes de l’art de bâtir. Applaudis par les bourgeoises sociétés de consommation, ces initiatives leur posent malgré tout une question : voudraient-elles seulement un jour ou l’autre appliquer ces bonnes solutions ?

Jean-Philippe Hugron

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