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La Pyramide, Abidjan (Côte d'Ivoire), 1973 / Rinaldo OlivieriLa Pyramide, Abidjan (Côte d'Ivoire), 1973 / Rinaldo Olivieri

Allemagne | Modernisme in Vitra : Afrique cherche formol (04-03-2015)

La presse est quasi unanime à l’égard de la dernière exposition présentée au Vitra Design Museum. Son thème ? L’architecture post-coloniale africaine à travers l’exemple de cinq pays : le Kenya, la Côte d’Ivoire, la Zambie, le Ghana et le Sénégal. Les atours spectaculaires de ces édifices fascinent. Leur décrépitude alarme.  

Allemagne

La mode est au vernaculaire, verna' pour les intimes. Il faut s’y intéresser. Il faut aimer. Lors de la quatorzième Biennale d’architecture de Venise, Rem Koolhaas a bien tenté de mettre en avant le modernisme, comme pour proposer un contre-pied opportuniste. Reste alors à chacun de faire le grand écart entre fascination pour les méga-structures de béton et bien-pensance à l’égard de techniques ancestrales depuis perdues.

Le Vitra Design Museum semble avoir fait son choix. Le thème de l’exposition présentée depuis le 20 février et jusqu’au 31 mai 2015 a pour sujet l’Afrique.

Ah ! L’Afrique ! Ses constructions en terre, en brique... Ce vernaculaire si beau à l’image ! «L’Afrique qui était, dans les milieux de l’architecture, loin d’être un sujet» est devenue l’objet de toutes les curiosités, relève le Neue Züchner Zeitung dans un entrefilet daté du 26 février 2015.

Ainsi, après des événements sur le continent oublié proposés à Munich et Milan, le Vitra Design Museum, a mille lieues toutefois de la 'verna mania', présente une rétrospective inédite sur l’architecture post-coloniale. Depuis Paris, Bruxelles ou Londres, la chose aurait été plus attendue qu’à Weil-am-Rhein. Le colon, après tout, n’est peut-être pas, lui non plus, assez entré dans l’Histoire...

L’exercice semblerait, en France, fort périlleux tant la question d’un passé proche reste encore floue et malmenée entre ressentiment et passion. L’Allemagne, de son côté, avec son colonialisme avorté, peut bien offrir, en terrain quasi neutre, le luxe d’une telle exposition.

02(@IwanBaan).jpgHôtel Independence, Dakar (Sénégal), 1973-1978 / Henri Chomette et Roland DepretDans un long entretien publié le 20 février 2015 dans Der Spiegel Online, Manuel Herz, architecte suisse dont l’agence se partage entre Bâle et Cologne et commissaire de l’événement, précise combien «l’architecture de l’Indépendance» est digne d’intérêt ; centres de conférences, foires internationales, universités ou hôtels sont tous de «grandes institutions à travers lesquelles l’Etat s’est inventé. Une architecture de grande qualité a été développée pour incarner de nouvelles identités nationales», affirme-t-il.

Manuel Herz souligne par ailleurs l’importance du contexte allemand dans cet entretien par une brève assertion : «Ces bâtiments créent une image très différente de l'Afrique jusqu’alors dominée dans les médias allemands par la misère, le manque, la pauvreté et la violence».

Néanmoins, cette nouvelle modernité est le fait d’architectes occidentaux «issus d’anciennes puissances coloniales ou originaires de Scandinavie, d’Europe de l’Est et d’Israël».

03(@IwanBaan)_S.jpgLa présence de maîtres d’oeuvre de l’Etat hébreux interpelle le journaliste qui interroge le commissaire à ce sujet. «En 1948, l'Etat d'Israël est né d’un processus de décolonisation. Les architectes du pays sont aussi de fins connaisseurs en construction adaptée aux régions chaudes. Israël espérait, à travers cette coopération, un soutien des Etats africains aux Nations Unies. Or, en 1973, lors de la guerre du Kippour, ils se sont tournés vers l’Union Soviétique et les nations arabes. Les Israéliens sont partis à toute vitesse. L’université de Zambie, dont ils avaient engagé le chantier, est restée inachevée», répond-il.

The Guardian, dans son édition du 1er mars 2015, sous la plume d’Oliver Wainwright, s’épanche davantage sur la présence nordique au Kenya, ancienne colonie de la couronne. Il cite le cas de l’architecte norvégien Karl Henrik Nøstvik, parti là-bas dans le cadre de l’aide donné à Kenyatta. Un soutien qui «émanait d’un pays qui n’avait pas de passé colonial trouble».

«C’est pour cette raison que les architectes scandinaves ont acquis de l’importance à cette époque, apportant leur maîtrise du béton et leur aptitude à le sculpter de façon expressive - et par chance émancipé de cette fichue nécessité nord-européenne d’avoir des fenêtres et de l’isolation -. En Afrique, le rêve intérieur-extérieur a pu enfin être réalisé et le modernisme se répandre», écrit-il.

Cet investissement septentrional en Afrique a d’ailleurs été l’objet d’une analyse au sein du pavillon nordique de la Biennale d’Architecture de Venise en 2014. Heureux hasard ?

04(@IwanBaan)_S.jpgToutefois, outre la plasticité remarquable des constructions illustrées par Iwan Baan dans cette exposition, le critique britannique est gagné, à l’issue de la visite, par une impression de «précarité».

«C’est là ce qui rend cette exposition et l’ouvrage qui l’accompagne si convaincants. Nombreux parmi ces édifices ne seront, d’ici quelque temps, plus debout. L’un des projets favoris de Hertz, un nightclub de Nairobi en forme de soucoupe volante, a été détruit l’été dernier. 'Nous avons urgemment besoin d’informer le public sur ce patrimoine fascinant', assure le commissaire. 'Il faut alors, quand nous pensons à l’architecture futuriste des années 60, ne plus seulement penser à Oscar Niemeyer mais à toutes ces réalisations qui sont parfois bien meilleures. En voyant la Foire Internationale de Dakar, on peut réellement oublier Niemeyer'».

Du Brésil au Sénégal, la modernité reste, malgré tout, une question d’indépendance.

Jean-Philippe Hugron

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