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Japon | Le stade de Zaha Hadid dans la mire d'Arata Isozaki (19-11-2014)

Paris ringarde ? Pas plus que Tokyo ! Ou presque. Si la tour Triangle défraie la chronique, le stade olympique de Tokyo imaginé par Zaha Hadid fait les choux gras des gazettes nipponnes. Une lettre ouverte du célèbre architecte japonais Arata Isozaki, datée du 6 novembre 2014, met un peu plus d'huile sur le feu. Il dénonce une arène sportive aux allures de tortue ; «une erreur monumentale», affirme-t-il, sans toutefois accuser une architecte qu’il admire.

Sport | Bâtiments Publics | Tokyo

Contexte
Le projet de Zaha Hadid a été sélectionné en 2012. Depuis, il n’a cessé de susciter polémiques et débats. Estimé à 2,4 milliards d’euros, le dessin a été jugé trop coûteux. Les ambitions ont été revues à la baisse et le trait de l’architecte star de se conformer désormais au 1,3 million d’euros prévu.
Des manifestations ont eu lieu contre le projet et deux lauréats du Pritzker Prize - Toyo Ito et Fumihiko Maki - ont lancé une pétition en ligne en vue de «protéger le paysage caractérisé par la cime des ginko et les jardins Jingu Outer d’une construction surdimensionnée».
Tout semble aller donc vers un projet a minima, une position qui semble ne pas convenir totalement à Arata Isozaki qui assimile le nouveau projet à une «erreur monumentale».
JPhH

REPENSER LE NOUVEAU STADE NATIONAL DU JAPON DE ZAHA HADID
Arata Isozaki

TOKYO - Il y a deux ans, alors que le projet de Zaha Hadid avait été choisi dans le cadre d’un concours international, j’ai pensé qu’il s’agissait là d’un dessein qui présentait une excellente image du XXIe siècle. Les traits du stade évoquaient alors la vitesse, celle des compétitions sportives. En tant qu’habitant de Tokyo, j’ai soutenu ce projet.

Toutefois, en prenant connaissance dans le détail du dessin revu et corrigé, j’ai été choqué de voir que le dynamisme des premières esquisses n’était plus là. Ce qui reste du concours n’est qu’une forme insipide et lente ressemblant à une tortue qui attend que le Japon sombre. Ce symbole me désespère. Si ce stade est construit tel qu’il a été présenté dernièrement, Tokyo héritera d’un gigantesque éléphant blanc.

J’ai entendu dire que ce projet avait été modifié suite à des avis exprimés peu après le concours sur la constructibilité, le programme ou le budget. Il est tout à fait normal de revoir sa copie pour des questions environnementales, pour travailler un programme, initialement surchargé, à la baisse ou encore pour rentrer dans les clous du budget. De telles étapes sont nécessaires dans le cadre de n’importe quel projet public. Voilà quelque chose de tout à fait ordinaire dans le travail d’un architecte.

02(@JSCZHA).jpgCe processus semble pourtant avoir transformé le stade en un projet qui ne satisfera personne et ce, à tous points de vue, par rapport à la proposition originale. Je n’avais aucun doute quant à la volonté de choisir un projet dont nous serions fiers et qui marquera l’histoire des Jeux Olympiques. Je me suis trompé.

Le processus a été perverti.

En tant qu’architecte, j’ai été impliqué dans bien des concours internationaux en tant que membre du jury ou candidat. J’ai été choisi en vue de concevoir des équipements sportifs comme le Palau Sant Jordi pour les XXVe Olympiades de 1992 à Barcelone ou encore le Palasport Olimpico pour les Jeux d’hiver de Turin en 2006. Doté d'une certaine expérience quant à la construction de ce type de projets, je suis donc particulièrement objectif quant à la manière dont le Nouveau Stade National a été transformé.

Plusieurs options en tant que marche à suivre ont été proposées publiquement ; en voici les principaux points :

  • > Respecter le fait que le projet de Zaha Hadid a été choisi selon un concours international, donc par un moyen légitime ;
  • > Reconnaître que, selon les critiques d’experts, d’architectes et du grand public, le projet ne convient pas à l’environnement de Jingu Gaien ;
  • > Accepter que les attentes initiales ont été pompeuses et qu’il en résulte un dessin qui dépasse plus que largement le budget fixé, dû à un programme surchargé confié aux architectes au moment du concours ;
  • > Ne pas renoncer à un engagement international - le stade doit être la pièce maîtresse du complexe sportif -, promesse qui a été largement relayée par les médias puisqu’elle était l’objet de la candidature de la ville à l’organisation des jeux.

03(@JSCZHA).jpgCes points n’expriment pas mon opinion. Ils représentent des avis divers repris, ici et là, dans les médias. Je note qu’ils se contredisent les uns les autres. Si cette situation se révèle incontrôlée, tout un chacun pourra jouer un rôle important dans le débat et il en résultera un dessein disgracieux offert aux générations futures.

