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Portrait | Carl Fredrik Svenstedt, Swedish connection (04-06-2015)

Parisien, Suédois, formé aux Etats-Unis, ayant grandi au Canada, Carl Fredrik Svenstedt est un étrange hybride culturel. Architecte, il joue, derrière une apparence sage, des contradictions. Un goût pour la provocation ? Certes, mais toujours dans la mesure. De l’analogique et du digital, du rêve et de la réalité, la mise en oeuvre le fascine.  

France | Carl Fredrik Svenstedt

«Une agence de 25m² mais de 100m³», sourit Carl Fredrik Svenstedt. Au coeur du Marais, escalier monumental et hauteur sous plafond en imposent. L’agence occupe une pièce de l’hôtel paticulier du XVIIe siècle, face à l'ancienne demeure du corsaire Jean Bart.

Rien de tape-à-l’oeil. L’atmosphère de la cour est surannée. Chacun pourrait y déceler le quartier tel qu’il pouvait être il y a encore quelques décennies, loin des nouvelles boutiques de luxe qui envahissent, depuis plusieurs mois, la rue des Archives et la rue des Francs-Bourgeois.

Au 5 rue Chapon, les façades sont même un peu décaties et l’atelier d’un doreur témoigne d’un passé artisanal largement révolu.

Depuis l’étage noble et à travers les hautes fenêtres de l’agence, la ville montre un ensemble disparate d’hôtels particuliers. Pierre blonde et toits en ardoise, un autre temps. C’est dans ce contexte que Carl Fredrik Svenstedt conçoit son architecture. «J’aime être entre l’art et la pratique», dit-il.

02(@CFSA)_S.jpgDe retour d’un voyage en Italie - pour visiter notamment le site d’une future maison dont il s’est vu confier la réalisation -, l’architecte retrouve les dernières photographies illustrant l’état d’avancement d’un de ses chantiers en cours, celui d’un chai dans les Côtes de Provence. Un projet à l’apparente simplicité.

«J’ai appris l’architecture avec le besoin de justifier, sans cesse, son trait par autre chose ; il fallait citer Derrida et faire un dessin à la Eisenman. Mon intérêt porte davantage sur le rêve et l’invention en vue de sa réalisation», affirme l’homme de l’art.

La pratique se veut alors entre «l’analogique et le digital». Les dernières livraisons ne laissent pourtant rien présager d’une conception computationnelle. Pour se justifier, Carl Fredrik Svenstedt sort un dessin provoquant : la reconstruction des Tuileries.

A l’identique ? A sa façon ! Lignes courbes et fluides relient les pavillons de Flore et de Marsan. Un jeu de passerelles et de plateformes aériennes offre un panorama inédit sur l’axe historique et le Louvre.

Autre exemple : un banc édité par une entreprise américaine. «Sa forme est digitale», souligne l’architecte. Et d’ajouter pourtant «avoir tout appris en dessinant à la main». «Je traverse les époques sans être nostalgique», dit-il.

05(@CFSA)_S.jpg«Je suis toutefois 'émotionnellement' suédois», prévient-il et de «formation nord-américaine». Le jeune homme a grandi dans les quartiers anglophones de Montréal. «Je faisais partie d’une diaspora anglo-saxonne», se souvient-il. A l’époque, la métropole québécoise était la capitale économique du pays.

Pour ses études, direction Yale et Harvard, la traditionnelle et l’institutionnelle. «Harvard avait la réputation de préparer des architectes pour les plus grosses agences. Yale formait alors des ‘individual practitioners’ dont l’approche était plus artisanale», explique Carl Fredrik Svenstedt qui assume d’ailleurs davantage cette «identité».

La pratique est apprise aux côtés de Santiago Calatrava - «Nous faisions des projets hors du commun» - et de Studio Milou - «J’y ai appris le détail et la méfiance à l’égard des catalogues de produits» -.

Au contact du maître catalan, Carl Fredrik Svenstedt apprend même les responsabilités. Très vite, il devient chef de projet dans le cadre d’une commande vertigineuse : une tour à Londres. «Le plus intéressant à observer dans la manière de travailler de Santiago Calatrava est qu’il peut revoir un projet intégralement pour l’améliorer. Il était toujours prêt à redémarrer de zéro. Nous étions alors dans une quête permanente de l’exceptionnel». Une école.

