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Actualité | Rural Studio : le développement durable né de la nécessité à Newburn, Alabama (USA) (29-10-2010)

Le Rural Studio a été créé en 1992 par l’Université d’Auburn. Le projet du professeur Samuel Mockbee consistait à emmener les étudiants concevoir et construire des logements pour les nécessiteux, au plus profond de la Black Belt. Les mal-logés pouvaient reconstruire une maison, sur des plans faits avec les étudiants et grâce à des subventions du Comté.

Global Award | Monde | Rural Studio

Samuel Mockbee voulait confronter les étudiants au réel : du projet, de leur société, de leur siècle. L’Université a accepté de financer le workshop pour quelques semestres. Mais 15 ans plus tard, le Rural Studio est toujours en activité. Plus de 400 étudiants ont travaillé dans ce comté perdu; lequel s’est comme repeuplé de maisons qui ont réhabilité la condition de leurs habitants et sont aujourd’hui aux USA un modèle d’architecture sociale et 'earth friendly'. D’expérience pédagogique, le Rural Studio est devenu un laboratoire d’architecture contemporaine responsable. Il faut pour comprendre cette évolution revenir à la figure attachante de son fondateur, Samuel Mockbee, né en 1944, mort d’une leucémie en 2001.

Architecte, peintre, écrivain, l’homme est consterné par la paupérisation de sa région, après la crise des années 90. Son ami l’essayiste Wendell Berry, un sudiste comme lui, conclut alors que l‘industrialisme fut un autre colonialisme, qui n’a pas développé mais exploité la région. L’analyse ravive une utopie emersonienne toujours présente chez les sudistes : après le cyclone industriel du XXe siècle, on peut dégager et reprendre les fondations agrariennes d’une société américaine qui fut décentralisée, tissée de communautés solidaires et construite sur une éthique de responsabilité personnelle dans le travail.

Le Rural Studio est l’outil d’une stratégie mûrie : rénover l’habitat pour rénover cette société. Mockbee choisit un lieu, le Comté de Hale, vieille région agricole qui vît l’industrie du coton puis du soja prospérer puis s’effondrer. Mais les fragments d’une vie rurale séculaire subsistent : un maillage de bourgs, un espace encore souple, des fermiers reconvertis dans l’élevage de poissons…

Aux étudiants, Mockbee ne demande pas de 'parachuter' de l’habitat social mais d’oeuvrer avec ce milieu. Avec ses acteurs, qui vont porter les projets, avec ces 'actifs', toujours valides. Les équipes d’étudiants et les familles travaillent en partenariat, du programme au chantier. La pénurie des moyens redonne du sens à une économie agraire : auto-construction (un paysan sait construire et entretenir), recyclage des matériaux, chantiers collectifs… Au 'conservatisme compassionnel' bushien se substitue le re-développement, qui engage les habitants et utilise l’architecture comme levier.

02(Rural-Studio).jpgCar il faut parler maintenant de la verve architecturale que Mockbee a conférée à l’histoire, poussant les étudiants à oser, à regarder, à aimer la culture métissée et populaire du deep South. Les moyens manquent ? Le Rural Studio fait des murs en vieux pneus, en tôle automobile, en carrés de moquettes… Mockbee canalise l’énergie des étudiants : le critique radical de l’industrie s’amuse à piller les déchetteries, l’artiste jubile sur les chantiers. Le Rural Studio monte des charpentes et refaçonne ces déchets pour construire des maisons où la maîtrise du projet s’allie à l’art populaire. L’esthétique du recyclage donne un visage au virage historique. L’invention défie la pauvreté.

A la mort de Mockbee, tous ont voulu que l’aventure continue. L’Université a désigné son adjoint comme directeur. Depuis 2001, Andrew Freear poursuit l'oeuvre initié 15 ans plus tôt… Il veut transformer l’utopie en économie durable, consolider le re-développement. Des équipements sont construits dans les villages. 'La maison à 20.000 dollars', mise au point en 2005, est un modèle constructif aisément duplicable, selon les moyens du bord, climatique à peu de frais.

03(Rural-Studio).jpgEt maintenant que les Etats-Unis s’interrogent à leur tour sur le sens à donner au développement, Andrew Freear doit aussi gérer le message du Rural Studio. Quel enseignement retirer de l’expérience ouverte il y a 15 ans ? "Ours is a simple sustainability born of necessity", dit-il ("le nôtre est un développement durable né de la nécessité").

Marie-Hélène Contal

Andrew Freear, anglais du Yorkshire, est diplômé de l’Architectural Association de Londres. Il a exercé à Londres puis à Chicago, où il devient professeur de projet à l’University of Illinois. Puis il rejoint le Rural Studio comme directeur adjoint, chargé du suivi des étudiants diplômables. En 2002, il succède à Mockbee comme directeur du Rural Studio. En 2005, Andrew Freear a été primé par la Rural Sociological Society pour 'Distinguished Service to Rural Life'. En 2006 il a reçu le Ruth and Ralph Erskine Nordic Foundation Award. Mais il tient à rester aussi membre de la Rural Heritage Foundation in Thomaston, Alabama et du Volunteer Fire Department in Newbern Alabama.

Cet article est paru en première publication sur CyberArchi le 5 mars 2008.

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