Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Brève | Quai Ouest : depuis les rives de Meurthe, un bijou veille sur Nancy (04-06-2015)

«J’ai dessiné et porté un bâtiment compact qui serait immédiatement lu et compris. Ses façades sont entièrement recouvertes d’acier inoxydable, percées par des baies oblongues à l’intérieur desquelles les fenêtres sont rondes comme des yeux. Au dessus, j’y ai posé des paupières, en position relevée, signe d’une vigilance orange. La grande densité perceptible est adoucie par la légèreté glissante de l’inox, ramenant les effets changeants du ciel sur les surfaces exposées et par les fenêtres au dessin inédit», indique Anne Démians, dont l'agence a livré en mars 2015 un programme mixte composé de bureaux, commerces et résidence hôtelière sur les rives de Meurthe. Communiqué.

Nancy | Anne Démians

Ce projet reste particulièrement atypique parce qu’il se trouve à cinq cents mètres de la célèbre place Stanislas mais pas seulement. Il témoigne d’une ambition qui - si elle n’avait pas été inscrite dès le départ dans son code génétique - aurait abouti à une construction banale, sans relief et sans histoire.

L’impertinence échafaudée de Quai Ouest révèle d’abord l’exigence d’un maire, à l’époque André Rossinot aujourd’hui Président de l’Agglomération du Grand Nancy. Ensuite, les intérêts croisés d’une entreprise - Pertuy Construction -, soucieuse d’afficher une image de marque liée à des partis pris urbains, notamment la volonté de (re)concilier la créativité architecturale et la pérennité vertueuse d’un bâtiment moderne à basse consommation.

Autrement dit, Quai Ouest est la synthèse d’une énergie politique et de l’engagement d’un promoteur privé.

02(@Jean-Pierre Porcher)_S.jpgQuai Ouest se singularise par son enveloppe d’acier inoxydable et par ses 650 fenêtres oblongues semblables à des yeux ouverts sur la ville. Ce bâtiment de 10.000 mètres carrés - sur un îlot qui en compte 28.000 - regroupe des bureaux - et notamment le siège de Pertuy Construction, filiale de Bouygues -, une résidence hôtelière et des commerces.

Situé dans les faubourgs de Nancy, anciennes friches industrielles du XXe siècle et de part et d’autre du Canal, ce territoire nancéien est à la couture de la ville de Charles III et des nouveaux quartiers des Rives de Meurthe : 300 hectares en cours d’urbanisation qui prolongent la ville en lui offrant une nouvelle centralité contemporaine.

Autrefois occupé par une usine à gaz, le terrain de Quai Ouest a été assaini, sa dépollution a même été primée par l'ADEME pour son exemplarité. Longeant le Canal, il se trouve à l’articulation de la ville ancienne et de la ville nouvelle amorcée par les Jardins d’Eau d’Alexandre Chemetoff et son alignement d’immeubles modernes. Il est aussi l’aboutissement de l’axe commercial historique de Nancy dessiné par les rues Saint-Jean et Saint-Georges, aujourd’hui traversées par le tramway.

Quai Ouest ose et propose une articulation contemporaine de la mixité basée sur un équilibre délicat et concerté de consonances et dissonances architecturales. Comme la plupart des principaux bâtiments du vieux Nancy, les matières y sont claires, elles se reflètent et se complètent sans mimétisme littéral. Les volumétries s’y répondent et s’interpellent trouvant des échos dans des altimétries transversales.

03(@Jean-Pierre Porcher)_B.jpgEn raison de la désorganisation des espaces le long du Canal, et ce à une échelle significative au regard du patrimoine voisin existant, Quai Ouest s’aligne à la fois sur l’axe historique nancéien et renforce le front naval contribuant ainsi à la recomposition de la clarté urbaine. Le volume du bâtiment en recherche d’unité entre également en résonance avec ceux des îlots qui ont marqué l’espace public de Nancy depuis le XVIIIe siècle comme l’Opéra ou l’Hôtel de la Reine, proches de la Mairie et de la Place Stanislas.

La fusion s’opérant à l’horizontale entre les fonctions, l’échelle recherchée pour cet angle de rue n’a nul besoin de sur-hauteur par rapport au reste du quartier. Le volume unique peut donc rester en deçà des prospects et hauteurs maximales imposées. Cette hauteur maîtrisée facilite l’articulation interne des altimétries des bureaux (contenus à R+5) dont fait partie le siège de Pertuy Construction et de la résidence (maintenue à R+4) et des fonctions ayant chacune leur hauteur d’étage optimale (3,35m pour les bureaux et 2,74m pour les appart’hôtels).

Ce dispositif préserve également une relation équilibrée avec les immeubles de logements (en devenir) et les bureaux existants voisins. In fine, le volume unique se soulève ou se comprime pour induire une dynamique spatiale en résonance avec le site. L’enveloppe elle-même accompagne ce mouvement unique pour découvrir les vitrines des commerces, les halls des bureaux et de la résidence hôtelière. Comme pour l’Opéra et l’Hôtel de la Reine, la mixité se fond dans une même vibration des ouvertures dans le plein.

