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Visite | Belvédère sur le paysage bordelais, l'école Nuyens de Ballot et Franck (30-10-2010)

En novembre 2007, l'Equerre d'argent était attribuée aux architectes Nathalie Franck et Yves Ballot pour la 'restructuration et extension du groupe scolaire Nuyens et pôle petite enfance'. Au-delà de la polémique suscitée par cette récompense, l'ouvrage, loin d'être modeste ou invisible, est une réussite subtile et maîtrisée de bout en bout. Découverte.

Equerre d'Argent | Bâtiments Publics | Education | Bordeaux | Ballot et Franck

Yves Ballot raconte cette anecdote. Au printemps 2001, l'ancien quartier d'échoppes et d'entrepôts de la Bastide, sur la rive droite de la Garonne, est consciencieusement démoli et, sur ce vaste terrain dévasté, ne demeure plus en activité que l'école Nuyens tandis que subsistent, plus loin, quelques barres HLM de bonne tenue. "Chaque jour, les enfants devaient traverser ce paysage de désolation pour aller à l'école et en revenir, les bâtiments disparaissant les uns après les autres alors même qu'ils étaient en classe".

L'évocation est glaçante et explique partiellement le parti pris fondateur du projet développé par Yves Ballot et Nathalie Franck.

 "Une des questions fondamentales du programme du concours qui a eu lieu en 2001 était la problématique de la conservation ou démolition des bâtiments existants", disent-ils. Ils conserveront donc dans son intégralité l'ancienne école du quartier, elle-même ancien "bureau de bienfaisance" et dernier témoin d'une urbanisation aujourd'hui disparue - seule la rue Nuyens conservera d'ailleurs son tracé originel - pour sa "valeur sociale". Et quel meilleur moyen pour la préserver que de lui conférer une expression architecturale contemporaine "autour de la dualité ancien/neuf" afin de l'asseoir dans son siècle et le nouveau quartier à voir le jour ?

Aujourd'hui, comme ont pu le constater les journalistes lors d'une visite de presse en décembre 2007, alors que l'école a connu sa première rentrée, le nouveau quartier est déjà construit autour d'elle. Des immeubles de logements bordent la rue Nuyens (il n'y a pas un commerce, mais c'est une autre histoire), le jardin botanique de Françoise-Hélène Jourda, le long de la nouvelle allée Jean Giono, a été livré en 2003, la nature faisant peu à peu le reste et les taxis se désespèrent de la difficulté à traverser désormais la Garonne.

L'école, alignée sur la petite rue Nuyens déserte en milieu de matinée un jour de semaine, semble d'une discrétion absolue, seul le portail métallique indiquant une quelconque activité. De l'extérieur, c'est en la découvrant du jardin botanique ou de l'allée Jean Giono qu'elle prend toute sa dimension. Au sens propre puisque le site est immense.

02(@FranckBallot)_S.jpg "Une des difficultés du programme était de tenir la longueur du site agrandi et remblayé dans le cadre du nouveau plan urbain", expliquent les architectes. Une autre était de réaliser une école 'normale' avec des budgets 'normaux' mais sur un site (apparemment) disproportionné pour un tel équipement. Pour les architectes s'est donc imposé l'idée de "travailler sur les vides, les cadrages à l'échelle du site, la continuité impérieuse des altimétries, utiliser la longueur dans les parcours pour conserver son homogénéité à cet îlot".

C'est d'ailleurs ce qui a emporté la décision lors du concours. "Ce qui a retenu l'attention du jury est le souci d'intégration dans l'environnement et l'espace, couplé au souci d'intégration de la partie existante", souligne Gérard Chausset, vice-président de la Communauté Urbaine de Bordeaux (CUB), maître d'ouvrage.

"Pour nous, l’architecture est avant tout un travail sur l’espace. La restructuration du groupe scolaire Nuyens est le fruit d’un travail antérieur qui trouve son développement ici, dans ce site, entre ces vastes étendues bordelaises et des vieux bâtiments en pierre qui forment le cadre particulier du projet. Démolition, maintien et construction formulent une nouvelle composition qui permet d’installer calmement mais très clairement le projet", ont précisé Ballot & Franck, lorsque leur fut remise l'Equerre d'argent, le 28 janvier dernier.

03(@GuilhemDucleon)_S.jpg "Le maintien des bâtiments existants rue Nuyens a servi de base à la nouvelle organisation et permis un rééquilibrage des deux écoles", ajoutent-ils. La composition dans l'espace de chacune d'elle a été conçue avec la volonté d'établir un contact avec le jardin botanique, les arbres de l'allée et les cours afin d'obtenir des "vues extraordinaires".

C'est de fait cette notion d'espace qui prévaut lorsqu'on franchit le portail d'entrée. L'accueil lui-même - le préau des parents - semble immense et s'ouvre à son tour sur une circulation protégée vers les deux écoles mais aussi, surtout, d'emblée sur une immense cour de récréation qui elle-même s'ouvre à son tour, effectivement, sur le jardin botanique, voire au-delà. Voici donc un projet parfaitement urbain qui s'inscrit dans un champ visuel quasiment peu contraint ; le contraste en quelques mètres est d'ailleurs saisissant entre la vallée encaissée de la rue et l'ouverture sur le grand paysage.

