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Allemagne | L'Histoire allemande ne peut s'offrir de symbole (18-03-2015)

Le programme est sensible et la page historique loin d’être blanche. Sur papier, il s’agissait de concevoir un centre de documentation sur le nazisme. A Berlin, Peter Zumthor s’y est cassé les dents. La charge symbolique du projet implique la plus grande rigueur, l’équilibre le plus subtile entre visibilité et mémoire et la maîtrise du consensus. A Munich, Bettina George, Tobias Scheel et Simon Wetzel y sont apparemment parvenus.

Culture | Bâtiments Publics | Munich | Georg Scheel Wetzel Architekten

Le sujet était d’autant plus délicat à Munich qu’il s’inscrivait dans le contexte historique de la Brienner Straße soit dans l’axe de la Königsplatz dont la monumentalité néoclassique signé Leo von Klenze (1784-1864) a servi l’imaginaire architectural du IIIe Reich en plus d’être le décor des plus grands rassemblements NSDAP de la ville.

«Le projet est un signe évident que Munich fait face à son passé national-socialiste. Notre histoire doit nous conforter dans notre aspiration à la démocratie», a déclaré Dieter Reiter, maire de la ville.

La masse aux atours sobres conçue par le trio berlinois impose sa présence sans faire acte de démonstration. Sa blancheur et sa géométrie ne sont d’ailleurs pas sans rappeler l’ordre classique de la place royale toute proche. Peut-être faut-il deviner dans cet environnement monumental une référence utile sinon une échappatoire à toute quête symbolique.

02(@StefanMueller).jpgDe par sa situation, l’édifice est visible de tous. Il déséquilibre même la perspective puisqu’aucun bâtiment symétrique n’est prévu de l’autre côté de la rue. Voilà qui n’a éveillé aucune polémique. Au mérite donc de Bettina George, Tobias Scheel et Simon Wetzel.

L’ensemble doit être inauguré le 30 avril 2015. Après bien des retards dans la livraison, le quotidien Die Welt, dans un article anonyme daté du 26 février, ironise sur le choix de cette date correspondant certes à la libération de Munich par les Américains mais aussi au 70e anniversaire de la mort d’Adolf Hitler. «Rien de tel pour les satiristes et les chansonniers !».

L’article du célèbre titre allemand présente le projet de façon sommaire, peut-être même sans grand enthousiasme : «en forme de cube dont l’arête mesure 22,50 mètres, l’édifice est haut de six étages et percé de larges fenêtres formant d’imposants pilastres de béton». Ni plus, ni moins.

03(@StefanMueller)_B.jpgQuelques attentes à l’égard de l’espace d’exposition sont exprimées mais d’ores et déjà le lecteur apprend que «l’idée originale était beaucoup plus innovante» et qu’un différend entre le directeur de l’institution et le conseil municipal en a eu raison. L’approche retenue est alors jugée des plus «conventionnelles». Après tout, le sujet est délicat et n’autorise vraisemblablement pas la controverse.

Munich n’a donc, d’un point de vue symbolique, pas beaucoup plus réussi que Berlin où Peter Zumthor avait travaillé des années durant à la 'Topographie de la Terreur'.

Pour rappel, l’architecte suisse avait été, bien avant qu’il ne soit couronné du Prix Pritzker, lauréat d’une compétition internationale lancée en 1992 en vue d’ériger un édifice sur le site de l’ancien siège de la Gestapo dans le quartier de Kreuzberg. Le programme envisageait alors un lieu d’exposition et de documentation.

Le projet lancé puis le premier élément de béton érigé, le budget est réévalué à la hausse. Des problèmes techniques en sus finirent de mettre un terme au dessein de Peter Zumthor en 1999.

04(@BenGarrett).jpgTopographie des Terrors, BerlinEn 2005, un nouveau concours est lancé et remporté par Ursula Wilms, de Heinle, Wischer und Partners. En 2010, l’édifice est inauguré. Il déconcerte davantage qu’il ne séduit. Beatrice Galilee, note à cette époque, dans Domus, que les concepteurs n’ont que peu emprunté le «chemin du symbolisme». Le vaste parallélépipède de métal gris n’est pas pour plaire.

En juillet 2010, Layla Dawson dans Architectural Review s’interrogeait tout autant : «Une histoire aussi sale devrait-elle être nettoyée de la sorte ? Les prisonniers, les torturés, les assassinés une fois mis à la cave sont relégués à un rôle mineur. Aussi bien intentionnée soit cette architecture, l’obsession de l’ordre et du contrôle transparaît autant qu’un manque d’humanité», écrivait-elle.

05(@StefanMueller).jpgA Munich, le projet, bien que déshérité d’une approche «innovante», reste bien plus courtois dans son esthétique que la brutale laideur de la 'Topographie de la Terreur'. La masse, la situation urbaine et le déséquilibre induit par l'absence de symétrie font bien plus sens que toute autre circonvolution plastique.

Ceci étant écrit, la Maison Brune est blanche et l’histoire allemande ne peut vraisemblablement s’offrir aucun véritable symbole aussi 'terrifiant' soit-il.

Jean-Philippe Hugron

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