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Brève | Reconstruction des cinémas Alésia, Paris 14e : des volumes mis en scène (24-06-2014)

«Le souhait a été de rendre le projet plus fluide et plus accessible par tous les publics», écrit Manuelle Gautrand au sujet de la reconstruction des 8 salles de cinémas Alésia, situées Paris 14e, dont la livraison est prévue en 2016. «Le public aura l’impression de 'rentrer dans l’image', lorsqu’il rentre dans le bâtiment...», assure l'architecte. Notice architecturale.

Notice Architecturale | 75014 | Manuelle Gautrand

Le groupe Gaumont Pathé a décidé en 2011 de restructurer le bâtiment existant pour améliorer la qualité de ses salles ainsi que l’accueil des publics. L’objectif général du groupe est de renouveler progressivement l’image de ses cinémas, souvent très urbains, installés sur des sites magnifiques, mais souffrant d’une image devenue parfois désuète.

L’objectif est d’en faire de très beaux lieux culturels, des lieux animés de jour comme de nuit et suffisamment flexibles pour pouvoir accueillir une programmation variée, mêlant cinéma avec d’autres évènements culturels : l’image du Cinéma en Ville doit être totalement renouvelée.

L’objectif du Groupe Gaumont-Pathé est ainsi d’écrire une nouvelle page de leur architecture de cinémas, une page contemporaine et innovante, où l’accent sera mis sur une très grande qualité de confort, d’acoustique et de vision pour les salles de cinémas elles-mêmes, mais aussi sur une originalité et une grande générosité des espaces d’accueil et de déambulation des publics, avant et après le film.

02(@KDSL)_B.jpgHistorique

Les cinémas d’Alésia se situent à proximité directe d’une grande place : leur façade principale, orientée plein ouest, donne sur le boulevard du Général Leclerc. Le bâtiment comporte actuellement 7 salles et possède une parcelle relativement profonde avec une seconde façade sur la rue d’Alésia.

La façade principale sur le boulevard du Général Leclerc est longue (environ 25 mètres), encadrée par deux bâtiments mitoyens très différents l’un de l’autre : logements sur 7 niveaux à droite, bâtiment mixte sur 2 niveaux à gauche.

C’est le 4 février 1921 qu’ouvre à cet emplacement un temple du cinéma, le 'Montrouge-Palace', entièrement construit en béton armé - une audace à l’époque - avec sa magnifique salle unique de 2.800 places. En 1930, le circuit Gaumont reprend l’exploitation.

Une transformation complète se produit en 1951, avec un cinéma flambant neuf inauguré le 10 octobre 1951 : la nouvelle salle de 2.000 fauteuils est dotée d’un grand balcon et conserve ses belles arcades en béton armé, mais voit disparaître les loges qui entouraient la scène. Elle est également équipée d’un grand écran, pour s’adapter à la vogue naissante des films tournés en format large, qui conduiront à l’avènement du fameux 'Cinémascope' dès 1953.

Dans les années 60, la salle perd son appellation de 'Palace' et devient plus simplement le 'Montrouge-Gaumont'. En 1973, comme tant d’autres, la grande salle se morcelle en quatre et le cinéma devient le 'Gaumont-Sud'. En décembre 1986, une nouvelle étape se produit avec le passage à sept salles et surtout avec une nouvelle façade toute de bleu vêtue, au look planétaire avec un 'clap' géant.

La dernière rénovation remonte au 26 mai 2004, avec l’inauguration d’un nouveau 'Gaumont-Alésia' : transformation complète de tous les espaces (salles, halls, couloirs de circulation...) à la nouvelle identité des cinémas Gaumont signée par Christian Lacroix. A cette occasion, le cinéma arbore une nouvelle façade, plus sobre que la précédente. Les salles améliorent leur confort par la réduction du nombre de fauteuils.

