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Opinion | Vers une offre urbaine globale support d'une générosité d'usages (03-09-2014)

Face à «un patrimoine immobilier contemporain rigidifié», Jean-François Authier, architecte-urbaniste associé de l’agence SAA Architectes, prône «l’hybridation». «Assembler les différentes fonctions dans une volonté dogmatique de mixité n’est plus suffisant», soutient l’homme de l’art dans cette tribune.

Urbanisme et aménagement du territoire | France | Jean-François Authier

L’évolution du contexte social et économique interroge en profondeur la pratique du métier d’architecte. Construire dans le respect d’un programme architectural ne répond plus aux évolutions des pratiques de la ville de demain.

Le rôle de l’architecte doit s’éloigner de la réponse stricte à une commande et à un cahier des charges pour aller vers la fabrique des espaces publics et privés qui constituent une offre urbaine globale support d’une générosité d’usages. Cette ville «champ des possibles» est composite et conjugue les espaces résidentiels et de travail, mais aussi des commerces et les équipements.

La valeur économique vertueuse de l’architecture

L’évolution des villes contemporaine depuis les Trente Glorieuses témoigne des rapports entre la mutation des pratiques et celle du contexte physique. Nous vivons maintenant une autre phase de notre histoire : notre environnement urbain est devenu autant numérique que physique. Les fonctions fondamentales qui structurent notre vie quotidienne - habiter, travailler, apprendre, consommer, se divertir - interagissent mutuellement et brouillent les frontières entre chaque famille d’usage.

Dans cette situation nouvelle, l’appréhension de ces phénomènes insaisissables et complexes est limitée par la capacité de nos outils classiques de planification de la ville et de programmation urbaine. Assembler les différentes fonctions dans une volonté dogmatique de mixité n’est plus suffisant. Une nouvelle démarche est à inventer, fondée sur la nature même de la fonction urbaine, c’est-à-dire la mise en relation d’une famille de pratiques reliées par des unités sociales et temporelles et non plus simplement d’une famille de lieux ou d’espaces.

Cette remise en situation est un bouleversement pour les 'produits immobiliers'. La mixité d’aujourd’hui est celle du privé / public dans leur complémentarité. Mais c’est surtout un bouleversement pour les architectes car elle induit la transformation des savoir-faire des 'praticiens des espaces'.

Plutôt que d’inventer des solutions spatiales dans chacun des champs programmatiques, l’enjeu est de concevoir chaque maillon de la chaine des espaces urbains en ouvrant le champ des possibles et en les pérennisant dans le contexte public-privé.

L’innovation en architecture et en urbanisme se déplace ainsi depuis les champs culturels vers les domaines du social et de l’économie. Construire aujourd’hui est avant tout anticiper et inventer un nouveau savoir-faire spatial pour fabriquer les lieux réfléchis selon ces deux champs. L’espace - et son appropriation - ne se décrète pas, mais sa pensée peut jouer un rôle vertueux favorisant ainsi l’appartenance sociale et l’accompagnement de la création d’emploi.

Vers 'l’état d’hybridité'

Dans cette nouvelle définition des lieux, travailler n’est plus directement relié à un environnement, ce qui vient troubler les repères simples comme celui du foyer familial par exemple. Le monde numérique permet au travail d’envahir les sphères privées autant qu’aux activités d’ordre privé de se dérouler sur les lieux de travail. A l’échelle de chacun, les multiples tâches quotidiennes séquencent le temps dans un cadre spatial devenu trop rigide.

Une des illustrations typiques de ces évolutions concerne les bâtiments à usage tertiaire. Aujourd’hui, la taille et la nature de ces constructions sont déterminées par les logiques immobilières qui n’ont de sens que dans une économie en nette croissance. Dans un contexte de croissance faible et de recentrage des potentiels de création d’emploi vers les échelles de structures les plus petites, le principe de bâtiments offrant de grandes unités dédiées uniquement au travail est en questionnement.

