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Visite | Jean-Philippe Pargade, entre geste et autorité de la nature (28-01-2015)

Jean-Philippe Pargade ne se lasse pas des parallèles entre architecture et musique, qu’il assimile aux mathématiques. Il y a pourtant, ne serait-ce que dans la représentation, des attentions plastiques. Il n’y a qu’à voir les partitions - les articulations - de György Ligeti pour se faire une idée. Alors, l’architecte s’est-il laissé, à Marne-la-Vallée, dans le cadre du projet de l’Espace Bienvenüe, emporté, malgré lui, par le geste ?

Education | Bâtiments Publics | | Jean-Philippe Pargade

L’époque aimerait sans doute que quelques élus bien intentionnés renomment le site. Et pour cause ! La Cité Descartes n’a rien des 4000 ou de la Grande Borne. Aussi, ses usagers préféreraient le mot «campus», très en vogue, jusqu’à ce que le modèle montre, tôt ou tard, ses limites.

Pour satisfaire étudiants, professeurs et chercheurs, mettons campus. Le substrat n’est pourtant, ni plus ni moins celui d’une ville nouvelle et, par conséquent, d’un territoire tout automobile : grandes avenues et parkings en guise d’aménités.

Au sortir de la gare, après avoir traversé une aire de stationnement, le trajet - fléché pour l’occasion - longe la ligne de chemin de fer. «Espace Bienvenüe», assure la pancarte. La façade est, de ce côté, imposante et froide. De l’autre, les atours se montrent plus enthousiasmants et spectaculaires.

02(@SergioGrazia)_S.jpgEncore faut-il pour les apprécier accéder à un mail planté, au statut bâtard d’espace public encagé. Aucun contrôle à l’entrée ne sanctionne le flâneur, mais la grille ouverte indique bien quelques restrictions nocturnes.

Les étudiants vont et viennent rapidement. Le froid invite plus au refuge qu’à la détente. Les uns vont à droite, dans l’Ecole des Ponts et Chaussées - l’immeuble conçu par Chaix et Morel n’a pas pris une ride - les autres, à gauche, vers l’espace Bienvenüe accueillant entre autres l’IFSTTAR (l'Institut français des sciences et technologies des transports, de l'aménagement et des réseaux).

La monumentale vague de béton qui caractérise la construction est signée Jean-Philippe Pargade. Le grand geste plastique n’est pas habituel pour cet architecte. «L’art de bâtir, autant que la musique, est liée aux mathématiques. Cette courbe est la résolution précise d’un programme donné», assure-t-il.

Dehors, un fond d’air polaire ne dissuade aucunement l’architecte d’aller plus avant dans ses explications au grand dam d’interlocuteurs frigorifiés. «Nous avons décidé de mettre sous un même toit toutes les fonctions transversales de l’ensemble. Les ondulations nous ont permis de nous adapter aux différentes hauteurs exigées», dit-il.

Hall d’accueil, restaurant, cafétéria, bibliothèque et halle d’essais sont ainsi abrités sous l’épaisse sinusoïde de béton. «Sans joint de dilatation», répète à l’envi Jean-Philippe Pargade.

03(@LucBoegly)_B.jpgCette «femme allongée» - comme il aime à la désigner - pourrait évoquer un trait de Niemeyer mais l’architecte semble préférer convoquer, dans ses propos, Le Corbusier. Plus qu’une figure moderne, le tout relève davantage de l’ouvrage d’art ; le symbole ne pouvait être mieux trouvé pour abriter laboratoires et centre de recherches sur le bâtiment et les matériaux de construction.

«Nous avons traité cette partie comme un pont», assure l’architecte. «J’aime aussi cette simplicité matérielle. A l’image d’un aéroport, cet ensemble est du gros oeuvre à l'état pur !», sourit-il.

Le béton, quant à lui, s’est tout naturellement imposé. Il y a certes, en jeu, des aspects techniques et thermiques mais aussi un pied de nez à l’architecture high-tech de Chaix et Morel, juste en face, marquée par la verrière.

La visite s’engage alors dans les couloirs de l’Espace Bienvenüe. Le tout est sobre. Les familiers du travail de Jean-Philippe Pargade y verront sans doute la patte de celui qui s’est spécialisé dans les hôpitaux. Aussi, les circulations, bien que longues, évitent quelques écueils. La couleur vient animer sinon rythmer, par bandes, le sobre décor.

Quelques vues vers l’extérieur donnent à voir des terrasses. Côtés rues, elles permettent des respirations et brisent, de fait, ce qui aurait pu être une austère façade dont le traitement laisse imaginer l’économie du projet.

Il fallut, après le concours, ajuster le dessin aux nouvelles demandes ainsi qu’aux baisses de budget. Pour maintenir une spectaculaire proposition et la qualité des espaces, sans doute fallait-il en passer par là.

Le projet conçu par Jean-Philippe Pargade reste d’une grande générosité à l’égard de la ville. En plus de ne pas user de toute la parcelle pour offrir davantage d’espace 'public', il propose une promenade bucolique sur les toits courbes du pôle scientifique.

04(@SergioGrazia).jpgLe paysagiste David Besson-Girard a réalisé plus que des toitures végétalisées. Celui qui emprunte ce parcours découvre un paysage champêtre et vallonné qui doit être, à terme, habité par quelques cabanes conçus par Tadashi Kawamata, le 1% artistique.

Au-delà de ces maigres refuges - dont le coût prohibitif semble sans cesse retarder l’installation -, des plantations dessinent, dans leur rigoureuse géométrie, comme des champs en pleine culture. Même l’hiver, dépourvus de toute floraison, ils offrent un agréable effet au regard.

Sans doute s’agit-il là du plus grand succès de ce projet. Car, au-delà de ses prouesses architecturales, la proposition de Jean-Philippe Pargade justifie ici le mot «campus» au sens où il consacre la relation «du bâti à l'environnement naturel».

L’architecte donne ainsi, par son ouvrage, de «l’autorité à la nature».

Jean-Philippe Hugron

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