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Présentation | Guinée*Potin et la petite enveloppe (22-04-2015)

Un petit projet, un petit budget... Mais comment s’y prendre ? Un casse-tête ! La mission de l’architecte flirte parfois avec l’alchimie. L’homme de l’art doit faire montre d’imagination pour réaliser, avec des moyens tout juste bons pour construire un simple hangar, une base de loisirs avenante. Démonstration à Joué-sur-Erdre avec l'agence Guinée*Potin, rompue à l’exercice.

Bâtiments Publics | Sport | Loire-Atlantique | Guinée*Potin

Premier réflexe face à une «économie maîtrisée» : «conserver et préserver le maximum d’éléments en place», assure Hervé Potin. Ici, un camping, ses accès, ses aménagements, ses cheminements. «Seul le bâtiment existant, obsolète et contenant de l’amiante, a été démoli pour faire place nette», poursuit-il.

Deuxième réflexe : «penser un bâtiment compact». «Nous avons dissocié au sein d’une même entité les usages. Dans un rez-de-chaussée bas, nous avons placé les espaces de stockage, les vestiaires et les locaux techniques. Dans un rez-de-chaussée haut, se positionnent le hall, les salles pédagogiques et des logements saisonniers», résume Hervé Potin.

Le site, en bord du lac de Vioreau, étendue artificielle créée au XIXe siècle pour alimenter le canal de Nantes à Brest, accusait une légère pente ; une situation in fine idéale pour parfaire la division du bâtiment, entre «encastrement et étirement».

04(@NicolasPineau)_S.jpgLe socle, face à l’étendue d’eau, est volontairement minéral - «l’enrochement habité» - et, au-dessus, le tout - «le refuge en bois» - reprend les lignes d’un hangar. «C’est notre réinterprétation du contexte rural dans lequel nous nous inscrivons, notamment des constructions du pays de la Mée», précise-t-il.

«Nous ne pouvions toutefois offrir à ce projet aucune fioriture. Nous avions initialement imaginé un toit en bois pour créer une construction mono-matière mais finalement, pour des questions d’entretien, une toiture végétalisée en pente a été privilégiée», explique l’architecte.

Seul détail plastique permis, le travail du béton : «nous voulions, dans nos premières esquisses fabriquer un rocher», débute-t-il. Après avoir traversé la région de Chateaubriand, à quelques trois quarts d’heure de route de la capitale des ducs de Bretagne, le duo nantais avait remarqué quelques clôtures faites en lames d’ardoise, en pierres levées et en palis de schistes. L’imagination pouvait alors courir allègrement.

03(@SChalmeau)_B.jpgAprès force réflexion, un dessin réinterprétant les caractéristiques visuelles de l’ardoise a été conçu. A partir d’un béton matricé imitant la roche, un peintre en bâtiment s’est retrouvé à jouer les artistes pour lasurer l’ensemble des façades selon une composition pixelisée.

«L’artisan qui a travaillé sur ce projet a eu une grande marge de liberté. Voilà qui le changeait de ses habituels coups de rouleau», affirme Hervé Potin.

Ce projet a finalement été rendu possible par de tels efforts de la part des intervenants. «Nous avons travaillé principalement avec des entreprises locales moins chères que les sociétés nantaises ou rennaises. Nous avons pu en ce sens faire des économies», explique-t-il.

Ceci étant dit, le budget restait trop mince. A force de négociation, les architectes ont pu obtenir une courte rallonge pour parfaire un équipement aux allures de couteau suisse : salles de classe, salle nature, salle multimédia, bureaux, logement du gardien, chambres des saisonniers... Autant de pièces pour lesquels un minimum de confort est nécessaire.

02(@NicolasPineau)_S.jpgPour ce faire, la plupart des espaces disposent de larges baies, «volontairement surdimensionnées» qui permettent d’ouvrir le bâtiment sur le paysage. Ce parti pris est complété d’une large terrasse «balnéaire» pour assurer un contact immédiat avec l’extérieur.

Au final, aussi difficile qu'ait pu être la conception d’un projet protéiforme dans une enveloppe budgétaire réduite, Guinée*Potin n’en a pas moins trouver un sujet épanouissant. Cette base de loisirs a même été l’occasion de mettre en oeuvre quelques marottes restées jusqu’alors virtuelles et même secrètes... Aux exégètes de les retrouver !

Jean-Philippe Hugron

Fiche technique

Programme : réalisation d’une base de loisirs au lac de Vioreau, multi-sports et activités : espaces de stockage matériel pour les sports nautiques et le VTT, vestiaires, un logement pour le gardien, deux chambres + sdb, salles de cours flexibles, mur d’escalade
Adresse : Lac de Vioreau, à Joué-sur-Erdre
Maître d’ouvrage : Conseil général de Loire-Atlantique
Architecte mandataire : agence Guinée*Potin Architectes
Paysagiste : Guillaume Sevin Paysages
BET : ISATEG (structure / fluides) et ITAC (acoustique)
Surface SHON : 1.450m²
Coût travaux : 1.900.000€ H.T.
Mission : base + exe + opc

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