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France | La Fondation Vuitton, un sac qui ne passe pas la douane (19-11-2014)

La fin de l’esprit 68 ? L’anti-Beaubourg ? Produit de son époque ? Blockbuster techno-monumentaliste ? La Fondation Vuitton, inaugurée à Paris fin octobre, a fait l’objet de toutes les louanges de la part des grands titres nationaux. Toutefois, la presse étrangère se montre plus nuancée et critique...

Bâtiments Publics | Culture | Paris | Frank Gehry

Outre-Manche, alors que le 'French bashing' va bon train, The Telegraph était, pour cette fois, élogieux. Une tendresse inhabituelle ! Jonathan Glancey, dans l’édition du 24 octobre 2014, a vu dans la fondation Vuitton, «le projet le plus enthousiasmant de Paris depuis une génération».

En revanche, le son de cloche est plus mesuré dans The Guardian où, à mesure des lignes, la Fondation Vuitton prend vite les atours d’un sac monogrammé «qu'un riche parent vous aurait ramené d'un duty free. Toutefois, le quartier semble ne pas l'avoir apprécié». 

Rowan Moore, dans The Observer, se montre, dans un premier temps, flatteur. «Gehry est souvent affublé de l’horrible titre de 'starchitecte'. De fait, il est assimilé à ces célébrités qui signent leurs projets aussi grandioses que vaniteux en usant d’un style immédiatement reconnaissable et ce sans considérer la fonction, le contexte, le sens ou même le budget. Voilà qui est, dans le cas de Gehry, une appréciation totalement injuste», écrit-il.

Pour défendre l’architecte, Rowan Moore affirme que, même s’il est arrivé à Franck Gehry de franchir la ligne, ses meilleurs projets ont toujours été «généreux» et conçus selon une «très forte attention portée à la manière dont ils ont été construits».

02(@LCDLA)_S.jpgEloges faits, le critique peut grincer. Aussi s’interroge-t-il. «La question, avec la Fondation, est de savoir qui de l’architecte sérieux ou de la signature a gagné». Puis, il répond : «la construction est massive. Elle incarne la coalition de deux marques - LV et Frank - et elle ressemble après tout à un travail de starchitecte».

Sans ambages, Edwin Heathcote dans le Financial Times y va du même constat. La Fondation est un «blockbuster», une superproduction, une «architecture du spectacle plus proche, dans l’esprit, du Grand Palais ou de la Tour Eiffel que d’un musée», écrit-il.

L’édifice, haut de 43 mètres, est «l’un des R+1 les plus imposants au monde». Il est aussi «l’un des plus saisissants». «Malgré des acrobaties structurelles, l'intérieur du bâtiment peine à séduire ; il n’est vraisemblablement pas à la hauteur de la promesse tenue. Le hall, institutionnel, est sous-dimensionné. Les circulations sont fades et décevantes», affirme-t-il.

Le plus intéressant, aux yeux d’Edwin Heathcote, «n’est certainement pas l’intérieur» mais le «réseau de terrasses et de passages qui permet aux visiteurs de circuler à travers tout le bâtiment sans jamais y rentrer».

03(@LCDLA)_B.jpgLa critique est encore plus vigoureuse en Suisse. Christophe Catsaros, rédacteur en chef de la revue d’architecture Tracés, dénonce, dans l’édition du 16 novembre 2014, du Temps, un «objet parachuté», sans vision, sans fonction, qui «resplendit de toute la vulgarité des intentions de ses commanditaires».

«La virtuosité poussée à l’extrême frôle l’indécence et bascule sans prévenir dans le mauvais goût», écrit-il. Outre un projet «funéraire» qui signe la mort de l’art, Christophe Catsaros critique un dessein qui «manque de générosité», celle-là même qui «fait que le mécène contribue à autre chose qu’à encenser son propre nom».

De son côté, Hanno Rauterberg, pour le quotidien allemand Die Zeit, se demande pourquoi la Fondation Vuitton, après tout, reste aussi «conventionnelle». «Qu’est-ce qui peut donc bien plaire à Bernard Arnault chez cet architecte ? Les formes photogéniques, bien entendu, mais aussi l’efficace publicité qu’assurent les bâtiments de Frank Gehry», écrit-il.

«Alors, Bernard Arnault a certes investi beaucoup d’argent [...] mais, aussi étrange soit-il, un aussi grand musée a été inauguré sans présenter aucune surprise. Le collectionneur n’a pas fait usage de sa liberté, celle de rompre avec les conventions. Il n’expose rien d’inédit et reste sur ses acquis [...] Toutefois, il s’agit là, peut-être, du nouveau pouvoir de l’argent : un art qui déjà ennuie et qui n’est rien d’autre que le cache-nez d’une gente aisée», conclut-il.

Le Frankfurter Allgemeine Zeitung dénonce dans ses pages culturelles un «techno-monumentalisme» où «la déconstruction fait office de décoration».

«Les musées publics [...] doivent désormais s’aligner sur l’agenda des institutions privées. Notre époque ne laissera guère de place aux musées d’Etat, donnant ainsi l’avantage aux musées privés, dont les collections flatteuses seront les autoportraits de quelques entrepreneurs triomphants», poursuit Niklas Maak dans l’édition du 25 octobre 2014.

04(@LCDLA).jpgMême constat dans The New York Times, où Doreen Carvajal place la Fondation Vuitton dans une longue liste de projets nés d’initiatives privées : le Centro Botín de Renzo Piano à Santander ou encore le musée Eli Broad à Los Angeles conçu par Diller Scofidio & Renfro.

Aussi, Edwin Heathcote résume bien le symbole que constitue le projet de Bernard Arnault : «Il serait difficile de trouver un aussi bon exemple que le logo LV brillant à l’entrée du bâtiment pour illustrer combien le pouvoir, la richesse et la propriété se sont imposés depuis l’ouverture du Centre Georges Pompidou».

Exit Mai 68 !

Jean-Philippe Hugron

Réactions

momo | 75009 | 25-03-2016 à 16:35:00

Pas de proportion, pas de finesse, des fautes de gouts dans le choix des couleurs des matériaux ... une structure lourde qui jure en elle-même et avec l’environnement.
Bref cette n'a rien d'enchantant

hugo | 29-11-2014 à 16:40:00

Bien d'accord avec Dev, tout ça ressemble plus à de la sculpture qu'à de l'architecture. Pourtant, par sa situation et par les matériaux employés, ce bâtiment me fait penser aux grandes serres des jardins publics du XIXème siècle. Du coup, j'ai creusé un peu la réflexion : http://recherchearchitecture.unblog.fr/2014/11/27/la-fondation-louis-vuitton/

sterckeman | artisan | Le Nord. (Lille) | 24-11-2014 à 10:58:00

"Le bien ne fait pas de bruit, le bruit ne fait pas de bien" Un dicton Lillois qu'Arnault, homme du coin a du entendre dans sa famille... et ça l'ennui encore. Aussi est-il rebelle. Donc Gerhy pour jouer au Tarzan. Pas pour se recueillir, c'est pas un musée!
Merci à vous pour l'article: ça respire et c'est pas vulgaire du tout.

Dev | archi | Bourgogne-Rhne-Alpes | 21-11-2014 à 14:21:00

Architecture spectacle? Oui, dans ce cas l on parle de sculpture, mais inhabitable et afonctionnelle. A l'image du muse des Confluences de Lyon. Comment voulez-vous que l'architecture trouve une place dans notre socit aux yeux de l'imaginaire des citoyens? Nous crons de l'inaccessible alors que les besoins se font de plus en plus concrets. Alors, sculpture ou architecture?

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