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Pérou | De mots et d'architecture, Mario Vargas Llosa (23-04-2014)

'Instructions pour l'architecte'. Le texte écrit par Mario Vargas Llosa est extrait des ‘Cahiers de don Rigoberto’. L’art de bâtir n’est donc pas étranger au Prix Nobel de littérature 2010. Aussi, l’auteur péruvien fait l’objet d'une publication éditée par la Faculté d'Architecture de Lima. Son auteur, Víctor Mejía Ticona, revient sur l’ambition de l’ouvrage dans un entretien mené par José Miguel Silva dans l'édition du 10 juin 2013 de La Prensa.

Média | Lima

Contexte
«Notre malentendu est de caractère conceptuel. Vous avez fait ce joli plan de ma maison et de ma bibliothèque, en partant de l'idée - malheureusement fort répandue - que l'important dans un foyer ce sont les personnes et non les objets. Je ne vous en veux pas de partager ce critère, indispensable chez un homme de votre profession qui ne se résigne pas à faire abstraction de sa clientèle. Mais ma conception de mon futur foyer est à l'opposé, voyez-vous : dans ce petit espace construit que j’appellerai mon univers, gouverné par mes caprices, la première des priorités ira à mes livres, tableaux et gravures ; nous, les personnes, nous serons des citoyens de seconde catégorie. Ce sont quatre mille volumes et une centaine de toiles et d'estampes qui doivent constituer le motif primordial du plan que je vous ai commandé. Vous subordonnerez le confort, la sécurité et l'aisance des humains à ces objets-là»*, écrit Mario Vargas Llosa.
Les 'Instructions pour l'architecte', extraites des Cahiers de don Rigoberto témoignent de l'importance que recouvre l'art de bâtir pour l'écrivain.
Sensible au monde construit et à l'urbanité, nombre de ses textes révèlent une approche originale. Il en va ainsi dans ses romans et dans ses chroniques.
Ces dernières, publiées régulièrement dans le quotidien péruvien La Republica, sous l'intitulé 'La Piedra de Toque' - pierre philosophale - reprennent des thèmes d'actualité autant que les obsessions de l'auteur. L'architecture y fait son apparition comme en témoigne 'La casa de Molière', publiée dans l'édition du 12 février 2012, où Mario Vargas Llosa évoque le théâtre éphémère de la Comédie Française construit dans la cour du Palais du Royal.
JPhH

QUELLE EST LA PORTEE DE LA VISION ARCHITECTURALE DE MARIO VARGAS LLOSA ?
José Miguel Silva | La Prensa

LIMA - Dans la quasi-totalité de l’oeuvre de Mario Vargas Llosa, d'aucuns peuvent observer une série d’écrits sur les structures, les espaces, les villes et les territoires, peu connue de ses milliers de lecteurs.

La Faculté d’Architecture et d’Urbanisme de la Pontificia Universidad Católica del Perú a publié récemment Mario Vargas Llosa : Ciudad, arquitectura y paisaje (Mario Vargas Llosa : ville, architecture et paysage, ndt.), un livre qui réunit la vision architecturale et urbaine du Prix Nobel de Littérature 2010.

José Miguel Silva : Comment est née cette publication ?

Víctor Mejía Ticona : L’idée originale est de l’architecte Willi Ludeña qui est depuis peu directeur du bureau des publications de la Faculté. Il voulait publier un livre avec des textes de Mario Vargas Llosa réfléchissant sur les thèmes de la ville, de l’architecture et du paysage urbain. Il m’en a parlé et m’a proposé d’éditer ce livre.

Quelles ont été les étapes pour éditer ce livre ?

Il y eut d’abord trois ou quatre chroniques de 'La Piedra de Toque'. Il y avait aussi un texte issu d’un colloque organisé par la faculté d’architecture en 2011. Cette dernière avait organisé un événement à partir de l’oeuvre littéraire de Mario Vargas Llosa. Il y fut invité aux côtés de dix architectes, intellectuels et doyens. La tâche de chacun était de proposer à l’écrivain un questionnement sur la manière dont l’aspect urbain et architectural se développe dans son oeuvre. En plus de cela, des articles du Nobel ont été inclus et un entretien conduit par son ami Miguel Cruchaga dans les années 70.

Après avoir conclu le colloque, Mario Vargas Llosa a-t-il eu connaissance de ce projet de publication ? Y-a-t-il participé d’une manière ou d’une autre ?

Bien sûr. En mars 2012, nous avons commencé le travail d’édition et nous devions surtout avoir son autorisation pour travailler sur son oeuvre. Nous l’avons contacté par courrier électronique et nous lui avons précisé notre projet. Mario Vargas Llosa a donné son accord et s'est toujours montré très réceptif ; il a donc collaboré à cette édition.

02(@DanieleDevoti)_B.jpgExistent-ils des antécédents bibliographiques qui mentionnent les aspects architecturaux dans l’oeuvre de Mario Vargas Llosa ?

