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Edito | Le cauchemar de la participation (25-06-2014)

«L'urbanisme est négocié», affirme Nicolas Michelin. «Il est un dialogue», indique Dominique Petermüller. Est-il pour autant un art du consensus ? L'architecture n'est, à cet égard, guère mieux lotie et l'interrogation reste de mise. Markus Miessen, «architecte et écrivain», comme il se définit, évoque aussi bien la violence que le cauchemar de la participation. Goût de la provocation ?

France

L'édition, cette année, de la traduction en espagnol de The Nightmare of participation (La pesadilla de la partipación) réactualise la portée du livre de Markus Miessen, initialement publié en 2010.

La piqûre de rappel, ibérique, souligne l'absence de traduction française de l'ouvrage. Le cauchemar existe pourtant en allemand, en italien, en chinois, en polonais et en turc. Prude hexagone ? Bien pensant !

D'aucuns peuvent lire que «la démocratie inclusive doit être, parfois, évitée à tout prix», qu'il s'agit de «défaire l'innocence de la participation», laquelle est perçue davantage à travers «la notion romantique de négociation», pour «aller au-delà de l'idée que tout un chacun a, généralement, de bonnes intentions». Autant d'affirmations pour créer la polémique.

L'ambition de Markus Miessen est de «proposer un concept de participation comme une manière d'entrer en politique en lieu d'un 'modèle de pseudo-participation politiquement motivé'».

«Ma proposition n'est pas constitutive d'une défiance envers les principes démocratiques mais répond à un intérêt pour un changement critique et productif», écrit-il.

La démonstration pour se prévaloir, cite Yona Friedman et son «principe d'imprévisibilité» ou encore Cédric Price et «l'incertitude calculée». L'architecte britannique Jeremy Tills est repris, in extenso : «le mot de participation a été sur-utilisé comme cet autre slogan politique : la durabilité».

Le texte tente, sans cesse, de démontrer que participation et philanthropie sociale sont distinctes et que le dialogue se résumerait à un choc de prétendues vérités. «Dénoncer l'innocence de la participation» est le mot d'ordre.

En interviewant Sabine Bitter, artiste ayant participé à l'Urban Think Tank, Markus Miessen donne la part belle à «Caso Caracas», littéralement, le cas Caracas, et le travail sur les villes informelles.

Cet écho n'est pas sans évoquer le travail mené, aujourd'hui, par nombre d'étudiants en école d'architecture sur ces formes spontanées d'urbanisme. Le bidonville autant que les architectures sans architectes fascinent sans que cela n'interroge, outre mesure, notre société hyper-régulée. Sans doute faut-il lire dans cette nouvelle passion le rêve d'une participation constructive où les uns aidés des autres, en communauté, érigent leurs abris précaires.

Il en va de même pour ce goût, désormais immodéré, à l'égard du néo-vernaculaire. En deçà d'une architecture créative, érigée en des territoires où la norme n'existe pas, réside vraisemblablement le fantasme collectif de faire participer l'ensemble d'une population à un projet commun.

Vision en négatif, la participation, dans les sociétés occidentales, se résume, a priori, à une course d'obstacles. En parallèle, la société célèbre des cas d'études exemplaires, participatifs, d'auto-construction.

En somme, du cauchemar au ré-enchantement, la participation doit être reconsidérée plus qu'agitée, tel un innocent fantoche.

La rédaction

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