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Brève | Comme un théâtre dans la ville... une étagère urbaine à Thonon-les-Bains (14-01-2015)

La rénovation du Théâtre Maurice Novarina de Thonon-les-Bains a été initiée par la ville en 2012 et s'est terminée par l’inauguration du bâtiment le 10 janvier 2015. Cette aventure, confiée à Wimm architectes et Carine Bonnot (Silo architectes), aura mobilisé près de 150 personnes d’horizons multiples pour réussir à ramener cet équipement dans la ville et auprès de ses publics. Communiqué.

Haute-Savoie

Un peu d'histoire...

En 1961, la municipalité de Thonon-les-Bains décide la construction d’une salle des fêtes. Le cabinet d’architecture de Maurice Novarina est mandaté pour le projet. L’équipe est ainsi composée d’architectes (Novarina, Kétoff, Rosfelder, Kandaouroff), d’ingénieurs (Kétoff, Delfosse), d’un décorateur (Demangeat) et d’un acousticien (Sohier). Raoul Ubac réalise une tapisserie moderne pour le promenoir à l’étage. En plus du théâtre, la bibliothèque municipale est aménagée en sous-sol, ainsi qu’un auditorium-salle de cinéma.

En 1964, le maire propose la candidature de l’équipement pour le statut de 'Maison de la culture', encouragé par André Malraux. En juin 1966, la 6e maison de la culture de France est ainsi inaugurée.

A cette occasion, le décorateur Camille Demangeat transforme la salle de spectacles et la scène (suppression de la fosse d’orchestre) pour répondre aux nouveaux programmes culturels liés à une démocratisation des équipements culturels, l’accès à la création pour les artistes et l’accueil d’un maximum de publics variés.

02(@Archives Thonon-les-Bains-DR)_S.jpgLe bâtiment est radical, il impose une modernité sans compromis dans le paysage urbain thononais. Rassemblé en deux volumes forts et contrastés aux fonctions bien établies, il instaure un dialogue avec la ville : l’«hexagone» public, entièrement vitré sur trois côtés par un immense mur-rideau, s’oriente vers le lac, la ville ancienne et la ville moderne issue de la reconstruction d’après-guerre. Surélevé par rapport au sol naturel, il abrite et met en scène les fonctions publiques du lieu : Hall d’accueil et salle de spectacles en rez-de chaussée ; la bibliothèque municipale et l’auditorium sont aménagés en sous-sol, l’espace de bar sert de foyer dans le promenoir haut sur la ville et sur le lac.

Le polygone 'privé' regroupe les activités liées au fonctionnement de l’équipement : administration, loges ainsi que la partie technique de la scène (atelier, monte-charge, quai de déchargement...).

Alors que la façade principale de verre s’ouvre à la ville, la façade arrière est opaque, épaisse, recouverte d’une petite mosaïque blanche renforçant le caractère privé, fermé au public du polygone.

Le mur-rideau de toute hauteur est pensé en lien avec l’idée d’origine d’un équipement public de culture : la transparence est un outil de communication. La nuit, la lumière met en scène les coursives du bâtiment comme une lanterne. Les mouvements du public et de l’activité du bar animent la façade aux heures de spectacles - idée magnifiée par Jacques Tati dans Playtime -. Egalement, la lumière révèle la structure en caissons pyramidaux de la toiture qui constitue une prouesse tant architecturale que technique en finalisant l’écriture moderne du bâtiment.

En 1969, le statut de l’équipement change pour devenir la 'MAL', Maison des Arts et Loisirs de Thonon-les-Bains. Le bâtiment retrouve une indépendance dans son fonctionnement ainsi que dans sa programmation. La bibliothèque maintient son activité et le bar du promenoir, en balcon sur la ville et sur le lac Léman, bat son plein.

Le bâtiment, lié au dynamisme des pratiques culturelles, ne cesse dès lors de se transformer pour accueillir de nouvelles pratiques et en abandonner d’autres, subissant parfois de forts réaménagements.

Le milieu des années 80 voit ainsi le transfert de la bibliothèque et de la discothèque et leur remplacement par une salle d’exposition. Le bar du promenoir est déprogrammé. Le hall, fortement remanié, gagne en espace par de multiples coupes mais perd en fluidité et qualités spatiales et notamment son rapport à la ville et au lac.

Le début des années 2000 voit la réfection de la salle de spectacles avec la suppression du balcon et le camouflage de la structure tridimensionnelle de toiture, l’auditorium ferme...

En 2012, la ville de Thonon-les-Bains lance une consultation technique pour le remplacement du mur-rideau, la réfection du complexe d’étanchéité des toitures et le traitement des accès.

03(@Archives Thonon-les-Bains-DR)_S.jpgLe théâtre dans la ville aujourd’hui ?

Fin 2012, la commande est confiée à Wimm architectes et Carine Bonnot (Silo architectes), qui apportent à la fois leur lecture et réponses à l’intervention demandée.

Pour cette nouvelle équipe, la commande de la ville pose de manière intrinsèque la question du fonctionnement du bâtiment aujourd’hui. Intervenir sur le mur-rideau interroge le lien de l’équipement à la ville mais également la nature des espaces qui sont donnés à voir et à vivre.

Les constats sont nombreux, l’architecture forte signée par Maurice Novarina souffre des compromis établis au cours de ses multiples transformations. L’hypothèse initiale de réaliser un bâtiment transparent sur le monde de la culture ne parvient plus à créer une qualité de médiation auprès des publics.