04(@Jean-Pierre Porcher)_S.jpgLa transcription de la mixité s’inscrit dans le patio intérieur éclairé par les reflets changeants du ciel miroitant dans l’inox. Cet espace de convivialité partagé et arboré se situe en prise directe avec la salle de restaurant-cafétéria en rez-de-chaussée.

La mixité fonctionnelle regroupant des bureaux, une résidence de tourisme et des commerces permet des synergies inédites. Ceux qui y travaillent peuvent séjourner sur place ; ceux qui sont de passage peuvent, quant à eux, se rencontrer et organiser des réunions. Tous ont accès aux commerces qui étaient jusqu’à présent absents sur cette partie de l’axe commercial historique.

Les 88 emplacements de parking (au lieu du double) sont dévolus à la résidence hôtelière et aux bureaux, excepté ceux de Pertuy Construction. La direction du siège social a en effet souhaité réviser les modes de vie et de fonctionnement de ses salariés en les incitant à utiliser les transports en commun et à partager des véhicules électriques pour leurs déplacements professionnels sur la communauté urbaine.

05(@Jean-Pierre Porcher)_B.jpgLa compacité de Quai Ouest permet de construire un volume simple sans porte-à-faux. Tout en respectant une hauteur dalle-à-dalle d’environ 3,35m, les choix techniques et environnementaux permettent une hauteur sous plafond d’environ 2.70 mètres. Le cloisonnement est libre, sur la trame de 2,70m.

Sa compacité est source d’optimisation d’énergie, d’économie de matière et de maximisation des surfaces et des espaces. Sa forme pure permet un aménagement flexible, standard et économique. La fenêtre haute fait entrer largement la lumière jusqu’au coeur du bâtiment, la fenêtre basse offre aux usagers une visibilité immédiate sur la ville.

Les formes ovales et galbées de l’enveloppe, les facettes et les arrêtes couvrant de manière fluide et continue l’ensemble du volume atténuent la lecture des trames et des planchers, tout en suggérant les fonctions. La matière, un acier inoxydable teinte naturelle, oscille entre le blanc et le gris selon l’angle de vision et la lumière.

Pour réaliser les formes ovales de 650 ouvertures, Cirmad a développé des outils spécifiques, à savoir, des modules de fenêtres en résine issus de la technologie automobile. Des modules posés avec une grande précision afin de recevoir la vêture en inox.

06(@Jean-Pierre Porcher)_S.jpgFiche technique

Programme : construction mixte composée de bureaux, commerces et résidence hôtelière
Lieu : Avenue du XXe Corps, Quai Sainte Catherine, Nancy
Maître d’ouvrage privé : Cirmad
Maître d’oeuvre : Anne Démians, architecte, Architectures Anne Démians / BET TCE : Pertuy Construction / BET façade : VP Green
Surface : 10.200m² SHON
Projet BBC - 20, HeE
Coût : 15M€ HT

07(@Jean-Pierre Porcher)_B.jpg

Réagir à l'article





Portrait |Bartolo Villemard, les pilotes de la métamorphose

L’image, l’objet, la forme, le contexte… autant de tartes à la crème ! Eric Bartolo et Jérôme Villemard en sont pleinement conscients. Toutefois, le duo se refuse de participer au jeu des mots...[Lire la suite]

Portrait |Les mégalo-structures de Jon Jerde, un hommage

Il n'est pas dans l'habitude du Courrier de l'Architecte de tenir un carnet et de publier les nécrologies convenues en ces tristes occasions. L'exception fait toutefois la règle. Jon Jerde est décédé le 9...[Lire la suite]


Portrait |Bruno Rollet, des nouvelles du front ?

Les conditions difficiles d’exercice du métier d’architecte ou encore la réduction des prérogatives d’une profession amènent de nouvelles pratiques. Dans ce contexte, l’angle d’attaque social...[Lire la suite]

Portrait |La maquette sans Chichi ? Impensable!

Chichi. Antonio Chichi. Prononcez Kiki. Italien. Plus exactement Romain. Né dans le quartier de San Lorenzo, de parents pauvres. Rien ne le prédestinait à la célébrité si ce n'est son talent. Son oeuvre est...[Lire la suite]

Portrait |Loci Anima, de la discrétisation au cabinet de curiosités

Connaissez-vous seulement les post-it solaires ou encore les façades-gouttières ? Il n'y a, chez Loci Anima, pas un projet sans une nouvelle expression. Alors, pour Françoise Raynaud, sa fondatrice, le bonheur paraît...[Lire la suite]

Portrait |Il était l'architecte le plus dangereux du monde

L'appréciation n'est pas celle du Courrier de l'Architecte… mais du FBI. Sous la plume de son premier directeur, J. Edgar Hoover, elle cible un américain : Gregory Ain (1908-1988). Ses fréquentations teintées...[Lire la suite]