Le bâtiment possède bien évidemment ses entrées principales sur le boulevard du Général Leclerc, ainsi qu’une sortie secondaire sur la rue d’Alésia, sans réelle liaison piétonne entre les deux : le rez-de-chaussée possède une salle qui bloque ce possible lien et s’en trouve relativement réduit. Les parcours vers les 7 salles sont relativement rapides mais ils sont sans une ligne directrice claire et unique.

03(@KDSL)_B.jpgParti architectural

Le projet se décline avec un double objectif :

  • > Tout d’abord, mettre en scène les salles et rendre leur volumétrie visible, tant depuis l’intérieur du bâtiment que depuis l’extérieur ;
  • > Ensuite, mettre en scène les films, cette fois-ci sur la façade directement : ce ne sont pas les volumes des salles qui sont exprimés, mais les films eux-mêmes qui s’invitent... Les façades se recouvrent d’une sorte de grand rideau de leds, qui va devenir le support de multiples animations : extraits de films, images détourées, couleurs et abstractions pourront être imaginées pour rendre ces façades vivantes.

Le cinéma cherche ainsi à retrouver sa place dans la ville : intérieurement, l’architecture cherche à mettre en scène ces volumes uniques et spectaculaires, tandis qu’extérieurement, elle s’enveloppe d’extraits de films et d’animations qui racontent là aussi le cinéma...

Les salles sont donc assemblées dans le projet de manière à ce que quasiment chacune de leur volumétrie soit visible et identifiable. Le contenu du projet est une sorte de sculpture verticale, où les salles s’emboitent les unes à côté des autres à la manière d’un puzzle.

Tous les gradinages des intérieurs de salle sont visibles en sous-face pour constituer de magnifiques plafonds en escalier. Ces plafonds se prolongent ensuite dans l’espace attenant, pour créer des foyers en partie gradinés : les publics sont accueillis dans de petits amphithéâtres dont les pentes descendent vers les entrées de salles. Ils permettent de constituer des lieux de projection 'off', des lieux supplémentaires où le cinéma, là encore, est présent et démultiplié.

C’est un peu comme si les parterres des salles sortaient du périmètre des salles pour continuer à accueillir les publics dans un univers nimbé de films et de projections...

05(@KDSL)_B.jpgDans le contexte urbain du projet, la façade principale sur l’avenue Général Leclerc va jouer un rôle fondamental : elle est disposée quasiment à la sortie du métro Alésia, faisant face au trottoir plutôt large et généreux. La hauteur autorisée sur cette portion de l’avenue est de 21 mètres, tandis que la longueur est d’environ 25 mètres : ce sont ainsi plus de 500m² de façade qui se dressent sur cette portion très visible de l’avenue.

La façade est décomposée en une douzaine de grandes trames verticales : chaque trame est le support de plusieurs facettes, tour à tour orientées vers le haut ou bien vers le bas. Dans la partie centrale, ces grands plissés sont vitrés, puis recouverts de barrettes de leds régulièrement disposées, pour former une grande résille animée.

Sur les bords de la façade, les grands plissés sont opaques et constitués d’un bardage métallique, tantôt recouvert par la même ossature habillée de leds, soit simplement plié pour reproduire le rythme des leds. Si la densité de leds est importante au centre, elle s’allège au fur et à mesure vers les bords de la façade : l‘objectif est de rendre l’image (ou les images) plus légères et plus floutées au fur et à mesure que l’on s’éloigne du centre.

Le projet ne cherche pas à intégrer un écran rectangulaire, mais à diffuser une animation de manière poétique, voire presque artistique. Ainsi, les barrettes de leds s’allègent et se terminent par l’insertion de quelques leds qui donnent l’impression d’un pointillé léger qui s’estompe dans le pli du bardage métallique.

