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Présentation | LAN, Haussmann in black (25-02-2015)

A l'agence, figure en bonne place, sur une table basse, une biographie sur Georges-Eugène Haussmann. Quarante logements livrés en décembre 2014, rue Saussure à Paris 17e, et la perspective d'une exposition à New York ont conduit à l'assimilation de quelques connaissances sur le baron. L'agence LAN (Umberto Napolitano et Benoit Jallon) s'en est inspirée. Sans mimétisme, les deux associés réinventent une typologie somme toute parisienne.

Logement collectif | Paris | LAN

La grille paraît rationnelle. Abstraite et noire, elle n'en est que plus austère. Pour autant, les architectes défendent, à travers ce projet, une vision originale de l'art de bâtir à l'aune d'une réinterprétation de l'héritage de la période haussmannienne.

Rue Saussure, entre un tissu dense et ancien du XIXe siècle et les nouveaux atours de la ZAC Clichy-Batignolles, LAN a voulu faire oeuvre de transition et de «durabilité».

Toutefois, le mot est galvaudé. Inaudible même. Qui plus est, la proposition du duo envisage davantage la pérennité. Pour défendre cette vision, Umberto Napolitano n'a de cesse de louer les qualités de l'haussmannien «pour sa structure claire, son rez-de-chaussée ouvert sur la rue et extensible à l’entresol, le rythme et la richesse d’ouvertures permettant la construction de tous les plans, les hauteurs d’étages variables et une épaisseur juste assurant une forte compacité». Un modèle à suivre.

La commande n'exigeait pourtant rien de cela sinon la simple réalisation de logements. «Nous répondons au programme comme s'il s'agissait d'une des questions posées», explique-t-il. En d'autres termes, LAN imagine ce qu'il pourrait advenir de la construction et préfigure d'autres interrogations.

Finalement, cette recherche de flexibilité est une quête de «liberté». «Voilà qui nous a permis de travailler sur différentes typologies de logements», assure l'architecte, précisant toutefois que «la différence n'est pas une fin en soi».

02(@JLanoo)_B.jpg«Ce que nous apprécions dans l'haussmannien, ce n'est pas sa matérialité, c'est son côté générique. Derrière la régularité des ouvertures peuvent se cacher des plans parmi les plus variés», poursuit-il.

N'est-ce pas là la qualité de toutes constructions du XIXe siècle ? «En Italie, pendant les périodes d'essor économique, les immeubles ont été inspirés par la monarchie. Les appartements sont très grands, très hauts sous plafond. Ces constructions sont moins 'populaires', moins 'domestiques' que ne peuvent l'être des immeubles haussmanniens. Par ailleurs, la rue italienne de cette même époque est une accumulation de corps autonomes. Le front bâti n'est pas vu comme un élément bidimensionnel comme à Paris», indique Umberto Napolitano. Alors Haussmann, sinon rien !

Le propos n'était pas de verser dans un mimétisme formel mais dans la réinterprétation de qualités propres à ces constructions. De fait, pour assurer la flexibilité du projet, LAN a conçu un édifice tramé comme un immeuble de bureaux (1,35 mètre). La façade alterne un module plein pour deux vides, correspondant aux baies, et assure avec le noyau de circulation la structure de l’immeuble. Les hauteurs entre planchers sont de 3,2 mètres, médiane entre la valeur standard des immeubles de logement (2,8 mètres) et celle des immeubles de bureaux (3,5 mètres). Le rez-de-chaussée commercial englobe partiellement le premier étage.

En proposant des volumes plus intéressants aux logements, les architectes assurent ainsi l'avenir de leur construction. Sauf cataclysme.

03(@JLanoo)_S.jpgCette stratégie aurait pu déshériter le projet d'un étage supplémentaire. L'addition des différentiels ne fait pas un niveau entier et le PLU n'autorisait, de toute façon, que la surface réalisée. Bref, les architectes ne pouvaient jouer que sur la compacité de l'ensemble.

In fine, LAN a livré à une maîtrise d'ouvrage restée propriétaire unique un immeuble dont elle pourra changer l'affectation. Pour l'agence, il y a ici, incarné, un manifeste à même de questionner l'architecture moderne et ses conséquences.

Umberto Napolitano cible d'abord la résultante : «Nous avons hérité d'une économie du projet qui fige la conception». En guise de solution, l'architecte propose de «repenser ce legs de la modularité».

En mire, la construction, pieds et poings liés aux règles du marché. «Les hauteurs de dalle à dalle de 2,8 mètres correspondent à une banche de coulage. L'évolution technique nous a conduits vers un système de préfabrication et de standardisation qui dicte les dimensions», poursuit-il. Autant de contraintes qui sont, selon l'homme de l'art, à même de contrarier la «durabilité» recherchée.

04(@JLanoo)_S.jpgEnfin, autre point, et non des moindres, «la culture 'post-urba' où l'architecte est réduit au rôle de façadier. Il nous faut reconquérir un domaine de compétences plus étendu et ne pas être subordonné passivement à un système réglementaire», note-t-il.

Bref, l'immeuble de la rue Saussure, aussi sobre soit-il, n'est pas une monstration mais bel et bien une démonstration.

Jean-Philippe Hugron

Fiche technique

Programme : Constrution d’un ensemble de 40 logements et commerces
Maitrise d'ouvrage : ICF Novedis
Adresse : ZAC Saussure Pont Cardinet | Ilot 4.2 | Paris XVIIe
Budget : 5.9M€ H.T.
SHON : 3.700m²
SP : 2.900m²
Calendrier : 2010-2014

Réactions

Momo | 75009 | 25-03-2016 à 16:24:00

Ha ... c'est le moin lais de tous ... mais quelle austérité !
A quand le retour de l'ornement sculpté pour des façades qui sortent de leur mutisme !
Vivement une nouvelle génération d'Architecte.

suisse | arch | idf | 02-03-2015 à 11:08:00

rien nouveau, aucun new typologie ici. en suisse, il y a beaucoup des bâtiments comme ça...

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