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Rencontre | Clément Vergély & Christophe Joud ou la radicalité domestique (28-05-2014)

L’étrangeté des figures familières ? Deux agences pour Clément Vergély. L’une à Lyon, l’autre, à Lausanne, fondée avec Christophe Joud. Une communauté de goûts caractérise le duo d’architectes, rapprochés notamment par leur sensibilité pour la rigueur et la précision, deux enseignements de l’EPFL que l’un et l’autre ont connu à un moment de leur carrière.

Europe | Joud & Vergély architectes

Exposés à la Galerie d’Architecture depuis le 23 mai et jusqu'au 24 juin 2014, les deux associés font montre d’une grande sagesse. La scénographie est sobre et élégante, quasi muséale. En guise d’introduction, le propos de Bruno Marchand, professeur à l’EPFL en théorie de l’architecture.

«Bruno Marchand apporte une analyse critique de l’architecture contemporaine et étudie notamment le rapport entre art et architecture», indique Christophe Joud.

Au propos liminaire sont associées deux photographies de projets de Paulo Mendes da Rocha. «L’analyse qu’en fait Bruno Marchand est simple mais juste. Il souligne le caractère radical et rationnel du projet tout en évoquant son aspect domestique. Il désigne ce rapport sous le nom de 'radicalité familière'», poursuit Clément Vergély.

02(@BVergely).jpgL’Amicale Laïque de Saint-Etienne, l’un des derniers bâtiments livrés par l’agence lyonnaise, illustre parfaitement le propos. Au changement d’usage - l’édifice abrite différentes associations -, l’homme de l’art a répondu par la radicalité.

En guise de langage intérieur, du béton brut, neutre et solide. Pour assurer la «domesticité», de larges baies vitrées projettent tout un chacun sur le paysage urbain, côté rue comme côté cour. Autant de vues «quotidiennes».

«Nous aimons à positionner les projets de manière interdite», sourit Clément Vergély. Alors que le PLU exigeait une continuité urbaine, l’architecte a proposé «trois lanières pour mieux chercher le coeur de l’ilot».

Sans aucune brutalité, l’Amicale Laïque, de par son implantation sur le site, ouvre de nouvelles perspectives depuis la rue vers les façades arrières d’une importante cour stéphanoise.

Le parti architectural, résolument sobre, recherche quant à lui l’atemporalité. «Il est dommage, en regardant une architecture, de reconnaître un produit sur catalogue», affirme Clément Vergély. «S’interroger sur le temps» est gage de vertu.

Pour parfaire l’interrogation chronologique, l’intervention artistique de Philippe Cassal, peintre, poursuit l’intention de l’architecte en réalisant ce qui paraîtra être une vieille fresque digne d’anciennes publicités délavées. Bref, un art mesuré du trompe-l’oeil.

03(@JoudVergely)_S.jpgEn suisse, l’agence helvète, créée en 2012, multiplie les concours. Le premier remporté invite, dans un contexte villageois, à créer un nouvel équipement à même d’abriter salle polyvalente, chaufferie et local de service. En marge, des logements pour personnes âgées doivent être réalisés.

L’édifice projeté reprend les lignes d’un hangar agricole. «Nous ne voulions pas imposer un ovni ; nous souhaitions nous inscrire dans une écriture locale», précise Christophe Joud.

Des tuiles plates habillent l’ensemble pour «donner un aspect familier» tout en assurant «une abstraction de la matière».

«Nous avons travaillé la tonalité du bâtiment afin que celui-ci ne jure pas. Il s’agit, en le regardant, de ne pas se sentir agressé ; un point important en campagne, peut-être encore plus qu’en ville», poursuit-il.

Aussi, l’architecte, également chargé d'enseignement à l’EPFL, rapproche volontiers le trait à une architecture 'analogue'. «Ce sont des constructions qui reprennent des fragments d’architecture vernaculaire rassemblés dans une nouvelle donne. Il y a, en deçà, l’étrangeté des figures familières», souligne-t-il.

04(@JoudVergely)_S.jpgLe rapprochement théorique n’est pas à l’aune d’une quelconque velléité d’élaborer un beau discours pas plus que de donner naissance à une nouvelle doctrine. L’exercice n’est plus à la séduction. Il est davantage à relier à une «manière de nourrir le projet, de le révéler», assure Christophe Joud.

Un mot, une expression est aussi source d’inspiration. «J’y pense souvent lors de la conception d’un projet», reconnaît Clément Vergély.

Parmi ces associations d’idées, plus qu’aucune autre, celle d’un substantif et d’un adjectif.

Un oxymore ?

La «radicalité douce».

Toujours à propos.

Jean-Philippe Hugron

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