Une première conséquence de cette révolution concerne la réversibilité qui permet à un local destiné au travail de muter vers une autre fonction et à un logement d’être aménagé pour travailler. Mais le bouleversement le plus grand concerne les relations entre les fonctions dans les échelles les plus petites (travailler chez soi, vivre au bureau, travailler aux côtés de résidents, habiter au coeur d’activités économiques). Ce sont ces dernières juxtapositions d'usages qui répondent aux rythmes de notre vie urbaine, en réseau social et temporel.

Cette hybridité est à inventer par les espaces et leurs partitions mais aussi par leurs modes constructifs, que privent aujourd’hui la majorité des possibles dans un patrimoine immobilier contemporain rigidifié par des alvéoles en béton par exemple. Elle est aussi à imaginer en proposant des associations d’espaces différents et complémentaires.

Dans cet éclatement des logiques de produits, les qualités spatiales seront également rééquilibrées au-dessus du «dénominateur commun le plus petit» : les hauteurs sous plafond peuvent par exemple de nouveau augmenter en cohérence avec les 'lissages' des bilans intégrant toutes les valorisations des fonctions et des usages possibles à court et long terme.

C’est à la croisée des domaines de l’évolution des ingénieries financières et de l’innovation spatiale que se situe la valeur ajoutée de l’architecte aujourd’hui. Forts de cette conviction, les architectes doivent être déterminés à orienter l’oeuvre de ceux qui bâtissent la ville vers une générosité réelle pour la communauté.

Jean-François Authier
Architecte-urbaniste, Associé de SAA Architectes

A propos de...

Jean François Authier, architecte, est diplômé en 1991. Après 10 ans d’association avec Philippe Robert et Bernard Reichen, il fonde, avec Dorothée Sipp, SAA architecte en 2011. Il intervient sur différentes problématiques urbaines en France et travaille aujourd’hui à la construction de projets de logements et de bureaux dans le territoire francilien. 

Il participe aux travaux sur l’évolution des espaces urbains du Do tank 'Living City Lab' dont il est l'un des membres et siège également au CROAIF au sein duquel il dirige un atelier dédié aux marchés privés.

Réactions

curieux | 20-01-2015 à 02:04:00

Que peut on comprendre de ce dernier commentaire ?
Deux ou trois fautes d’orthographe, de conjugaison, de syntaxe, ce n'est pas bien grave, même à un poste avec de telles responsabilités on n'a pas à être parfait sur l'écriture.
Une forte confiance en lui : signe d'une activité professionnelle sans reproches ? pas si sûr, à en voir certains forums ( http://www.forumconstruire.com/construire/topic-53899.php par exemple).
MMmm voyons voir, oublions la forme et le ton, regardons le fond : le dénigrement d'une "armée mexicaine" ? Parle t'il de l’artisanat, des architectes ? Ce monsieur a t'il alors décidé pour tous à quoi doit ressembler la société ? 1000 PDG à la tête de la construction française ! Pas d'autres alternatives, c'est la solution ! L'étalement urbain ne compte pas, Le droit à entrepreneuriat individuel non plus. Toutes les obligations citoyennes respectées, des quelles parlez vous ? En avez vous oublié ? Ces choses circulent t'elles en circuit fermé dans votre tête depuis si longtemps ? (vous êtes vous auto-promulgué grand devin ? sachant pour tous ce qui leur correspond ? Avez vous oublié tout le parcours que nos sociétés on fait pour en arriver jusqu'à aujourd'hui ? allez vous bâtir l'avenir avec un retour en arrière ?) Un lotissement, un client, boum, on construit. Est ce la votre profession ? la maison individuelle n'est pas la totalité de la construction française mon cher monsieur, elle tient sa place dans des parcours de vies, elle la tient aussi dans la diversité des paysages (même dans la répétition à l’infini de ces typologies de lotissements qui sont en eux même une forme de paysage) oui, mais elle n'est pas tout. Qu'en est il des problèmes de circulation ? de ces embouteillages aux heures de pointes ? de la pollution, de la montée des coûts de transport ? Qu'en est il du chômage qui touche et va toucher de plus en plus nos population par la montée continue de la mécanisation, par les phénomènes de délocalisation vers des mains d’œuvres bon marché sans protections sanitaires et sociales ? Avez vous déja rencontré un de vos acheteur endetté car malencontreusement au chômage dans son pavillon ? Peut être que non, et peut être est ce pour cela que vous parlez "d'obligations" citoyennes... Il ne s'agit pas que de répondre à des "obligations réglementaires" citoyennes mon cher M. DIDIER DEMERCASTEL. Il s'agit "d'être" citoyen et de ne pas penser que de sa tour d'ivoire. Essayez de penser plus loin, essayez de penser à la place des autres, dans leur diversité. Mieux, essayez de donner la parole à des gens différents, appartenant à la même société que vous (penser à la place des autres n'est en fait pas vraiment possible). Et si vous réussissez à surmonter cette incroyable confiance en vous qui émane de ce commentaire, vous serez peut être surpris de voir que, même après 50 ans à la tête des MAISONS GIRAUD il y a toujours possibilité, pour vous, d'évoluer.

