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Portrait | Irina Cristea et Grégoire Zündel, de ressorts et de béton (16-04-2014)

Atelier Zündel Cristea, AZC pour les initiés. S'il évoque une architecture aux finitions soignées, le nom de cette agence parisienne est désormais lié à une image plus ludique, celle d'un 'Pont trampoline' fortement médiatisé. Un projet issu d'un concours d'idées. Et surtout de l'envie d'un duo dont la pugnacité a pour synonyme «le besoin de rester éveillé».  

France | Atelier Zündel Cristea

Un premier rectangle de cinquante mètres carrés. Ordonné. Blanc. Dans l’axe, une salle de réunion avec d'un côté, un écran géant, de l'autre une photo signée Yves Marchand et Romain Meffre.

L’Atelier Zündel Cristea fait partie de ces agences d'architecture immaculées, à la limite de l'austérité. A première vue, telle est l'image véhiculée par leurs réalisations. Quand les perspectives du 'Pont trampoline' commencèrent à être diffusées ici et là, chacun de s'étonner de l'antinomie.

«Quand nous avons fondé l'agence en 2001, nous avons commencé à construire du réel dans un monde réel et ce, sans attendre. Bref, nous sommes tout de suite rentrés dans le vif du sujet. Dix ans plus tard, nous avions besoin de nous aérer pour ne pas perdre en vitalité», explique Grégoire Zündel au Courrier de l'Architecte, lors d'une entrevue dans la blanche salle de réunion.

«Nous avions envie d'un coup de fouet et de nous attaquer à des projets plus importants mais aussi de ne pas être cantonnés à un seul type de programme», ajoute Irina Cristea.

Nul besoin pour ces deux architectes à la quarantaine fringante de préciser qu'ils sont en couple sur scène comme à la ville. Pour le deviner, il suffit d'écouter l'un finir les propos de l'autre, sans transition.

En 2010, l'agence est suffisamment «structurée» pour laisser à ses fondateurs «du temps de cerveau disponible». Parmi les concours, ils participent à la compétition internationale ArchTriumph en 2012. Plusieurs sujets sont proposés ; Irina Cristea et Grégoire Zündel choisissent 'un pont contemporain à Paris'.

Composé de modules gonflables entre lesquels est tendu un filet de trampoline, leur projet ne passe pas inaperçu. «Les journaux et les sites Internet s'y sont intéressés les premiers». Talonnés de près... par la Chine. En effet, un premier rendez-vous avec Le Courrier avait été annulé car «un investisseur chinois intéressé par le Pont trampoline a annoncé sa venue au dernier moment», s'excusait la collaboratrice d'AZC.

02(@CharlesWallon-Airstudio)_S.jpg«Il souhaite réaliser le projet dans le cadre d'un parc à thème Angry Birds», s'amusent Irina Cristea et Grégoire Zündel. Les deux architectes préfèrent aborder «l'aventure» avec recul. «Nous verrons ce qu'il adviendra». Un fabricant et, surtout, une entreprise espagnole spécialisée en couvertures de containers sont jusqu'ici leurs contacts privilégiés.

«Ils nous ont contactés, nous sommes allés en Espagne les rencontrer ; ils ont réalisé un prototype d'un mètre quarante avant d'en réaliser un de dix mètres, un tiers de la taille totale, que nous avons testé sur un lac près de Gérone». Pendant ce temps, à Londres, ArchTriumph leur offrait la possibilité de réaliser, avec le même fabricant, un projet sous forme d'un pavillon dans les Museum Gardens à l'est de la capitale anglaise.

Car, malgré tout, «nous aimons le béton qui coule», sourit Grégoire Zündel. «Nous sommes heureux quand les projets voient le jour ; c'est notre but. Un concours ne représente que 20% d'un projet», précise Irina Cristea.

«Elle est très à l'aise avec les compétitions», dit-il. «C'est un matheux», reprend-elle. Irina Cristea et Grégoire Zündel, s'exprimant l'un pour l'autre comme en leur nom propre.

«D'origine roumaine, Irina est venue en France depuis Bucarest après la chute du mur. Nous nous sommes rencontrés à l'ENSA Strasbourg». De l'Alsace à Paris (JFA pour lui, Fuksas pour elle), puis Hong-Kong (Hsin Yieh Architectes pour elle, Terry Farrell & Partners pour lui) pendant deux ans avant de revenir en Alsace, où les réalisations se sont enchaînées. «Nous étions bien parés pour devenir des petits bourgeois de Colmar», rient-ils.

03(@CharlesLevy)_S.jpg«Paris représentait alors le Pont trampoline d’aujourd’hui». Alors parents d'enfants en bas âge, ils préféraient déjà le coup de fouet au confort. Sans doute, le fait d'être «étrangers», disent-ils. Grégoire Zündel est suisse par son père et américain par sa mère. «Je me sens toujours bien à l'étranger», confie Irina Cristea.

