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Portrait | Le bonheur est dans PARC (25-02-2015)

Emeric Lambert et Brice Chapon, les associés fondateurs de l'agence parisienne PARC sont français mais suisses mais français... Insoluble question. Demandez-leur ! Encore que, pour adjectifs et qualificatifs, mieux vaut s'en remettre à leur fidèle collaboratrice, Olympe Rabaté.

France | PARC Architectes

Les lampions rouges célèbrent, rue de Belleville, le Nouvel an chinois. La foule bigarrée est affairée. A quelques pas, dans une rue parallèle plus anonyme et tranquille, plusieurs agences d'architecture se partagent des locaux au fond d'une cour.

En rez-de-chaussée, PARC Architectes. On dirait les bureaux de Sir Norman Foster à Londres. Ou presque. Quelques milliers de collaborateurs et l'approche à l'anglo-saxonne en moins. La comparaison peut donc s'arrêter aux murs blancs de l'agence.

Ceci étant écrit, en parlant de l'approche de PARC, celle-ci est intiment liée à l'éducation des deux associés, en partie transalpine, pour ne pas dire suisse. Le bel adjectif que voilà ! Il en découle sérieux, rigueur...

Mais ils ont encore mieux. Pour séduire, les muscles semblent superflus et la gomina bonne pour le placard. Parc arbore quatre lettres redoutables : E.P.F et L ! Tout pour plaire.

02(@PARC)_B.jpg«Nous sommes jugés durs, austères, tristes et brutaux...», assure Emeric Lambert. Le contraire eût été étonnant. «Nous sommes 'essentialistes' !», reprend-il.

Le duo s'amuse et exagère sans doute les épithètes qu'on leur prête. A Olympe Rabaté, d'ailleurs, de coordonner le discours de la jeune agence et de trouver le bon mot au bon moment.

Est-ce là de la com-mu-ni-ca-tion ? Le trio, à ce sujet, se censure ! «Communiquer une idée» devient presque un gros mot. Pourtant, l'enjeu est bel et bien de «se faire comprendre». Olympe Rabaté est là.

Qui êtes-vous donc Olympe ? «Je n'ai pas de nom de métier», répond-elle, énigmatique. Que peut-elle donc bien faire ici sans être architecte ? «J'avais vu une annonce pour un stage ; PARC cherchait quelqu'un pour faire de la ‘recherche'. J'avais alors le projet de mener à bien une thèse», explique-t-elle.

C'était il y a quelques années déjà. L'étudiante en design avait candidaté également chez Franck Boutté. Au final, retenue ici et là - bingo ! -, elle coupa, pourfendue, sa semaine en deux puis choisit de rejoindre PARC à temps plein pour mieux se lancer à la quête du doctorat.

«Mon rôle est de clarifier le propos de l'agence, d'exprimer au mieux les idées, d'apporter mon avis sur les images que nous montrons, d'élaborer les présentations de projet». La stratégie.

Ce soir encore, les planches d'un concours récemment perdu sont le sujet d'un débat animé. La moue sur chaque visage en guise de conclusion laisse à penser que rien n'est encore tranché.

06(@PARC)_B.jpgMoi-je, moi-nous... «Nous ne voulons pas être auto-centrés», lance Brice Chapon. 

Dans l'idéal, l'agence aimerait s'ouvrir au grand public. Les deux associés regardent avec nostalgie les archives de l'INA et Jean Prouvé parler à la télévision. «Nous ne sommes plus considérés que comme des clowns», dénonce son acolyte.

«L'idée serait de réviser la conception environnementale trop techniciste en sensation d'architecture : l'air, le chaud, le froid, la lumière...», reprend Olympe Rabaté. En somme, aller vers un peu plus de simplicité.

«Nous sommes ambitieux, nous voulons l'évidence !», reprend Emeric Lambert. «Nous avons une méthode intégrative. Nous demandons aux ingénieurs leurs contraintes. Il ressort de ce travail une synthèse que nous utilisons pour concevoir notre dessin. L'important, au final, est que notre projet soit compris de tous», précise Brice Chapon.