Eymeric | 14-10-2014 à 22:48:00

Très bon article. Le sujet concerne non seulement les pratiques urbaines et architecturales, comme Jean François les identifie, mais également :
- l'adaptation des normes et modes constructifs, pas toujours favorables à la réversibilité des espaces,
- le développement d'un argumentaire pour vendre des volumes réversibles à des investisseurs assez "risk adverse".

Par ailleurs, produit-on des espaces individuellement plus chers en faisant du réversible ? Si oui (et je pense que cela peut être le cas par rapport à des objets monofonctionnels), qui paye le surcoût (volontairement ou par le biais de règlementations / taxations) : occupant, peut-être (une part des économies de déplacements domicile travail pouvant y être consacrée) investisseur ? peut-être s'il récupére sa mise sur des loyers, promoteur ? pas vraiment, collectivité ? plus trop dans l'air du temps... Thème de travail pour toi, Jean - François.

ludo | 04-09-2014 à 17:45:00

Bravo Authier,
il faut constamment repositionner le rôle de l'architecte dans son rôle sociale et le sens qu'il donne à ses commandes ; nous exercons nos talents pour le compte des usagers et la restitution d'une "vision" culturel sur l'espace public;

Gerald | ingénieur | Amsterdam | 04-09-2014 à 14:51:00

Les deux projets qui s’appelle Solids à Amsterdam sont une repose très intéressante au même thème.

Chamois | PDG | Rhone Alpes | 04-09-2014 à 10:33:00

La responsabilité globale je la pratique depuis 50ans . 8000 maisons construites avec 150 collaborateurs salariés . Du manoeuvre à l'ingénieur en passant par la topo la fabrication la logistique la conception la recherche le développement et l'architecture. Tout est intégré pour assumer notre responsabilité . Depuis 50 ans je tente de créer un partenariat avec votre profession . L'histoire de la maison nous a rendu incompatibles de votre fait car les "constructeurs"ont outrepasser légalement les droits de votre profession réglementées comme d'autres aujourd'hui nous font une concurrence déloyale autorisé . Elle va nous rapprocher la société est au bout du bout de la sectorisation et pour parvenir à la responsabilité globale réelle il faudra que vous pensiez comme notre entreprise : créer et concevoir mais aussi réaliser en assurant l'équilibre social et économique de tous les acteurs du projet . Imposer un prix final sur un programme pour le logement sans considération du prix de revient réel a conduit a la situation actuelle de l'industrie du bâtiment avec ses 460.000 entreprises de 1 salarié . Une armée mexicaine dans un pays qui se dit cultivé et moderne.
Je propose une même législation sociale et réglementaire pour tous les acteurs du bâtiment et la mise en place de responsable par bassin de population pour remplacer les bâtisseurs de nombrils dans les dents creuses de villes sur-densifiées. Avec 1000 entreprise comme la mienne nous réaliserions la production nationale avec la certitude que toutes les obligations citoyennes seront respectées.
Quand accepterez vous enfin de collaborer ensemble à cette nécessaire réforme de notre métier de créateurs de patrimoine? Didier Demercastel

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