Ces plissés intègrent discrètement les contraintes du PLU : on ne sent pas la rupture entre partie basse et partie haute de la façade, fractionnée par les retraits successifs. Le projet se développe au contraire sous la forme de 12 rubans verticaux, chacun suivant ses propres plis. Ces derniers peuvent être soit indépendants, pour offrir une image unique et différente du pli d’à côté ou bien former un tout avec une seule image animant l’ensemble des leds. Les possibilités d’animation sont ainsi démultipliées.

06(@KDSL)_B.jpgEn partie basse et sur son dernier tronçon, chaque ruban se replie vers le haut pour former des surfaces presque horizontales : il s’agit de créer une grande marquise, en débord d’environ 3 mètres sur le trottoir. Ces panneaux formant marquise sont également recouverts de leds, pour offrir au public, cette fois-ci de plus près, des animations différentes, qu’ils pourraient presque toucher...

De jour, le projet est avant tout constitué par ces douze plis qui descendent depuis la toiture pour se terminer en marquise accueillante et protectrice. La lisibilité des leds sera délicate et, plus on se rapprochera du centre, plus les animations des leds seront visibles et lumineuses. La présence du bardage métallique sera claire et un peu chatoyante sous la lumière assez forte de cette orientation plein sud-ouest.

De nuit, les animations de leds seront beaucoup plus lumineuses. Mais l’intérieur du projet le sera également, de par l’éclairage des amphithéâtres et des circulations vers les salles : ainsi, l’animation des leds donnera l’impression d’être créée sur un filtre un peu translucide et cette double vision, à la fois des écrans de leds et de l’intérieur de foyers, donnera au projet une présence unique sur la place d’Alésia.

De manière générale, la perception de la façade se fera principalement depuis l’extérieur, mais elle sera également très importante depuis l’intérieur du projet : les différents accès aux salles, les foyers, passerelles, les gradins généreux, sont autant de parcours qui mettent en valeur la façade et permettent à tous les publics de la découvrir, depuis l’arrière. Et il s’agira d’une façade tout aussi belle de l’intérieur : constituée par de grandes baies vitrées protégées par la résille de leds, elle permettra de découvrir le boulevard depuis le haut, l’église en face, mais aussi le travail sophistiqué des barrettes de leds fixées régulièrement dans le tissu métallique.

Au crépuscule, la luminosité des leds sera légèrement visible depuis l’intérieur, rendant les foyers et espaces de circulation légèrement nimbés des couleurs diffusées par les animations. La mise en oeuvre dense de barrettes de leds jouera également un rôle de brise-soleil sur cette façade largement ensoleillée. Les apports solaires, mais aussi thermiques (puisque le brise-soleil se situe coté extérieur) seront donc diminués.

La façade sur la rue d’Alésia est aussi importante dans le projet, puisqu’elle sera aussi une façade d’accès des cinémas, contrairement au fonctionnement actuel. Le souhait est de rendre ces cinémas plus visibles et plus accueillants dans le quartier et cette ouverture sur la rue d’Alésia est donc essentielle.

La façade décline le principe imaginé sur le boulevard Général Leclerc, mais de manière beaucoup plus discrète : sa taille plus réduite permet la mise en oeuvre d’une petite surface 'animée', constituée par quelques plis dans les rubans.

04(@KDSL)_B.jpgFiche technique

Programme : reconstruction du cinéma Alésia avec 8 salles de cinémas, Parie 14e
Maître d'ouvrage : Gaumont-Pathé
Architecte : Manuelle Gautrand Architecture
Equipe de maîtrise d'oeuvre : Tess : ingénierie façades / ON : concepteur lumière / Khephren Ingénierie : Ingénierie Structure / Inex : ingénierie fluides et ascenseurs / Peutz : ingénierie acoustique / Vanguard : économiste / Getrap : Maitrise d’oeuvre d’Exécution
Surface SDP : 5.000m²
Montant prévisionnel des travaux : 12M€ HT
Calendrier : Etudes : 2012-2014 / Chantier : 2014-2016

07(@KDSL).jpg

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