04(@CFSA)_S.jpgL’architecture pour Carl Fredrik Svenstedt n’avait rien d’une évidence. En tout et pour tout, il y eut sept années passées entre Harvard et Yale. Un temps en histoire et en littérature, un autre en architecture. «Je savais que je voulais étudier l’art de bâtir mais je voulais, avant, apprendre à réfléchir». Un père cinéaste, poète et écrivain n’est sans doute pas étranger à la prise de position.

Quelques mois passés à New York sont rapidement passés sous silence. Peu importe, l’ambition était alors de «retrouver [ses] racines». Direction la Suède via Paris. «C’était l’époque des Grands Travaux. J’étais alors convaincu qu’une agence pouvait accomplir de grands desseins», dit-il.

Qui plus est, la Suède connaissait alors une grave crise financière qui paralysait l’activité du pays. Stockholm n’était donc pas l’adresse indiquée pour se réaliser.

Le reste est ensuite guidé par une succession de «hasards» ; «je n’ai pas été formé en France et n’avais aucun réseau». De fait, CFSA n’est jamais réellement entré dans le système des marchés publics. Qui plus est, l’agence fondée en 2000 a manqué la «fenêtre» ouverte pour les Nouveaux Albums. «Je suis maintenant plus âgé que j’en ai l’air». 47 ans et un carnet de commandes fait d’appartements, de maisons, de chais et d’équipements viticoles.

De fidèles clients et un bouche à oreille efficace assurent à l’agence son roulement. Parallèlement, Carl Fredrik Svenstedt enseigne. «Je suis fasciné de voir les autres inventer des solutions nouvelles, de voir se former les idées que je n’ai pas eues».

Plus qu’un professeur, l’architecte se veut un «coach», autrement dit, un entraîneur : «j’aide les élèves à trouver leur chemin. Je prône un enseignement qui pousse à la remise en question».

06(@CFSA)_S.jpgLa Villette, Rouen, Yale, l’ESA, Versailles et même une école de cinéma ! «J’ai de grandes affinités avec le septième art. J’ai enseigné l’histoire de l’architecture à travers les films», dit-il.

Avec jubilation, Carl Fredrik Svenstedt évoque, entre autres, La Grande Illusion de Jean Renoir et ses tunnels, camps d’internement, forteresse du XVIIIe et château médiéval. «Rien de mieux pour appréhender l’architecture militaire», assure-t-il.

Reste à mener de front l’agence. «Depuis deux ans, nous travaillons sur des sujets passionnants. Nos clients nous réclament des propositions risquées, d’envergure et bien faites», débute-t-il.

Non loin de l'abbaye du Thoronet, un chai, tout de pierre, expose ainsi une façade étonnante où, à la statique et au poids d’un matériau, l’architecte, par un jeu de composition, donne l’impression d’un véritable mouvement. De la légèreté.

03(@HerveAbbadie)_S.jpgConcours ouverts en Suède, appels d’offres en France... Et désormais candidatures en collaboration avec d’autres agences font partie des tests pour accéder à la commande publique. CFSA travaille alors ponctuellement avec Moneo Brock, un bureau madrilène fondé par la fille de Rafael Moneo.

«En plus d’une liberté de travail, cette agence fait montre - comme bien des architectes espagnols d’ailleurs - d’une maîtrise du projet en dessinant tous les plans d’exécution», indique Carl Fredrik Svenstedt. A cette «vision globale» de l’architecture, l’homme de l’art ne peut qu’adhérer.

Il se montre également admiratif de tous ces maîtres d’oeuvre qui, «à partir de l’informe, dépassent le virtuel».

«L’enseignement que j’ai reçu a été, par bien des aspects, classique et académique. Le plus important était d’apprendre à penser la matière et le détail. A partir de là, nous pouvions rêver et aller loin dans l’architecture spéculative», reprend l’architecte.

L’intérêt pour Carl Fredrik Svenstedt repose davantage dans la manière dont chacun passe du plan à la mise en oeuvre.

La curiosité anime l’architecte. Avec un brin de candeur, toujours. «J’arrive sur un chantier comme un enfant naît pour vivre sa vie». Bref, de la découverte du monde pour sans cesse apprendre à réfléchir.

Jean-Philippe Hugron

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