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Etats-Unis | Shigeru Ban pris la main dans le panier (21-01-2015)

La presse américaine ne tarit pas d’éloges pour le nouveau musée d’Aspen, conçu par Shigeru Ban. Inaugurée le 9 août 2014, la nouvelle institution a choisi une «marque» en guise d’architecte pour inscrire son nom sur la carte et abriter ainsi quelques prestigieuses expositions itinérantes. Cela écrit, certains critiques perçoivent une pointe de cynisme à convier un architecte «philanthrope» dans une ville de multi-millionnaires.  

Culture | Bâtiments Publics | Etats-Unis | Shigeru Ban

Les bonnes recettes ? De l’art dit 'contemporain', de l’argent et un 'nom'. Voilà pour les ingrédients.

Pour l’art, l’origine doit être «contrôlée». Concernant l’argent, public, privé, propre ou sale peut faire l’affaire. Quant au nom, il faut un Label Rouge du type Pritzker.

Aspen, aux Etats-Unis, n’y échappe pas. La station de sports d’hiver du Colorado réunit à peine 6.000 âmes et s’est offert, malgré tout, un Shigeru.

«Big money meets big art», titre Ray Mark Rinaldi dans l’édition du 10 mars 2014 du Denver Post. «Il n’y a bien qu’à Aspen, environnée de collines et de montagnes d’argent, que les bons citoyens peuvent réunir 72 millions de dollars pour un musée sans collection», écrit-il.

Selon Justin Davidson, dans un article publié le 8 juillet 2014 sur le site américain Vulture, la nouvelle institution, dont la construction a coûté 45 millions tout rond, est située à quelques blocs des «têtes de gondoles», Gucci et Cie - les principales étapes de «l’hédoniste Aspen» -. «Le musée rejoint ainsi, en centre-ville, la liste des chatoyants noms de la mode», lance-t-il.

02(@JWilson)_S.jpgLe lieu n’en est pas moins «une merveille moderne, une boîte à coton couverte de pied en cap d’un tressage donnant à l’ensemble des allures de panier, le tout conçu par le bon architecte du moment, Shigeru Ban», poursuit-il.

«Parce que c’est un musée sans collection et qu’il présente différentes expositions, c’est un panier dans lequel vous pouvez mettre n’importe quoi», explique l’architecte à Pei-Ru Keh dans un article paru dans Wallpaper le 5 août 2014.

Voilà peut-être résumé le mal des musées contemporains : des contenants pensés sans contenu. «Ses galeries pourraient être n’importe où et abriter tout type d’art ; un écho au cosmopolitisme d’Aspen», écrit Justin Davidson.

Si le critique reste enchanté par la démarche architecturale de Shigeru Ban et s’il se montre enthousiasmé par la visite du bâtiment, il émet une réserve sur le «cynisme» de l’opération.

03(@JWilson)_S.jpg«Shigeru Ban, dans sa recherche de techniques en vue de construire beau, rapidement et peu cher, use de carton préfabriqué [...] transformant ainsi un emballage en structure. Zuckerman Jacobson [directrice du musée, ndlr.] lui a demandé d’incorporer ces tubes quelque part dans le bâtiment afin que le musée signé Shigeru Ban soit identifié comme tel. L’architecte en a docilement mis ça et là en tant qu’élément décoratif», note-t-il.

«Pour un architecte réputé pour son idéalisme, cette évocation de son travail sur les situations d’urgences post-catastrophe paraît bien cynique et affligeante, autant que de vendre une tente de réfugié dans une boule à neige au magasin souvenir», conclut-il.

The New York Times, sous la plume de Holland Cotter, dans l’édition du 26 septembre 2014, présente un musée aux nombreuses vertus qui, par là même, «incarne les absurdités et les aberrations qui ont retiré à la starchitecture ses lettres de noblesse».

Et pour cause, l’exposition organisée à l’occasion de l’inauguration est un hommage quelque peu orienté, sous le titre convenu 'Shigeru Ban : architecte humanitaire'.

Le critique du quotidien new-yorkais s’étonne alors d’avoir vu un événement sans «aucune relation substantielle avec un édifice à 45 millions de dollars. [...] Aucune mention n’est faite aux autres projets 'non-humanitaires' de l’architecte : la conception de maisons extrêmement coûteuses pour de très riches clients ou encore l’immeuble de logements Cast Iron House à Manhattan».

04(@JWilson)_B.jpgL’omission sonne comme la part honteuse d’une production architecturale. Pire encore est sans doute le mélange des genres ; en 2013, le groupe LVMH livrait un centre culturel à Fukushima, conçu par Shigeru Ban. L’amour du Japon pour le luxe français le valait bien, non ?

Entre monogramme et shampoing, Shigeru Ban mérite assurément sa place sur le marché des valeurs.

Jean-Philippe Hugron

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