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Chronique | Dédé creuse des mines dans la ville (16-04-2014)

Pour une fois, ce n’est pas dans son journal que Dédé est plongé. Il prend son café en lisant le communiqué qu’il vient de recevoir et qui le passionne. Mais il est difficile de rester tranquille quand on est populaire. Voilà Alain, qui l’interrompt dans sa lecture.

Développement durable | France

- Tu as vu, Dédé ? C’est formidable ce que l’on arrive à faire aujourd’hui. Tout le monde s’y met, les Américains, les Russes, les Norvégiens, les Canadiens : l’exploitation des océans, même sous la calotte glacière, quel exploit ! A des milliers de mètres sous l’eau, et à autant de milliers de mètres sous le fond marin, il y a des gisements de tout ce dont nous avons besoin.

- C’est vrai, répondit Dédé, ce sont de véritables exploits. Les ingénieurs qui parviennent à extraire ces richesses des tréfonds de la planète sont très forts. Mais pourquoi aller si loin ? Il y a aussi plein de ressources sous nos pieds.

- Vraiment ? interrogea Alain. Et pourquoi se priver d’aller aussi chercher ailleurs ?

- Pour un tas de raisons. L’exploitation sous-marine n’est pas sans danger de pollution et d’atteintes à des écosystèmes fragiles et, surtout, arrêtons de mettre la planète en coupe réglée, la politique de la table rase.

- Tu oublies le progrès, on trouvera toujours de nouvelles ressources, rétorqua Alain.

- Au lieu de parier sur un avenir dont nous ignorons tout, profitons des opportunités qui nous sont offertes dès à présent et avec certitude. Cela fait longtemps que l’on dit que les décharges deviendront des mines. En effet, dans les déchets se trouve quantité de matières bonnes à utiliser, les chiffonniers ne me contrediront pas. Le groupement de grandes écoles Paris-Tech vient d’ailleurs de s’associer à un organisme spécialisé dans la récupération de produits électriques et électroniques, qui s’appelle Eco-systèmes, pour créer une chaire sous le nom de 'Mines urbaines'. Nos villes sont des mines, des gisements de matières premières, apprenons à les exploiter.

- C’est sympa, mais tu crois vraiment que ça suffira ? s'enquit Alain.

- J’étais justement en train de lire l’acte de naissance de cette chaire. Ecoute ce qu’on y trouve (excuse-moi si c’est un peu long, mais ça répond à ta question) : «Comment exploiter un type de 'mines innovantes', disponibles et répandues dans toutes les couches de notre société ? Les déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) issus de toutes les activités humaines sont ainsi de véritables 'mines urbaines', qui contiennent de nombreuses matières recyclables. Ces mines urbaines peuvent parfois renfermer des 'gisements' de métaux précieux  40 à 50 fois plus riches que ceux extraits du sol... Ces mines urbaines, véritables sources de matériaux rares et aux caractéristiques mal connues, doivent être exploitées dans le respect des principes du développement durable. Leur exploitation bénéficiera à tous : les citoyens et les industriels producteurs de nouveaux produits manufacturés (électriques ou non) ainsi que les opérateurs du recyclage». Tu vois, nous sommes sur un gisement bien plus rentable que ceux que l’on trouve dans la nature ! triompha Dédé.

- Oui, et il y a même des petits malins qui n’attendent pas et qui dépouillent les villes de leurs plaques d’égout et des pots catalytiques, sans parler du cuivre sous toutes ses formes, grommela Alain. On se passerait bien de ces 'mineurs'. Mais, même sans eux, ces fameuses 'mines' seront-elles suffisantes ? Nous consommons toujours plus et ce n’est pas près de se terminer avec tous ceux qui n’ont pas encore atteint notre niveau de vie et qui y aspirent.

- Peut-être, mais pourquoi ne pas commencer par cette ressource, qui n’attend qu’une chose, que l’on se baisse pour la cueillir ? C’est une forme de recyclage. Ce n’est pas nouveau dans l’histoire. Les pierres des villes anciennes ont été récupérées ou sont devenues les fondations des villes nouvelles. Et, aujourd’hui, les bâtiments à construire sont étudiés jusqu’à leur phase de démolition. Justement pour que le recyclage de leurs matériaux soit facile. La ville se recycle sur elle-même.

La discussion ne passait pas inaperçue. Un cercle d’habitués s’était constitué autour de nos deux amis. Jean-Luc, nouvellement arrivé dans le quartier et passionné par ces questions, tente de s’interposer :

- C’est bien de faire des mines pour retrouver les matières entassées depuis des années, et il faut le faire, ne serait-ce que parce que ces résidus de toute nature sont souvent des polluants. En les récupérant, soit on les neutralise soit on leur donne une deuxième vie.

- Tu as raison, répondit Dédé, et pour demain, le terme à la mode est le 'métabolisme' urbain. Au lieu de vivre sur une mine, qui finit toujours par se tarir un jour, les villes vont adopter une stratégie cyclique. Pour les intellos, c’est le concept de 'flux' qui se substitue à celui de 'stock'. C’est la ville bionique, qui s’inspire des structures observées dans la nature qui, comme chacun le sait, ne produit pas de déchet.

- Des villes complètement autonomes, qui n’ont besoin de rien ? interrogea Alain.

- Pas encore aujourd’hui mais c’est une voie de recherche, rétorqua Dédé. Ce ne sont pas des villes coupées du monde pour autant mais des villes qui produisent autant qu’elles consomment, ce qui n’empêche pas les échanges. Un des exemples emblématiques s’appelle 'Dragonfly' : une grande aile de papillon déployée sur New-York et plus particulièrement l’East River. L’architecte de ce projet, Vincent Callebaut, s’est associé entre autres à des biologistes pour reproduire des cycles naturels. Le résultat est une grande ferme et de nombreux jardins combinés à des logements et à des locaux professionnels. Un ensemble auto-suffisant en énergie et denrées alimentaires. Tous les rejets sont recyclés et le reste des ressources est fourni par le vent, le soleil et la pluie. La diversité de l’occupation de ce site est une des clés de cet équilibre. Les rejets des uns sont les ressources des autres. C’est un mode de fonctionnement qui peut être repris tout de suite dans son principe : tout ce qui entre dans la ville y est utilisé jusqu’à plus soif, pourrait-on dire, autant de fois qu’il est possible de le faire. Il s’agit de rentabiliser au maximum les ressources et la ville s’y prête bien, du fait de sa diversité et du rapprochement des acteurs.

- Fini, les mines, dans ces conditions, conclut Alain.

- Oui pour les consommations régulières, concéda Dédé mais, à chaque fois qu’un bâtiment sera détruit, il deviendra une mine. Tous les ingrédients qui auront servi à le construire seront réutilisés. Autant de moins à aller chercher plus loin. Nous n’aurons pas à aller creuser de mines ou forer des puits sous la mer dans les conditions les plus dangereuses. Mais on n’en est pas encore là. Les 'mines urbaines' ont encore de beaux jours devant elles.

Dominique Bidou

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