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Espagne | Le djihad moderne d'Alvaro Siza à l'Alhambra (18-02-2015)

Le djihad ? Pourquoi pas ? A Grenade, le projet du maître de l’Ecole de Porto, Alvaro Siza, associé à Juan Domingo Santos, fait sensation. L’ire des critiques est sans limite. Certes, ce qui est excessif est insignifiant. L’unanime condamnation du projet est toutefois à même d’interroger. De gauche à droite en passant par les sans-étiquettes, chacun y va de son bon mot.

Culture | Espagne

Sous la Pyramide du Louvre, il n’y a, grosso modo, ni plus ni moins qu’un vaste centre commercial et un gigantesque hall de gare distribuant les milliers voire les millions de touristes entre les ailes Denon, Richelieu et Sully. Ainsi en va-t-il du tourisme de masse.

Tous les grands sites historiques y passent ou presque. Bientôt au tour de l’Alhambra, à Grenade. Les autorités ont commissionné Alvaro Siza, après concours international en 2010, dans l’objectif d’ériger les nouvelles «portes» du palais maure.

Le 11 février 2015, le site d’informations Ideal.es révélait les propos du maire de la ville qui a défini le projet comme un «grand centre commercial». La rhétorique n’est pas là pour séduire.

De son côté, le Centre Artistique, Littéraire et Scientifique de Grenade (CALC) a pris position en des termes exagérés, un tant soit peu galvaudés. Le même site, le lendemain, faisait état de «l’attentat paysager et urbain» que constitue le projet d’Alvaro Siza, pire encore de son «authentique barbarie». Et bientôt le djihadisme des modernos ?

Le CALC est présenté comme «apolitique» dans l’article. Les critères et jugements sont «techniques et culturels». L’ensemble est - quelle surprise ! - «pharaonique» et, contre toute attente, «de caractère nordique et fonctionnel» ; il manquerait «de références, même minimales» à son environnement.

L’école de Porto ne séduit pas les Andalous. L’investissement serait de 45 millions d’euros, un conditionnel ô combien obligatoire en Espagne où bien des projets culturels ont vu leurs coûts non maîtrisés.

Le journal local en ligne Teleprensa rapporte, dans un article du 16 février 2015, les propos de Francisco Puente Duran, chef de fil de la Gauche Unie au conseil municipal. A ses yeux, le projet n’est pas «prioritaire». «Il ne répond pas de surcroît aux nécessités de l’Alhambra et de la ville», avance-t-il.

Il faut, pourtant, bien accueillir les milliers de visiteurs quotidiens - jusqu’à 8.500 - et leur faire, si possible, dépenser un peu d’argent au passage.

02(@ASiza).jpg«Tout projet rencontre des difficultés. Celui-là plus encore puisqu’il s’agit d’intervenir au sein d’un bijou de l’architecture mondiale», reconnaît Alvaro Siza dans le quotidien portugais Público le 10 février 2015.

La veille, à Grenade, s’ouvrait une exposition de dessins et de plans illustrant ces fameuses et nouvelles «portes». «C’est l’occasion pour nous de défendre aux yeux de tous l’image d’une Alhambra du XXIe siècle», a déclaré María del Mar Villafranca, directrice du site historique, au quotidien El País le 9 février 2015.

L’exposition a d’abord été présentée, il y a tout juste un an, à Berlin, en Allemagne. Son commissaire précisait alors que l’édifice imaginé par Alvaro Siza «fusionne avec le paysage».

Pour lui, l’intérêt du dessein repose sur la «double stratégie d’extrusion topographique et de soulèvement intrusif qui permet à l’ensemble de paraître plus petit qu’il ne l’est et de magnifier par la même occasion la grande échelle de l’Alhambra».

Il ne s’agit alors plus que d’un «vestibule» dont la «qualité pittoresque est la conséquence [...] d’un 'voyeurisme morphologique' fait d’une grande variété de points de vue entrecroisés avec des aires de différentes intensités lumineuses. La lumière est, de fait, le protagoniste de ce monde créé pour l’architecture et son jeu avec la topographie», dit-il.

03(@ASiza)_S.jpgL’envolée lyrique n’a vraisemblablement pas su séduire et l’opération communication lancée par les tenants de l’Alhambra ont délié des langues en des termes souvent agressifs, autant de voix qui ne s’étaient jusqu’alors que peu fait entendre.

Jean-Philippe Hugron

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