De la manière dont notre livre en parle, non. Cet ouvrage a une structure qui cherche à séparer deux types de textes distincts. Neuf d’entre eux sont des oeuvres de l’auteur et les deux autres sont des transcriptions de conversations. Pour ces derniers, il s’agit de textes longs. A partir de cette première répartition, nous avons également ajouté des articles de 'La Piedra de Toque'. Nous avons alors imaginé une subdivision en trois parties. La première présente des textes où chacun peut apprécier la sensibilité de l’auteur pour la ville dans un contexte cosmopolite. La deuxième porte sur des espaces publics dans un contexte local : la ville de Piura, par exemple. Dans la troisième partie, il s'agit d'aller plus en avant sur la relation de Mario Vargas Llosa à l’architecture, sur un plan personnel.

Mario Vargas Llosa est une personne qui a vécu à Piura, à Arequipa, en Bolivie, à Paris et dans bien d’autres lieux. Le livre est, peut-être, le portrait d’un citoyen du monde...

Oui. Une partie de l’entretien avec Miguel Cruchaga mentionne ce point. L’expérience urbaine de l’auteur a nourri son expérience de la vie et influencé sa production littéraire.

Dans une autre partie de l’entretien avec Miguel Cruchaga, Mario Vargas Llosa dit qu’il se sent éminemment urbain. «Je me suis toujours senti étranger à la campagne», dit-il...

Son expérience, sa vie, ont été jusqu'à présent celle d’un citadin. Jeune, quand il débuta sa carrière littéraire et à l'âge adulte aussi. Cette expérience de citadin est omniprésente dans sa production et ce, bien qu’il soit né à Arequipa et qu’il ait vécu à Piura.

03(@LinaMon)_B.jpgQuels sont les textes de cette publication qui vous paraissent démontrer le plus la capacité de Mario Vargas Llosa à commenter les caractéristiques architecturales d’un lieu ?

Une des vertus des textes de Mario Vargas Llosa est le regard, ce regard qui n’est pas académique, porté sur l’architecture. Mario Vargas Llosa fait des observations très lucides qui laissent paraître sa sensibilité face au contexte, à la ville. Choisir un texte est bien compliqué... J’aime 'La casa de Arequipa'**, un texte où, même s’il ne fait pas une critique architecturale du lieu, il parle de sa maison comme d’un lieu chargé de souvenirs hérités. L’écrivain fait un compte-rendu sur ce que signifiait cette maison pour lui et pour sa famille. C’est un article très particulier.

Il est curieux qu’une personne ayant parcouru le monde, comme l’a fait Mario Vargas Llosa, ait encore la capacité de s’étonner face à des structures, des constructions, des lieux...

C'est certain. Mario Vargas Llosa n’a pas perdu la capacité d’être surpris, de regarder, d’analyser et de générer un discours qui n’est pas seulement descriptif mais qui est aussi critique. Nous nous sommes consacrés à des thématiques architecturales ; toutefois, Mario Vargas Llosa a une posture critique très importante et c'est elle qui lui a attiré cette reconnaissance en tant qu’écrivain et grand homme à l’échelle du monde.

04(@MunicipalidadMiraflores)_B.jpgQuelles importances ont les illustrations ? Elles sont voyantes. Quelles sont leur objectif ?

D'un côté, nous avons tenté de respecter l’indépendance des textes écrits par l’auteur en regard des images. Les articles de Mario Vargas Llosa n’ont pas d’illustrations. De l'autre, dans la partie des textes qui n’ont pas été écrits par l’auteur (puisqu’ils sont extraits d'entretiens ou de colloques), nous nous sommes autorisés à placer quelques images originales. Ce sont les illustrations du Collège Leoncio Prado, du centre de Paris, du bar La Catedral, etc.

Je ne m’imagine pas un architecte lisant une nouvelle de Mario Vargas Llosa. Cette publication a-t-elle pour objectif de rapprocher les étudiants en architecture de la littérature ?

Au bureau des publications de la faculté d’architecture, nous développons diverses lignes éditoriales. Nous avons publié des travaux d’élèves et de professeurs. Nous avons également une ligne qui cherche à faire le bilan sur le thème de la ville à travers le regard porté par des auteurs qui ne sont ni architectes, ni urbanistes. Ils ont peut-être un regard différent, plus éloigné de la théorie, sans être pour autant moins précieux. Mario Vargas Llosa : Ciudad, Arquitectura y Paisaje est le début de cette série de regards.

José Miguel Silva | La Prensa | Pérou
10-06-2013
Adapté par : Jean-Philippe Hugron

* Traduit de l’espagnol par Albert Bensoussan in Les Cahiers de Don Rigoberto, aux Editions Gallimard
** Chronique du 27 mars 2011 reprise par le quotidien espagnol El Pais : http://elpais.com/diario/2011/03/27/opinion/1301180413_850215.html

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