Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil International

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Mexique | Foster, un choix complètement flou (10-09-2014)

Au Mexique, l’annonce fait mouche. Norman Foster et Fernando Romero ont été désignés lauréats du concours pour la conception du nouvel aéroport de Mexico. Par-delà la logorrhée officielle, quelques journaux s’affranchissent d’une rhétorique dictée et s’interrogent sur la portée d’un tel choix. Entre intrusion étrangère en terres mexicaines et site inadapté, plane l’ombre de l’homme le plus riche du pays.

Transport et ouvrages d'art | Mexico

«Non seulement [l’aéroport] est un projet à la visibilité et au coût importants, mais il incarne aussi l’anneau mis au doigt de la modernité et de la transformation qui accompagne les derniers agissements du gouvernement que le Président a désigné sous le slogan 'Le Mexique bouge'», écrit Jan Martínez Ahrens, journaliste, dans l’édition du 4 septembre d'El País.

Autoroutes, gares, lignes de chemin de fer... Le Mexique planifie de grands projets structurants dont l’aéroport se veut le symbole aux yeux du monde.

Pour ce faire, le dessin conçu par Norman Foster et Fernando Romero, estimé à 9,12 milliards de dollars (soit 7 milliards d’euros, ndlr.), joue de l’imaginaire populaire. Si l’architecte britannique avait pensé à Pékin un immense dragon pour loger le nouvel aéroport de la ville, il trace, à Mexico, avec son acolyte local, les contours d’un aigle et d’un serpent. Soit.

L’image est belle et assure la communication officielle. Le relais est planétaire. Toutefois, le choix du projet n’est pas sans faire polémique.

Lorenzo Rocha, architecte, éditeur de la revue [ESPACIO], soulignait dans le quotidien Milenio, dès le 21 août 2014, avant que le lauréat ne soit officiellement désigné, «un message confus et contradictoire».

Etaient en lice pour le projet des groupements d’agences : Legorreta & Rogers, Serrano & Hadid, Norten & SOM, González de León & Kalach, Grupo Sordo Madaleno, Foster & Romero, López Guerra & Pascall y Gómez Pimienta & Gensler.

02(@Foster&Partners)_B.jpg«Voilà un phénomène nouveau qui, dans notre contexte architectural, saute immédiatement aux yeux : presque tous les architectes mexicains sont associés à des agences étrangères. Ces alliances sont motivées par des questions stratégiques et Teodoro González de León, Alberto Kalach et Javier Sordo Madaleno auront vraisemblablement moins de chance pour ne pas s’être engagés dans l’olympisme mondial de la profession», prophétisait le journaliste.

«Mise en doute» donc, la crédibilité des pouvoirs publics et celle des architectes associés aux grands noms du star-système. «J’admire la témérité des Mexicains qui se sont présentés de façon indépendante», conclut l’homme de l’art. En vain.

03(@Foster&Partners)_S.jpgLes lauréats désignés - sans grande surprise -, Norman Foster est présenté dans les plus grands quotidiens mexicains, à 79 ans, comme un spécialiste des aéroports et, pour sa part, Fernando Romero, à 42 ans, en tant que «gendre de Carlos Slim», l’homme le plus riche du monde, Mexicain de surcroit.

Pour le journaliste José Cárdenas, dans Excélsior, il s’agit là «de l’information principale». «Le projet 'aéroport' donné au gendre de Slim», titre-t-il. Nombre de journaux n’en pensent pas moins. A tort ou à raison. A charge ou non.

Cela écrit, le projet «n’est pas viable», selon Gabriela Romero, éditrice de la revue Hábitat ; il fait notamment suite à plusieurs tentatives avortées de doter le district fédéral, le «défé», d’un équipement majeur pour assurer le rayonnement international de la ville ; l’Etat s’était alors heurté à l’impossibilité d’exproprier les occupants des sites retenus.

Aujourd’hui, les terrains situés sur l’ancien lac de Texcoco, au nord-est de la ville, sont une opportunité foncière majeure, propriété du gouvernement.

«Les autorités devront prêter attention [au site] et arrêter le projet aéroportuaire de Texcoco en vue de poursuivre le projet de remise en eau du lac qui est un 'choix pour sauver' la ville», écrit-elle. La gestion des eaux de pluie est d’autant plus difficile que la ville, en proie à des inondations, ignore sans cesse son passé lacustre.

04(@Foster&Partners)_S.jpg «Chronique d’une mort annoncée», résume-t-elle, dans un autre article paru le 4 septembre 2014 sur le site économique Mundo Ejecutivo Express. Outre l’aspect technique d’un projet sur une zone aussi difficile, Gabriela Romero rappelle, elle aussi, «le manque de transparence» lors du concours.

Ici et là, trop de zones d’ombre pour «la plus limpide région». Voilà que l’aéroport aux allures de grande croix symbolise d’avantage le X d’une affaire classée «confidentielle» que le serpent de l’étendard national.

Jean-Philippe Hugron

Réactions

Jérôme NZALLY | Architecte Chef Bureau d'Etudes SICAP-SA Sénégal | Dakar | 14-12-2015 à 14:01:00

Je me réjouis d'avoir découvert à travers l'internet le Courrier de l'architecte. Merci pour sa publication et bonne poursuite.

Jérôme NZALLY, arch dplg
SICAP-SA, Tél: 00221 77 519 64 04

Réagir à l'article





Portrait |Antonin Raymond, un architecte sans histoire ?

Les œillères de l’histoire orientent le regard vers des géographies familières et proches. Les ouvrages encyclopédiques sont parfois myopes dès qu’il s’agit d’aborder des objets...[Lire la suite]

Eglise Meguro à Tokyo

Portrait |Pierre-Alain Dupraz, architecte-topographe

«Pour mes pairs, je serais romand de tendance française», sourit Pierre-Alain Dupraz. De l'autre côté de la frontière, en France, il est, tout simplement, un architecte «suisse». De fait, il...[Lire la suite]


Portrait |Rifat Chadirji, architecte en noir et blanc

Bagdad, aussi inconnue que méconnue. Des années de conflits armés ont détourné architectes, historiens et photographes d'une capitale moderne dont Rifat Chadirji en fut l'un des plus éminents acteurs....[Lire la suite]