«Nous avions à faire à un bâtiment abimé et vieillissant dont les multiples aménagements ont peu à peu gommé ses qualités initiales. Son enveloppe était à reprendre et l’évolution de son contenu au gré des politiques culturelles avait créé des délaissés. Les différentes strates de travaux avaient été faites avec une bonne intention, mais le fil fragile qui établissait le lien entre le bâtiment et son public était rompu. Le promenoir, lieu magnifique sur la ville et le lac était devenu secondaire, l’auditorium fermé. La bibliothèque déménagée avait laissée place à un espace d’exposition dont l’entrée confidentielle avait été réalisée par un décaissement, ce qui coupait à la fois le côté unitaire de l’équipement tout en rompant son lien à la ville. Les espaces d’accueil avaient petit à petit grignoté les espaces sous la scène, s’agrandissant d’une certaine manière mais perdant leur lien à l’extérieur en fabriquant de manière paradoxale un lieu sombre où l’on ne savait pas trop où se positionner ni comment l’aménager pour les utilisateurs», confie William Tenet, architecte associé de Wimm architectes.

04(@Wimm)_S.jpgAinsi, en parallèle de la réponse technique pure de réfection et de mise aux normes, l’équipe questionne l’usage et la programmation actuelle des espaces de cet outil de culture au travers de sa proposition. L’enjeu n’en est ainsi pas tant de 'relooker' le Théâtre que de lui rendre une actualité plus en adéquation avec les pratiques culturelles contemporaines. Actualités qui portent tant sur l’objet culturel que sur ses ramifications dans une médiation auprès du public.

Leur démarche se fonde dès lors sur plusieurs questionnements :

  • > Celle de la transparence aujourd’hui. Comment cette médiation vers le monde de la culture instaurée par le mur-rideau peut être rendue effective, intensifiée ?
  • > Celle du fonctionnement et de la qualité des espaces du Théâtre aujourd’hui. Comment retrouver cette clarté originelle et sa vocation d’aménagement et d’équipement culturel pour tous ? Quels sont aujourd’hui ses liens au lac et à la ville désormais agrégée, en d’autres termes, sa présence urbaine ?

05(@Wimm-DR)_S.jpgComment retrouver le lien à la ville et au public ?

Rapidement, trois pistes de travail s’établissent :

  • > Redonner au bâtiment son caractère synthétique, unitaire de lieu de culture ;
  • > Simplifier son lien à la ville ;
  • > Rétablir un espace de médiation culturelle auprès du public.

Un aller-retour constant se met en place entre retrouver les qualités initiales du bâtiment et donner le lieu à l’échange auprès du public. La dimension technique vient alimenter ce dialogue. Les procédés constructifs ont changé, les exigences également. La passoire thermique que constitue le mur-rideau n’est plus acceptable : four l’été et glacière l’hiver, malgré ses qualités esthétiques c’est un véritable gouffre énergétique !

Synthèse et symbole de ces enjeux, ce mur-rideau 'vitrine' du bâtiment au potentiel formidable et rare est envisagé dans l’épaisseur des espaces qu’il contient et met en scène. Ces espaces seront des lieux de rencontre, de communication et d’échange autour de la culture. Leur perception tant depuis l’extérieur que de l’intérieur seront l’un des éléments clés du dispositif.

«L’étagère urbaine de Jacques Tati est en quelque sorte ressuscitée. Nous avons à la fois travaillé à la reprogrammation de ces espaces et à leur lecture. Le rez-de-chaussée comprend un vaste sas d’accueil qui distribue les diverses activités aujourd’hui rassemblées, une billetterie et un guichet, un lieu de restauration et un autre de présentation de l’activité culturelle. L’accès aux étages a été simplifié, la galerie d’exposition est ainsi complètement intégrée à l’équipement et le promenoir-foyer voit la mise en place d’un espace de rencontre et de conférence de presse, d’un espace de projection créant un écran intérieur sur la ville, de loges ouvertes sur l’extérieur», explique Carine Bonnot, de Silo architectes.

06(@Wimm-DR)_S.jpgUn premier travail de simplification se met en place, les espaces intérieurs sont redessinés de manière à retrouver leur fluidité initiale et à rétablir le rapport frontal de l’équipement à la ville. Le décaissement supprimé, le bâtiment s’élargit pour intégrer des espaces de circulation côté ville moderne et renforcer son effet de balcon sur le lac. Les casquettes et escalier d’accès rapportés en façade sont supprimés de manière à renforcer la dimension abstraite du bâtiment-vitrine désormais accessible par une vaste topographie qui le prolonge et le raccorde au parvis minéral.

L’étagère urbaine prend sa place au travers du mur-rideau conforté d’un filtre visuel constitué d’ailettes verticales qui servent tant à la gestion du confort thermique qu’à la lecture du bâtiment et de son contenu. S’inspirant des expériences d’art cinétiques et de l’op’art, la perception du coeur du bâtiment change selon les déplacements.

«De face, les ailettes disparaissent et laissent percevoir l’activité puis, lorsque l’on se déplace, les choses se brouillent avant de redevenir visibles lorsque l’on revient face à l’un des pans de l’hexagone ; on voit alors d’autres activités qui sont proposées dans cette étagère», conclut William Tenet.

07(@Wimm-DR).jpg

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