En tant qu’architecte parfois confronté à de telles situations, je souhaiterais apporter quelques suggestions sur la manière dont il faudrait procéder :

1. Ne pas utiliser et adapter le stade pour la cérémonie d’ouverture, laquelle est un événement ponctuel. Il serait alors préférable de : créer un stade durable sur le site choisi ; construire un terrain de sports qui réponde aux standards des stades olympiques et qui puisse être utilisé après les compétitions de 2020 ; prêter attention au paysage sans oublier le nombre important de visiteurs.

2. Accueillir la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques dans un équipement prévu à cet effet en-dehors de l’enceinte du Palais Impérial en face du pont Nijubashi. Il s’agirait là d’une opportunité d’aller au-delà d’un espace aussi réduit qu’un simple terrain de sports, un standard depuis l’ouverture des Jeux de Berlin en 1936. Une telle scène serait dans la capacité d’accueillir un spectacle qui pourrait être apprécié par un milliard de téléspectateurs et non pensé pour les quelques 100.000 personnes réunies dans l’enceinte sportive.

3. A cet endroit, il y a la place d’ériger une tribune plus importante qu’un stade. Elle aurait pour arrière-plan l’enceinte du château d’Edo et ses douves. Plus de 120.000 personnes pourraient assister au spectacle. Après coup, l’ensemble pourrait être démantelé et réparti en cinquante parties que chaque préfecture du Japon pourrait accueillir en vue de commémorer l’événement et de participer à la création de parc ou de stade.

4. Respecter le résultat du concours international. Il y a deux principales façons de considérer la situation : la première est de choisir un projet et de le réaliser tel quel (le jury évalue la forme sans connaître par ailleurs l’architecte). La seconde appelle des changements dans le programme. L’architecte est alors désigné seulement en vue d’être le créateur d’un projet selon les conditions fixées.

Les organisateurs sont tombés dans un piège qu’ils ont eux-mêmes constitué. Tout bien considéré, en regard du type de projet qu’il fallait évaluer, le concours aurait dû prévoir, dès le début, la sélection d'un architecte et non d'un projet. Les parties concernées pensent, d’une manière ou d’une autre, avoir choisi un projet en dépit de la signature évidente de Zaha Hadid. L’ignorance des conventions internationales, l’absence de compréhension du projet et d’irresponsables décisions ont par la suite perturbé le processus qui devait s'ensuivre.

C’est bel et bien l’architecte qui a été sélectionné quand j’ai remporté la réalisation d’équipements olympiques. Quand de nouvelles conditions sont survenues, j’ai fait avec et de nouvelles idées se sont ajoutées. Un architecte professionnel devrait être capable de rendre sa réponse flexible face à des situations changeantes.

J’ai découvert le talent de Zaha Hadid il y a trente ans. J’ai pu travailler quelquefois avec elle. Ses compétences sont remarquables. Il n’y a en revanche aucun doute quant à la difficulté de la situation qu’elle rencontre à Tokyo. Elle pourrait - et c’est ce qu’elle fait dans bien des cas - être capable, avec une active participation personnelle, de laisser sa signature.

Néanmoins, je n’entrevois rien de tel dans le projet révisé à la baisse. Une erreur monumentale a été commise. Mais il n’est pas trop tard. Il faut reconsidérer le projet lauréat et prendre les deux années de discussions comme un ajustement du programme. Il faut ainsi demander à Zaha Hadid de repenser le Nouveau Stade National sous le prisme de ces nouvelles conditions. Elle est une architecte qui saura de toute évidence répondre à ces enjeux.

04(@JSC)_S.jpgIl faut par ailleurs commander la conception d’un équipement éphémère pour l’organisation de la cérémonie d’ouverture. Il faudrait offrir ce projet à Kazuyo Sejima, dont la proposition pour le stade olympique a été remarquée.

En maintenant ce cap, nous pouvons présenter au reste du monde un événement qui ne serait pas contraint par la taille d’un stade en proposant en arrière-plan un paysage qui représente le coeur du Japon et pas seulement Tokyo.

Nous pourrions créer ainsi un nouveau format pour les Olympiades du XXIe siècle, ici à Tokyo.

Arata Isozaki
06-11-2014
Adapté par : Jean-Philippe Hugron

Réactions

messire | architecte | lyon | 20-11-2014 à 11:38:00

de toute façon, zaha s'autoplagie désormais a chaque projet..on dirait qu''ils ont un logiciel capable de créer du zaha a chaque fois..mêmes lignes...mêmes courbes 3D.En voyant la pers j'ai cru reconnaitre le stade du quatar ( le célèbre vagin...)
Je rêve d'architectures dont on n'aurait pas a subir une patte à la mode esbrouffe..

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