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Portrait | Qui veut la peau des Wild Rabbits ? (10-12-2014)

Qui parle de poser un lapin ? Vladimir Doray et Fabrice Lagarde sont au rendez-vous. Depuis l'étiquette AJAP, l'agence Wild Rabbits Architects décolle. Maîtres de l'absurde, de l'oryctolagus sauvage à la chasse aux frigos, les associés n'en sont pas moins sérieux et militants. Le beau, le BIM et l'artisan, tout y passe pour tenter de s'affranchir des conventions.  

France | Wild Rabbits Architects

Avant de fixer le rendez-vous, il y eut plusieurs échanges de mails. A force de bavardages, Philaé eut le temps de se poser sur 67P Churyumov-Gerasimenko et rien n'a été fait en vue de programmer une rencontre. Relance faite, date et heure furent enfin fixées.

L'adresse ? Au pif, celle de l'agence. Manqué ! Ligne 2, correspondance ligne 7. Les lapins sauvages ont aussi un terrier plus central et plus spacieux.

Les aménagements sont encore sommaires mais le luxe, n'est-ce pas l'espace ?

En bas - car il y a un étage -, une table de réunion. En son centre, une pile de revues... Pardon, de books aux allures de revue. En guise de titre : WRA, pardi ! Les deux associés se félicitent de la sortie du numéro 4.

Attablés, tous deux parlent, l'un plie une feuille, l'autre gribouille sur un papier. Le premier, expansif, le second, plus discret. Barbu et pas barbu... hipster & not hipster. Les contraires s'attirent.

«Je chausse du 45», dit l'un. «J'ai un 52 de tour de crâne», reprend l'autre. La grosse tête ? Les chevilles qui enflent ? Juste le goût de la provoc'.

02(@WRA)_B.jpgSi tout pouvait laisser présager un entretien donnant dans l'irrationnel et l'incongru, in fine, les deux Wild Rabbits sont bel et bien sérieux. Ils s'interrogent, ils revendiquent, ils militent !

La ville standardisée, des sujets développement durable très techniques, un peu soporifiques... Et bam ! Le BIM par exemple. «C'est un outil difficile à appréhender pour nous, artisans. Le risque serait que seules les grosses structures se l'approprient. J'ai arrêté Autocad en 2005. Il s'agissait d'éviter le 'grouillotage' et de gagner en productivité. Le BIM oblige à être intelligent», explique Vladimir Doray.

Face à l'outil, l'architecte ne reste pas béat et prévient des dangers : «l'architecture de masse». «Le BIM permet d'être hyper-réactif avec peu de moyens. Un projet peut être transformé sans que cela ne soit laborieux. Bref, nous pouvons apporter des réponses justes», précise Fabrice Lagarde.

«Quand on parle boutique avec nos confrères, nous défendons ces aspects-là. Nous essayons de faire exemple», reprend son associé. Finalement, la progression de l'outil n'est pas ennemie, du moins «si elle n'a pas pour but de favoriser un industriel», notent-ils. L'idée, pour WRA, est surtout de ne pas être «esclave du dessin».

S'affranchir reste un leitmotiv pour Wild Rabbits. La liberté était le moteur d'une association, le Wild Club, laquelle préfigurait l'agence à venir : «au tout début, il s'agissait d'un défouloir qui nous permettait de rester fidèles à nos premières idées», indique Vladimir Doray.

«Nous faisions des concours d'idées qui ont fini par être des concours de graphisme. Le Wild Club est devenu de plus en plus ludique à mesure du temps», poursuit Fabrice Lagarde.

03(@WRA)_S.jpgIl y avait, en deçà de l'association, l'idée «de faire semblant d'être une agence qui tourne». L'illusion fonctionne et les deux associés, une fois sortis de l'école, ont rempli leur book de références plus ou moins fantaisistes.

«Nous cherchions aussi à développer une réflexion autour de sujets et de programmes qui nous intéressaient, ceux de la petite enfance par exemple», explique Vladimir Doray. Bingo ! Il y a quelques mois à peine, WRA a livré une crèche en plein Paris. L'audace a donc payé !

Au-delà des conventions, Vladimir Doray parle volontiers d'«esthétique». «Je considère que l'approche plastique fait partie du boulot», dit-il... Mais de là à faire du «beau», c'est une autre question. «J'assume le rôle d'architecte-artiste mais l'art n'a pas vocation a être beau ; on oscille souvent entre l'approche 'produit' du designer et une approche plus sensible, plus personnelle qui ne cherche pas nécessairement la séduction immédiate», ajoute-t-il.

De leur propre aveu, ils n'étaient pas armés pour assurer la fonction plastique de l'architecture. Ils comptent parmi les derniers bébés Ciriani, dont ils revendiquent «l'engagement social», tout en rejetant le «formalisme académique inclus dans le pack UNO». 

Le consensus fait également partie du vocabulaire de l'agence car «le logement est le ciment de la ville».

Le «mensonge» tout autant. Quoique, non. Il est peut-être «marrant de le dire» mais réflexion faite, le mot ne satisfait pas. Alors, il s'agit davantage d'omissions et de surprises, d'une façade qui ne présage rien de la richesse intérieure, d'un jeu d'échelle, d'un effet d'optique, entre autres.

04(@WRA)_B.jpgL'architecture est avant tout question de temps. «Nous devons concevoir la postérité des chansonnettes que l'on pousse», affirme Fabrice Lagarde.

L'époque est toutefois à l'immédiateté. Plus encore à la communication. «Nous n'y avions jamais réfléchi. Tout est parti en réalisant la plaquette pour les AJAP. Il s'agissait de donner de la visibilité à notre travail», disent-ils.

De là est né le «mag'». Le n°1 avait pour thème «les logements en nappe», le 2e «la chasse aux frigos» et le 3e avait d'ores et déjà pour ambition de résumer les projets de l'agence et ainsi de suite... Le prochain numéro sera toutefois consacré à la construction en bois.

Quant aux élans de chasseurs sachant chasser, tout est né d'une «ligue pacifiste» à la recherche, la nuit venue, de réfrigérateurs abandonnés... Bref, une occasion pour parcourir la ville.

«Aujourd'hui, on rigole moins», disent-ils. Des Wild Rabbits - un nom né d'un projet Europan sur la critique de logements clapiers à lapins -, il reste d'ailleurs un sigle. Dans les rangs, WRA construit. «Nous sommes des artisans ! De fait, nous développons un savoir-faire», disent-ils.

Bref, de la patte à la griffe, «porter une marque tout en étant modeste», tel est l'enjeu fixé par les deux associés.

05(@WRA)_S.jpgLe discours n'est donc pas à la soupe préparée mais à la quête de sens. Sans aucune pudeur, face à leur interlocuteur, l'un interroge l'autre et vice versa. Pour l'heure, ils s'essayent au slogan : «mess is more» mais les mots ne semblent jamais standardisés dans la bouche des deux lapins.

Il faut dire que l'agence n'a pas encore l'âge de radoter. Elle n'a pas même celui de la raison, 6 ans à peine ! Pour autant, le carnet de commandes est bien rempli. AJAP oblige.

«Le label obtenu, nous avons foncé !», assure Vladimir Doray. Finie la «récréation» du Wild Club. Pour autant, les deux associés tentent de voir en chaque projet un «stégosaurus à plumes», plus rationnellement, un «objet de plaisirs».

Alors, pour avancer et aller toujours plus loin, en guise de carotte ?

Le délice de l'absurde. Sans doute pour mieux affronter la réalité.

Jean-Philippe Hugron

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