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Visite | Hamonic + Masson et Comte & Vollenweider : du jamais vu ! (11-03-2015)

Ce n’est pas la même ! Un copier -coller ? Qu’en dites-vous ? Et alors ! L’agence parisienne Hamonic + Masson et le bureau niçois Comte & Vollenweider ont livré à Paris un ensemble résidentiel mêlant logements sociaux et appartements en accession dans deux «émergences» tutoyant les 50 mètres. Une construction ayant un air de déjà vu.

Logement collectif | Tours et gratte-ciel | 75013

Une tour ! Enfin, une tour ! La Mairie de Paris et ses services d’urbanisme du moins y voient une «tour»... Depuis Shanghai ou Hong Kong, on dirait plutôt un semblant d’embryon de tourelle. Mais il faut dire qu’aller au-delà des 55 mètres en France obligerait architectes, maîtrises d’ouvrage et futurs occupants à se plier aux contraignantes règles IGH.

Les trois lettres pour Immeuble de Grande Hauteur font office de couperet et étêtent tout élan vertical du fait de normes sécuritaires aussi coûteuses qu’astreignantes. Le prodige - car il en est un ici - était de franchir, enfin, intra-muros, la sacro-sainte limite des 37 mètres édicté en 1974, nivelant, quarante ans durant, le plafond parisien.

Percer l’horizon n’est toutefois possible qu’avenue de France, en marge de Paris, là où le territoire se délite entre périphérique et lignes de chemin de fer. La ville poursuit là son extension sur dalle et propose en cette géographie ingrate la possibilité de dépasser le seuil haussmannien.

Ici, donc, une tour et un immeuble en gradins marquent le paysage de leur superbe métallique. Les atours clinquants mêlent l’aluminium à des teintes orangées. Voilà le dernier né des agences Hamonic + Masson et Comte & Vollenweider, réunies le temps d’un projet seulement.

02(@TakujiShimmura).jpgL’ensemble est d’autant plus immanquable qu’il réveille quelques souvenirs. La forme du projet est semblable à celle de deux immeubles de logements sociaux conçus par Hamonic + Masson et érigés à quelques centaines de mètres, de l’autre côté de la Seine, îlot Villiot-Rapée.

«La filiation ? L’architecture est une question de maturation. Nous avons des familles de projets. Quelque part je trouverais étonnant de reprocher à des architectes d’avoir une écriture et une identité», assure Jean-Christophe Masson.

A la «force typologique» de la proposition, les architectes rappellent au bon souvenir de réalisations passées remarquables, répétées sans que cela ne fasse grand débat. Au passage, pour ne citer qu’eux, les logements en étoile de Jean Renaudie à Villetaneuse, Gisors et Ivry.

«S’il fallait rapprocher cet ensemble de Villiot-Rapée, ce serait davantage pour la dualité», reprend Jean-Christophe Masson. A ceci près qu’une autre agence est entrée dans l’histoire : Comte & Vollenweider.

Il n’y a, aux dires des concepteurs, pas eu de division du travail. Les uns et les autres ne sont pas auteurs d’une partie du projet mais bel et bien de l’ensemble. «Nous avons travaillé en workshop. Nous nous sommes donnés une quinzaine de jours pour réfléchir au programme et pour faire des propositions que nous avons mis sur la table et confrontées», explique Gaëlle Hamonic.

«Au moment du concours, il y avait une évidence à poursuivre la réflexion engagée à Villiot-Rapée et cela ne nous a posé aucun problème», poursuit-elle. «L’architecture n’a de sens que si elle est l’accomplissement physique et construit d’une pensée», reprend Jean-Christophe Masson.

L’ambition était de porter «un caractère démonstratif». Il n’y a toutefois, avenue de France, aucun manifeste. Le désir n’est pas de «théoriser» une forme mais d’offrir les meilleures qualités à un logement.

«Cette opération peut avoir des vertus pédagogiques pour démontrer que la verticalité peut ne pas être traumatisante», assure Jean-Christophe Masson. Elle peut même être séduisante ; twist et déhanché sont là pour plaire à l’oeil.

03(@TakujiShimmura)_S.jpgFifty-fifty, 50% en locatif social et 50% en accession, les logements se répartissent dans deux parties distinctes reliées par un socle commun. La copropriété se partage les appartements de l’immeuble en gradins, le bailleur social a, quant à lui - et peut-être paradoxalement - la plus haute des deux constructions.

De l’un à l’autre, la visite est riche d’enseignements. Certes, la moquette est plus belle d’un côté que de l’autre, mais peu importe. Le logement social se montre moins classique, plus diversifié et offre davantage d’espaces extérieurs. Les balcons y sont généreux et présentent des perspectives incroyables sur l’avenue et sur Paris.

Cette confrontation directe entre une population relativement aisée - plus de 10.000 euros/m² - et des locataires plus nécessiteux devrait faire l’objet d’intéressantes analyses.

Si les usagers consentent à partager l'ensemble du rez-de-chaussée - et non un hall -, d’aucuns peuvent percevoir encore les limites de la mixité. A ce sujet, les architectes sont clairvoyants et rappellent qu’une répartition horizontale, et non plus verticale, poserait autrement un problème symbolique de hiérarchie sociale. Les pauvres en bas, les riches en haut : voilà que les écrits de J.G Ballard deviendraient réalité...

Ce projet incarne donc à lui seul tous les grands débats des métropoles françaises : habitat, densité, mixité, verticalité et architecture. Hamonic + Masson et Comte & Vollenweider ont fait montre d’une grande finesse dans leur réponse. Du bien-être et du bien vivre. Tour de magie !

Jean-Philippe Hugron

04(@TakujiShimmura)_B.jpgFiche technique 

Projet : ZAC Masséna, lots M6A2 et M6A3
Programme : 96 logements en accession, 92 logements sociaux, commerces et parkings
Maîtrise d’ouvrage : Bouygues Immobilier
Maîtrise d’oeuvre : Architectes mandataires : Hamonic + Masson & Associés / Architectes associés : Comte & Vollenweider
Lauréats concours 2012
Urbaniste : Ateliers Yves Lion
Aménageur : Sémapa
Bailleur social : RIVP
SHON : 13.750m²

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