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Présentation | Manuelle Gautrand. Avant / Après (09-04-2015)

Ce qui est fait, est fait. Manuelle Gautrand n'apprécie pas, à proprement parler, les retours en arrière. A Béthune, elle y était pourtant contrainte et forcée. L'architecte devait en effet penser l'extension du théâtre qu'elle avait conçu dans les années 90. Un exercice «formateur», de la rétro- à l'intro-spection.

Bâtiments Publics | Culture | | Manuelle Gautrand

«Provoquez moi !», lance-telle sans préambule, ni précaution. L'architecte s'engage alors dans une discussion avec l'espoir d'être un peu bousculée et d'avoir ainsi le plaisir, à son tour, d'argumenter ses choix.

Ce soir-là, à l'agence, l'extension du théâtre de Béthune servait d'alibi. «C'était un projet très formateur», indique Manuelle Gautrand. Il s'agissait aussi d'une occasion unique de revenir sur ses propres pas, vingt ans plus tard. Sans doute, faut-il voir là, pour une architecte qui refuse tout chemin à rebours, une autre provocation.

«A l'origine, lors du concours en 1994, nous avions imaginé un projet en deux phases. La première portait sur le théâtre lui-même et la seconde sur son extension. Il aura fallu deux décennies et une nouvelle consultation pour qu'elle prenne forme», explique-t-elle.

02(@LucBoegly)_S.jpgSombre et orthogonale, l'extension livrée fin 2014 n'a rien à voir avec les formes courbes et pourpres du premier projet. «J'ai vingt ans de plus», sourit l'architecte et, par conséquent, des envies différentes.

Les moyens étaient également distincts, bien qu'à l'origine, le premier dessein ait subi une coupe drastique dans son budget. «Nous avions à l'époque dû réaliser 20% d'économie sans changer l'image de notre proposition», se remémore-t-elle.

Du souvenir, l'architecte saisit l'occasion de dénoncer un «a priori ancré dans le paysage français» qui veut «qu'une architecture iconique ait un coût exorbitant et que le côté expressif d'un projet ne peut aller de paire avec une économie maîtrisée». La Comédie de Béthune se veut exemplaire ainsi que tous les projets de l'agence.

03(@LucBoegly)_S.jpgPour l'extension du théâtre de béton, Manuelle Gautrand se range toutefois dans une architecture modeste, peut-être moins expressive que ses travaux habituels ; «nous n'avions pas les moyens de mettre en oeuvre du verre ou des enveloppes translucides, ni même des bardages sophistiqués. Nous étions appelés à donner dans la radicalité», dit-elle.

Aux contraintes économiques, l'architecte ajoute aussi son «envie d'autre chose». «Je ne souhaitais pas poursuivre l'écriture du premier projet. Je voulais davantage créer un dialogue et donner corps à une proposition qui soit autant dans l'attachement que le détachement», poursuit-elle.

«Assumer les couches de l'histoire» a donc été l'enjeu de cette extension. A mesure de l'avancement de la réflexion, l'idée qui caractérisait également le premier projet en intégrant l'ancienne façade d'un cinéma a évolué.

«J'ai fait la surprise à l'ABF de vouloir envelopper de rouge ce témoignage art déco. J'y suis allée de tous les arguments ; il fallait que l'histoire avance», indique Manuelle Gautrand.

Aussi, le passé n'est plus ce pignon ancien mais le premier théâtre lui-même, dans son ensemble. L'extension, quant à elle, affirme sa contemporanéité. Les façades noires brillent, clinquantes et neuves.

04(@LucBoegly).jpgA l'intérieur, rares sont les transformations. Seule la mise en conformité était essentielle. L'extension, quant à elle, a offert la possibilité d'une nouvelle entrée plus confortable.

«Nous avons réalisé l'ensemble des nouveaux travaux pour 3,6 millions d'euros. Nous avons pu faire beaucoup avec peu», répète-t-elle à l'envi. L'architecte en tire même une fierté. «La corde raide» est un exercice stimulant à bien des égards.

A travers ce projet, Manuelle Gautrand réalise une démonstration. Au-delà de la simplicité apparente du trait, cette extension porte en elle le message d'une architecture raisonnable.

«L'expression n'est certainement pas question de moyens dispendieux ; un budget confortable est seulement gage de liberté», conclut l'architecte.

Bref, au tour de Manuelle Gautrand de provoquer et ce, par-delà les idées reçues.

Jean-Philippe Hugron

Fiche technique

Projet : Restructuration et extension de la 'Comédie de Béthune', Centre Dramatique National
Adresse : Angle Boulevard Victor Hugo et rue du 11 Novembre, Béthune (Région Nord-Picardie)
Maîtrise d’ouvrage : Communauté d’agglomération de Béthune
Utilisateur : La Comédie de Béthune
Architecte : Manuelle Gautrand, architecte mandataire
Surface de Plancher : 3.000m² total, dont extension de 800m²
Coût travaux extension & restructuration : environ 3,6 millions d’euros TTC
Calendrier : Bâtiment initial : concours: 1994 / Livraison en 1999 - Extension-restructuration : concours : 2009 / Etudes : 2010-2013 / Chantier : 2013-2014 / Ouverture du nouveau théâtre avec sa salle de répétition : septembre 2014

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