Voilà l'un des enseignements de Lausanne. Dans un pays multilingue, l'architecte doit au moins se faire comprendre avec la maquette et les plans à défaut de vocable dans la bonne langue.

04(@PARC)_B.jpgQuand ils évoquent ces années d'études en Suisse où ils se sont rencontrés, ils parlent certes de Lucan et Berger mais aussi des autres étudiants. Au bon souvenir, tout commence comme une plaisanterie : «C'est l'histoire d'un Canadien, d'un Allemand et d'un Français à l'EPFL. Le trinôme doit travailler ensemble sur un projet. Le Canadien veut faire une tour. L'Allemand, une trame. Le français veut un concept», résume Emeric Lambert.

Pour ne pas se payer de mots, la solution réside dans la visualisation du projet en trois dimensions : la maquette. «Elle est là, physique, posée sur une table. On la croise, on la frôle, on y jette un coup d'oeil. La maquette résiste», dit-il.

Quant à Olympe Rabaté, elle voit dans ce passage une «documentation». A elle de composer avec les mots.

«Je suis dans la pensée sauvage. J'ai une fibre de bricoleur», reprend Brice Chapon comme pour s'émanciper du jeu sémantique. Plus disert, Emeric Lambert est présenté par son complice comme «ingénieur». «Je préférerais être désigné comme ingénieux», sourit-il.

Le diplôme est néanmoins là pour établir la profession. «Je voulais inventer des choses et pour ça, il fallait être ingénieur, m'avait-on dit», se souvient Emeric Lambert. Un colocataire de la Cité U inscrit en double cursus ingénieur / architecture finit par convaincre d'aller voir ailleurs si l'invention y est. A l'ENSAL, c'est «le coup de foudre !».

Brice Chapon se souvient quant à lui d'un livre dans la bibliothèque de ses parents, enseignants en arts appliqués. En couverture, la maison sur la cascade de Franck Lloyd Wright. «Je rêvais de l'habiter», sourit-il.

L'architecture est toutefois arrivée par le paysagisme. Il n'y a donc eu, ni pour l'un, ni pour l'autre, aucun chemin de traverse. Voilà après tout l'esprit de PARC incarné : touche à tout !

Des faïenciers, un opérateur de cinéma... Chaque projet est un prétexte à rencontre. «Il ne faut pas être effarouché pour exercer ce métier», assure Emeric Lambert «le timide de la bande», selon son comparse.

Les concours se font rares mais les projets fusent ! «Les architectes ne sont pas assez force de propositions», regrettent-ils. L'enjeu est de dessiner, en ces temps de disette, les contours d'une possible commande. PARC s'engage alors dans l'exploration et la compilation de données et la thèse d'Emeric Lambert sur le suburbain est un appui théorique indéniable.

Les associés n'en diront pas beaucoup plus sur cette prospection-prospective. «Faut-il parler de l'incertain ?», s'interrogent-ils. Par l'affirmative, ils répondent avec certitude.

05(@PARC)_B.jpgNi Emeric Lambert, ni Brice Chapon ne peuvent renier leur culture et même un passage en Suisse ne pourra rien y faire. Le mot a son importance. Dans les autres projets que poursuit l'agence, il y a CRAPzine, l'anagramme de PARC, un fanzine né d'un blog.

Les textes y sont toujours jubilatoires. A la découverte, les auteurs ajoutent la critique. Encore faut-il se souvenir qu'il ne faille l'animer d'aucun esprit négatif.

Il n'y a pas de hasard si, un soir à Venise, en marge de la Biennale où ils étaient exposés, ils se sont montrés plus ou moins lassés de cette récréation gauloise de déconsidérer en quelques mots une réflexion ou un projet.

Le plaisir par la négation n'est pas le propre de PARC.

Sans béatitude, le duo presque trio reste positif et enthousiaste.

Bref, il faut cultiver notre parc...

Jean-Philippe Hugron

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