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Italie | A Milan, du néo-Tadao (11-06-2015)

Après les réalisations de David Chipperfield et Rem Koolhaas, Milan exige une nouvelle étape : les silos Armani, inaugurés le 30 avril 2015. Son architecte ? Difficile de le savoir. Un communiqué lapidaire, tout en lettres majuscules, précise que «Giorgio Armani a volontairement recherché une forme rationnelle». Le styliste s’est-t-il donc fait maître d’oeuvre ?  

Bâtiments Publics | Culture | Milan

«La recherche de simplicité, la préférence pour les formes géométriques régulières et le désir d’uniformité ont donné naissance à une architecture sobre et monumentale suivant la règle de l’ordre et de la rigueur. A contre-courant d’une tendance de l’architecture contemporaine, Giorgio Armani a volontairement recherché pour le projet de la via Bergognone une forme rationnelle», assure le document. A aucun moment, il n’est fait mention d’un architecte. Difficile à croire.

La nouvelle institution dédiée à la griffe, a pour seule vocation la mise en avant de la marque et de quelques élégants modèles. Ici, rien d’une fondation pour l’art contemporain.

Inauguré à une semaine d’intervalle, Prada a su davantage attirer les regards. Les deux projets, pourtant, partagent cette même critique de l’architecture spectacle en tentant de se révéler sous des atours parmi les moins expressifs possibles.

Autre point de convergence, le contexte industriel dans lequel ont émergé ces deux structures. Certes, il en va d’une «mode» à s’emparer des friches. Ici, d’anciens silos Nestlé érigés dans les années 50 soit au coeur d’un parti originel rationnel qui n’est jamais sans déplaire, d’autant plus à un commanditaire qui n’avait pour exigence que d’aller à l’encontre des gestes grandiloquents.

02(@DavideLovatti)_B.jpgEn face, le groupe Armani avait d’ailleurs commandé à Tadao Ando un «théâtre», une discrète réalisation. En lieu d’une scène, il s’agit davantage d’un espace capable pouvant abriter défilés et grands «shows» pour le compte de la marque.

C’est donc dans ce même esprit que les silos ont été aménagés. «Dans une esthétique qui cherche à se libérer du clinquant et du superflu». De la mode ?

Les silos sont toutefois comparés à une «basilique», offrant un vaste espace ouvert sur trois niveaux. Plafonds noirs, sols et murs gris : «c’est une architecture sobre et rigoureuse, quatre étages qui évoquent rapidement l’image d’une ruche», préfère Fabrizio Ravelli dans l’édition du 31 mai 2015 de la Repubblica.

03(@DavideLovatti)_B.jpg «Il ne lui [Giorgio Armani] plaît pas de définir ce lieu en tant que musée. Le mot lui paraît vieux et statique. Ces Silos présentent pourtant quarante années de labeur», précise le journaliste qui voit toutefois dans l’ouverture de cette institution un paradoxe.

«Il y a une contradiction évidente entre Armani, connu pour sa discrétion, et la décision d'ouvrir en ville une sorte de temple pour consacrer et présenter le travail de toute une vie».

Bref, une auto-célébration loin des nouveaux réflexes culturels où le privé s’empare d’un secteur face à des pouvoirs publics toujours plus affaiblis.

De Paris à Milan, l’art se marchande à travers les vitrines de nouvelles «fondations». Armani n’a pas pris le risque de se détourner de son métier, au pire pour satisfaire seulement son égo.

L. Dehò

04(@DavideLovatti)_B.jpg

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