Louer dans la capitale quatorze mètres carrés sans aucune ouverture, à l’arrière des archives d'un confrère et faire la navette entre Colmar, Paris et Strasbourg ne leur faisaient pas peur. «Nous étions motivés». A trois dans le local parisien, ils remportent deux concours.

Treize ans plus tard, l'Atelier Zündel Cristea enchaîne les réalisations impeccables. Parfois austères ? «Il faut parfois savoir donner des réponses très simples». Il en va ainsi de l'hyper tramé hôtel d'entreprises Binet pour la RIVP, le long du périphérique. «Voilà une architecture à l'image de ces bâtiments industriels qui nous plaisent, robustes et parés de larges ouvertures».

En contrepoint de Binet, la proposition d'AZC pour la réhabilitation de la Battersea Power Station à Londres, deuxième étape d'ArchTriumph, détonne. «Nous avons croisé deux thèmes : d'une part, le problème de l'attractivité des musées ; d'autre part, cette ancienne usine est si vaste que nous avons eu l'idée d'y transporter des visiteurs». D'où ces montagnes russes transperçant le bâtiment. «Un teaser».

04(@CharlesWallon-Airstudio)_S.jpgFinalement, il n'y a dans ces projets a priori contrastés aucune antinomie. «Faire ce que nous aimons dans les conditions qui nous plaisent», tel est le credo d'Irina Cristea et Grégoire Zündel.

Pour y parvenir, structurer l'agence était incontournable. Ayant adopté la maquette numérique, les fondateurs d'AZC ont également décidé de confier à leurs collaborateurs les missions correspondant à leurs compétences respectives selon des pôles définis : 'études', 'chantier' et 'concours'. A chacun «la place qui lui convient le mieux».

«Je ne regarde jamais les comptes de l'agence ; c'est Grégoire qui s'en charge. Sinon, je ne pourrais pas travailler», confie Irina Cristea. «Je lui dis juste quand ça va et quand il faut faire attention», enchaîne-t-il. Elle préfère donc concevoir pendant que lui adopte «un rôle plus transversal». Ainsi en atteste leurs postes de travail au sein de l'agence, Irina étant installée parmi les collaborateurs d'AZC tandis que Grégoire Zündel occupe, entre deux aller-retour, la salle de réunion.

«En fait, notre binôme n'est pas aussi binaire ; nous ne sommes jamais aussi efficaces que quand nous discutons ensemble des projets», précisent-ils. «Nous aimons aussi dialoguer avec les ingénieurs et les cotraitants d'un projet. La discussion avec les spécialistes, quand ils sont passionnés, est importante. Sinon, on ne fait que ce qu'on connaît». Conjurer le confort, encore et toujours.

D'évoquer un autre fabricant, celui de la 'briquette arrondie' utilisée pour habiller un EPHAD surmonté de logements dans le dix-neuvième arrondissement de Paris. Irina Cristea préférerait, dit-elle, «explorer toute [sa] vie un matériau avec une entreprise que d'inventer dans des domaines épars».

05(@SChalmeau)_B.jpgAyant fréquenté, en Roumanie, un lycée spécialisé dans les arts, la cofondatrice d'AZC confie d'ailleurs être arrivée à l'architecture car elle avait «du mal avec la couleur». Les murs de l'Atelier Zündel Cristea en attestent. «Nous préférons travailler avec des matériaux ; la couleur est un choix encombrant», selon Grégoire Zündel.

«Aujourd'hui, nous rêvons de bâtiments cohérents avec leur contexte». Voir leur maison de retraite en bois livrée en 2009 à Riedisheim (68), où AZC a fait appel aux ressources et savoir-faire locaux. «D'où une réalisation irréprochable».

«Nous ne sommes pas des sculpteurs», soulignent ces architectes. De préférer «un Koolhaas éternellement d'actualité» à tout Gehry. Et d'aimer autant le pointilleux David Chipperfield. «Nous ne sommes d'aucune chapelle». Fallait-il le préciser ? Parmi les concepteurs français, Lacaton et Vassal sont néanmoins cités pour «la cohérence de leur démarche».

«Le moindre projet doit-il être prouesse ?», s'interrogent Irina Cristea et Grégoire Zündel.

«Nous ne pouvons nous empêcher de nous mettre à la place du client, dont celui qui commande un outil. Parfois, nous voulons effectivement apporter quelque chose de purement fonctionnel», souligne Grégoire Zündel. «Le projet idéal est celui qui à la fois répondrait parfaitement à un besoin tout en ayant quelque chose en plus», estime Irina Cristea.

Irina Cristea et Grégoire Zündel ? Que le béton coule !

Emmanuelle Borne

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