04(@GuilhemDucleon).jpg Même volonté de contact visuel avec le paysage dans l'extension neuve et les salles de classes vitrées en façade de l'école élémentaire qui surplombent le site alors même que furent préservés de larges espaces encore dans ce qui est aujourd'hui la maternelle qui, en certains endroits, offrent cinq mètres sous plafond. Pour la première, "les extensions neuves des classes et ateliers se soulèvent devant les parties existantes pour créer le préau" ; pour la seconde, l'extension "est à l'inverse posée au sol laissant émerger l'attique caractéristique de l'école Jules Ferry qui contient à l'étage les logements de fonction". Mais, ici et là, des dimensions, tant réelles que suggérées, qu'il semble aujourd'hui impossible à offrir dans un habituel programme urbain d'école primaire. Le seul endroit de l'école où cette logique disparaît est dans le restaurant, pourtant central, les architectes ayant souhaité "en cachant l'école, optimiser le moment du repas avec une intimisation du lieu".

05(@FranckBallot).jpg Dans l'école élémentaire, les circulations prennent place dans l'entre-deux composé des parties neuves et anciennes qui ne se fondent pas l'une dans l'autre mais plutôt se côtoient, communiquent et dialoguent l'une avec l'autre - tant au rez-de-chaussée qu'à l'étage où une coursive permet de toucher d'un même geste la pierre blonde de l'ancien et les panneaux de tôle d'acier galvanisé de l'extension.

"Espaces intériorisés, ils offrent un parcours où se succèdent les échappées visuelles sur la ville, le parc et les toitures du groupe scolaire", estiment les architectes. Dans l'école maternelle, les parties conservées en rez-de-chaussée restent cependant sensiblement plus "intériorisées", avec des échelles et lumières "adaptées à la petite enfance". Ainsi, les dortoirs sont-ils installés dans les murs de pierre sécurisant de l'ancienne école.

06(@GuilhemDucleon)_B.jpg "Il y a ici une grande subtilité pour créer tout un paysage, avec des toits flottants au-dessus, des vides actifs, du mouvement entre le ciel et les enfants. Il y a de la grâce et de la rusticité", souligne William Curtis, historien-critique d’architecture, membre du jury de l’Equerre, qui a soutenu ce projet. Et nul ne peut réellement le contredire sur ce point. M. Marrot, enseignant de l'école estime d'ailleurs que "l'école est belle sur le plan des lignes et des perspectives", une opinion selon lui largement partagée par ses collègues.

Un avis cependant pondéré "en terme de fonctionnalité par rapport à une école". Il se plaint notamment des "arêtes vives, des portes trop lourdes" quand d'autres trouvent que les salles de classe sont "trop ouvertes". Notons encore, qu'indifférentes à la visite des journalistes, deux femmes de service nettoyaient les vitres du rez-de-chaussée, une corvée quotidienne puisque 375 enfants font 3.750 traces de doigt visibles au moindre rayon de soleil.

Cela dit, ce n'est pas le moindre des mérites de Nathalie Franck et Yves Ballot d'être parvenus, malgré les défaillances d'entreprises (cinq, pas moins), à construire autour d'une composition générale apparemment simple, cette "plateforme aérienne et paysage en lui-même" qu'ils avaient imaginés dans les limites d'un budget évidemment serré, notamment compte tenu de leur pari initial de conserver et restaurer les bâtiments existants.

Choix techniques des architectes

07(@FranckBallot).jpg "Les techniques utilisées pour ce projet sont traditionnelles. La mise en oeuvre de ce projet repose sur deux types d'intervention : intervention sur les parties existantes, intervention en neuf. Dans les deux cas, une indépendance des structures et des interventions est recherchée. Dans les parties existantes conservées, le contact avec les ouvrages anciens est mis en valeur (pierre, solivage bois en plafond,…). L'ensemble des menuiseries extérieures donnant sur la rue Nuyens ont été refaites en bois. Placés au nu de la façade, les tableaux intérieurs de ces ouvertures sont habillés en bois et munis de volets de ce même bois.

La structure des bâtiments neufs est entièrement métallique. Les planchers sont en bac collaborant. Les couvertures des bâtiments neufs sont de deux types : bac acier isolant ou bac acier support d'étanchéité. Le métal permet cette architecture de grands auvents, porte-à-faux et sous-faces. Côté élémentaire, la structure est en partie suspendue au grand 'PRS' présent le long de la coursive au 1er étage, afin de limiter les poteaux dans le grand préau du rez-de-chaussée pour des raisons d'usages et des raisons architecturales. De grands voiles suspendus formules des surfaces à l'alignement de l'allée Jean Giono. Ils ponctuent cette limite du groupe scolaire sur le jardin botanique en pleins/vides, ouverture/fermeture".

Christophe Leray

Fiche technique

08(@GuilhemDucleon)_S.jpg Lieu : Bordeaux, ZAC Coeur de Bastide
Maître d'ouvrage : Communauté urbaine de Bordeaux (CUB)
Conduite d'opérations : Direction des grands travaux / Centre architecture espaces publics et paysages de la CUB
Maîtrise d'oeuvre : Yves Ballot et Nathalie Franck Architectes ; Jean-Sébastien Bejenne, Arnaud Comin, Julien Gallina, assistants
Programme : rénovation et extension du groupe scolaire Nuyens et création d'un pôle petite enfance. Le groupe scolaire comprend : une école élémentaire (225 élèves), 9 salles de classes, 4 ateliers et un restaurant ; une école maternelle (150 enfants), 6 salles de classe, 2 ateliers, 2 dortoirs. 2 logements de fonction et un restaurant.
Surface : site 7.268m²
Coût des travaux : 5.215.154 euros HT, soit 1.400 euros HT/m² SHON
Calendrier : Concours juillet 2001, livraison été 2007

Cet article est paru en première publication sur CyberArchi le 06 février 2008

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