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Russie | Wowhaus et les hipsters stalinistes (07-01-2015)

A Moscou, un défaut de communication... Vraiment ? Si les rênes médiatiques semblent bien tenues, la ville, quant à elle, poursuit son essor anarchique. Pour mettre un semblant d'ordre, de grands projets structurants ont été décidés. Parmi eux, les parcs de Moscou. Si les américains Diller Scofidio + Renfro semblent en disgrâce du côté du Zaryadye, Wowhaus, agence locale, récupère la mise au VDNKh.  

Aménagement extérieur/Paysage | Moscou | Wowhaus

La barbe ! La fin de l'homme rouge, dénoncée par Svetlana Alexievitch, annonce l'apparition imminente du «hipster staliniste».

La journaliste, qui a signé un essai remarqué sur «le temps de désenchantement», a étudié, à cette occasion, les derniers spécimens d'une espèce, l'homo sovieticus que «les uns considèrent comme une figure tragique, [et que] d'autres [...] traitent de sovok, de pauvre soviet ringard», écrit-elle. La Russie change mais semble conserver toutefois les vieilles recettes politiques.

«J'ai croisé dans la rue des jeunes vêtus de tee-shirts avec la faucille et le marteau, et le portrait de Lénine», s'étonne-t-elle avant de s'interroger : «Savent-ils seulement ce qu'est le communisme ?».

Pour le moment, les bustes de Vladimir Ilitch Oulianov font les belles heures des marchands du temple et les symboles de l'ancien régime sont en passe de devenir de rutilants monuments.

'L’Ouvrier et la Kolkhozienne', une sculpture haute de 25 mètres conçue par Vera Ignatievna Moukhina pour couronner le pavillon de l'URSS à l'exposition universelle de 1937 à Paris, a été, une fois les festivités révolues, démontée et installée à grand frais à Moscou. Abandonnée au centre d'un giratoire miteux, elle brille désormais de sa superbe métallique après avoir été minutieusement restaurée.

Outre le patrimoine, la politique urbaine moscovite, pour parfaire une vision d'ensemble, prône la transformation et la modernisation des plus grands parcs de la ville. En 2012, Vladimir Poutine annonçait la réalisation, à quelques pas du Kremlin, du parc Zaryadye.

«L'objectif du projet est nationaliste en voulant signifier la grandeur de la Russie. Ces vues patriotiques rendent l'organisation du premier concours international de la ville à la fois paradoxale et surprenante. 87 agences de 27 pays ont répondu à l'appel ; le bureau new-yorkais Diller Scofidio + Renfro a été désigné lauréat pour son idée d''urbanisme sauvage'», rappelait Imanni Wilkes Burg dans Next City le 10 décembre 2013.

En plus de retards considérables dans l'avancement du projet, la donne géopolitique a depuis changé. «Tout d'abord, ce n'est sans doute pas la meilleure époque pour une agence américaine de construire à côté du Kremlin. Ensuite, le projet imaginé est très onéreux», explique Oleg Shapiro, associé de Wowhaus, à Maryam Omidi, correspondante de The Guardian à Moscou, dans l'édition du 12 décembre 2014.

03(@Iliya Ivanov)_B.jpg«Après avoir conçu de nombreuses structures contemporaines en bois dont un cinéma de plein air au parc Gorky, Wowhaus est devenu une agence de choix pour les autorités de la ville. Récemment, ses associés ont travaillé à la reconversion d'une quatre voies sur le quai Krymskaya qu'ils ont transformé en parc proposant fontaines, bancs et studios d'artistes», précise la journaliste du quotidien britannique.

«Le plus important est que vos idées coïncident d'une manière ou d'une autre avec ce que le pouvoir veut», affirme, sans détour, Oleg Shapiro.

L'agence participe ainsi à divers desseins emblématiques dont la transformation du VDNKh, le centre pan-russe des expositions, un vaste parc à la gloire de l'Union des Républiques Soviétiques Socialistes.

Le projet est jugé par Kuba Snopek, professeur de l'Institut Strelka cité dans The Guardian, d'hipster stalisniste : «il est étrange de voir un site stalinien aussi fort devenir léger et à la mode ; il est très intéressant d'observer la manière dont ces espaces accueillent des éléments qui sont davantage associés, à l'ouest, à la liberté et au libéralisme».

Dans ce contexte, Wowhaus a transformé le théâtre de verdure construit en 1939 en vue de le rendre à nouveau «populaire». Le budget était alors mince. L'agence a livré pour les 75 ans du parc un nouvel équipement de plein air mêlant les ruines du passé et des installations en bois. Bref, de quoi rééditer le succès du parc Gorky.

Wowhaus cherche de fait «une approche radicalement différente de l'organisation de l'environnement construit». Le propos serait né d'une remise en question de la tradition urbaine russe faite d'une «collection de constructions» qui sont autant de «façades urbaines» et d'«éléments séparés» les uns des autres.

Si, en 2007, le propos pouvait être neuf, il semble désormais accepté. Le travail de Wowhaus signe ainsi «l'obsolescence de la boîte expressive». Certes, il s'agit là de la condamnation de la gesticulation plastique et formelle de ces dernières années mais aussi du symbole autoritaire - politique ou économique - imposé à tout citadin.

Moscou est par ailleurs marquée par un réseau de larges avenues imposant un ordre monumental stalinien que de nouvelles constructions tentent de singer. 

02(@Iliya Ivanov)_B.jpgPar voie de conséquence, l'intérêt porté par Wowhaus pour l'espace public et la multiplication des usages est de prime importance dans ce contexte.

Ceci étant écrit, Oleg Shapiro et Dmitry Likin ne cherchent ni à s'imposer, ni à s'opposer. 

«Nous donnons une impulsion qui permet à la vie de se développer selon ses propres lois. Cette façon de procéder rend possible de rapides ajustements au sein d'espaces existants», disent-ils.

Aussi, Wowhaus «propose des solutions qui sont en mesure de produire des changements visibles à court terme». 

En filigrane et comme prochainement rapporté lors d'une exposition présentée à Berlin, du 16 janvier au 28 février 2015 à l'Architektur Galerie, le duo porte «une architecture de la communication» entre «l'usager et le protagoniste», bien entendu.

Quoi qu'il en soit, l'agence moscovite définit son travail comme étant «stratégique» et «tactique».

Bref, que les idées coïncident !

Jean-Philippe Hugron

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