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Présentation | Inverser la courbe ? Question d'économie pour Leibar Seigneurin (07-05-2015)

Leibar Seigneurin signe généralement une architecture retenue. L’angle est droit sinon incisif. A Bordeaux, 36 logements livrés en janvier 2014 et voilà que la ligne devient courbe. Un leurre !, s’amuse Xavier Leibar. Certes, l’attique est sinusoïdal et les balcons se déhanchent quelque peu mais le reste est résolument orthogonal. Qui l’eût vu ?

Logement collectif | Bordeaux | Leibar Seigneurin

«Notre vocabulaire est rigoureux et tramé. En adoptant un tel langage, nous prenions le risque de disparaître sous la pression du contexte. L’opération étant plus petite et plus basse, nous voulions lui donner une autonomie formelle et plastique», débute Xavier Leibar.

Qui plus est, le projet se situe dans un secteur emblématique de Bordeaux, la Cité du Grand Parc, un grand ensemble longtemps en marge de la ville et depuis rattrapé par son développement. Ruptures d’échelles et «géométrie sèche» caractérisent alors le site.

«Nous nous confrontons à une architecture générique marquée par un rapport de pleins et de vides très dilaté», prévient Xavier Leibar. «La collectivité est désormais soucieuse d'apporter la même attention à ce quartier qu'aux autres», poursuit-il.

02(@PMiara)_S.jpgUne importante opération de rénovation urbaine est alors en cours. Une parcelle d’angle s’est libérée à la jonction d’une grande rue pénétrante et d’un des accès à la cité. «Nous sommes là à l’interface de la ville du XIXe siècle et du grand ensemble», souligne l’architecte.

Le contexte géographique, politique et social imposait donc à cet endroit une opération exemplaire assurant une transition entre les diverses constructions alentours. Toutefois, l’écriture choisie ne pouvait être, selon Xavier Leibar, qu’une «conséquence de la qualité d’usage».

Premier point d’analyse : le parc. «Les logements de notre opération, contrairement à ceux de la Cité qui n’ont presque aucun rapport avec l’extérieur, cherchent les vues sur les espaces verts en proposant une continuité dedans / dehors», dit-il.

Deuxième point : l’architecture «générique» de l’ensemble. Le rapport à l’extérieur implique une distinction selon l’orientation. «Notre projet est ouvert au sud et, à l’inverse, est beaucoup plus mesuré au nord», note Xavier Leibar.

03(@PMiara).jpgA ces grands principes s’ajoutent la répartition des éléments programmatiques. La mauvaise qualité du sous-sol et la nécessité de travailler dans un «budget maîtrisé» ont impliqué la réalisation d’un parking dans le socle de l’immeuble.

«Le rez-de-chaussée est le premier contact avec le bâtiment. Nous voulions donner une qualité d’ambiance et avons réalisé des murs en gabion qui filtre la lumière de façon surprenante», soutient-il.

Restait à Xavier Leibar et Jean-Marie Seigneurin d’être «démonstratifs» et d’amener de «l’exceptionnel» dans les logements. De grandes baies vitrées d’abord, «un facteur de luxe dans l’imaginaire collectif». Une loggia ensuite, autant pour assurer un espace extérieur qu’offrir l’intimité nécessaire à chaque appartement.

A l’intérieur, T3 et T4 sont traversants et la plupart des logements ne présentent que peu d’espace de distribution.

04(@PMiara).jpgL’effort et l’exemplarité ont un coût mais force est de constater que Leibar Seigneurin réalise nombre d’opérations remarquables. La méthode de travail de l’agence n’est pas étrangère à cette reconnaissance.

Entre Bayonne et Bordeaux, vingt-cinq collaborateurs planchent sur tout type de projets. Parmi eux, deux économistes. «Le logement ne peut pas s’improviser ; les marges d’ajustement budgétaires sont faibles. Nous nous devons de pouvoir chiffrer une opération à 10 euros près le prix du m²», assure Xavier Leibar.

«Dès que nous abordons un nouveau projet, nous sollicitons nos économistes très rapidement et établissons un processus en temps réel pour savoir où nous en sommes économiquement», poursuit-il. Jamais de surprise donc.

En ces temps de disette, la stratégie paye et les maîtrises d’ouvrages se montrent davantage confiantes. Le métier d’architecte change. Leibar Seigneurin peut alors bien dessiner quelques courbes.

Jean-Philippe Hugron

Fiche technique

Programme : Construction de 36 logements locatifs sociaux : 12 T2 ; 16 T3 ; 8 T4
Adresse : 2 rue Jacques Camille Paris à Bordeaux
Maître d’Ouvrage : Incité
Equipe de Maîtrise d’oeuvre : Leibar & Seigneurin / Cobet / Ingetudes / Becice
Coût des travaux : 3.238.000€ HT
Surface : 2.751m² SHON
Date de livraison : janvier 2014
Label : Bâtiment Basse Consommation

Réactions

Daniel Bruggeman | architecte | Midi-pyrenées | 09-05-2015 à 11:59:00

Félicitations pour la présentation écrite et photographique du projet dans son contexte...qui suscite appétence...et donc un plan de masse et un plan de logement pour en savoir plus...mais peut être faut-il y aller voir!
Bien confraternellement,

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