Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Présentation | Le langage Fleury de l'urbanité (28-01-2015)

Les places des plus grandes villes ont été ces derniers jours le lieu de rassemblements extraordinaires. Voilà qui souligne l’importance de ces respirations urbaines dans la vie de tout citadin. Benjamin Fleury a livré en février 2014 une nouvelle place imposante au sud de Cormeilles-en-Parisis. Plus qu’un aménagement, l’architecte-urbaniste y voit un équipement.

Aménagement extérieur/Paysage | Val-d'Oise | Benjamin Fleury

Une place à l’origine du tout ! L’ambition de la municipalité de Cormeilles-en-Parisis était alors de développer, au sud de la ville, un pôle attractif, contrebalançant le centre historique au nord du territoire urbain.

Contre toute attente, la réalisation d’une vaste place et la mise en oeuvre d’aménagements paysagés a précédé tout autre chantier d’équipements. Pourtant, à l’origine du projet, la ville s’était fixée de multiples objectifs dont la réalisation d’une piscine, d’une ludothèque, d’une école d’art... Mais pour l’heure, seule la place a été livrée.

«Il y a beaucoup plus de réponses politiques dans l’urbanisme», concède Benjamin Fleury. Et pour cause, l’espace public est aussi lieu de représentation.

En face du site, il y a encore des champs. La ville se développe, grignote des terres arables et «à la manière d’un Calder, nous équilibrons les polarités», précise l’architecte-urbaniste.

02(@DavidBoureau)_B.jpgBenjamin Fleury remporte le projet via une procédure adaptée lancée par la ville en juillet 2008 pour avoir compris justement qu’il y avait plus qu’un espace de représentation à concevoir. Certes, la ville concentrait ses nouveaux équipements sur le site mais la place devait être, à elle seule, un équipement à part entière.

Ainsi, outre un «théâtre», il fallait concevoir un «lieu d’intensité urbaine». Le mot sonne bien pour séduire un édile.

Derrière le mélodieux barbarisme, il faut entendre une variété d’usages. La place mêle différentes échelles, de l’intimité à la monumentalité. L’ensemble est dès lors «découpé» en plusieurs lieux.

La première étape de la conception a toutefois été de «redistribuer le stationnement» à l’arrière. Pour définir l’espace libéré, un grand rectangle minéral est tenu par des haies végétales.

Benjamin Fleury compare alors la place à une «carte mère» sur laquelle différentes fonctions ont été positionnées : «Une plage verte» encadre une noue en direction de la piscine. Un «salon» est offert à tous, non loin, pour les parents attendant leurs enfants. Une «pastille événementielle» dessine les contours d’un vaste espace capable de réunir une foule à l’occasion d’un concert ou d’un match retransmis sur grand écran.

03(@DavidBoureau).jpgPour imbriquer les échelles, l’architecte a joué de la hauteur du mobilier urbain. Ainsi, de grands mats «donnent l’importance de la place».

Pour parfaire l’ensemble, une trame de bandes larges de 2,80 mètres donne de la cohérence aux différents traitements paysagés. «Nous voulions donner un rythme», assure l’architecte précisant qu’il n’y a dans les dimensions rien d’un savant «Fleury-Modulor» mais des proportions adaptées au site.

«Je fonctionne à la manière d’une équation à résoudre et non par des schémas d’ambiance», précise-t-il. De plus, l’urbaniste est responsable de l’économie du projet. «Nous ne travaillons pas avec des économistes. Chaque intervenant chiffre ce qu’il fait. L’architecte a dorénavant perdu cette science dans ses projets», soutient Benjamin Fleury.

04(@DavidBoureau).jpgPour l’architecte, ce projet est presque une revanche. «Je ne conçois pas d’équipement car je ne suis, hélas, pas dans cette sphère», confie-t-il.

Celui qui affectionne les «questions sociales» a toutefois pu exercer son savoir-faire et réalise une démonstration de force.

«Nous sommes ici déjà dans le périurbain. Mon territoire d’attachement, c’est la banlieue. Je suis né en banlieue, je vis en banlieue, je travaille en banlieue, je travaille sur la banlieue... Sans cela, ma pratique n’aurait pas de cohérence», revendique-t-il.

Alors, une deuxième couronne pour Benjamin Fleury !

Jean-Philippe Hugron

Réagir à l'article





Portrait |La fine équipée de Monica Donati

Le collectif avant tout ! Monica Donati s’empresse de présenter tous ses collaborateurs. Elle évoque même avec enthousiasme un nouveau projet d’association - 300% - qu’elle monte avec Margot-Duclot et Paul...[Lire la suite]

Portrait |L'architecture en Barani-rama

Pour capter une architecture vécue, mais aussi des paysages habités, Christian Barani part «à la dérive». Sa relation avec l'art de bâtir est toutefois récente. Son frère, Marc Barani,...[Lire la suite]


Portrait |Ludwig Leo, le techno-pop berlinois

L’AA School rend hommage à Ludwig Leo, figure discrète de la scène architecturale allemande disparue en 2013. L’exposition, qui fait escale à Londres du 5 mai au 6 juin 2015, a d’ores et...[Lire la suite]

Portrait |Fernando Higueras, un brutaliste en l'île

A l’heure où l’architecture peut se limiter à quelques effets de façade – peut-être le seul espace de liberté d’une profession – les regards se tournent, nostalgiques, vers le...[Lire la suite]

Portrait |Pour ne plus avoir d'a priori, schneider+schumacher

L'architecture allemande est particulièrement méconnue depuis «l'autre côté du Rhin». Elle se résume bien souvent à l'austère image d'une rigueur ascétique, à un art...[Lire la suite]

Portrait |Jorge Ayala, un architecte sans architecture ?

Jorge Ayala poursuit son activité loin des chantiers, loin même des plans d’exécution. L’horizon du professionnel s’est élargi et l’imaginaire peut aisément s’émanciper des...[Lire la suite]