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Projet | Silvio d'Ascia et la soustraction néo-rationaliste (16-04-2014)

«Oui, néo-rationaliste ! Il faut à tout prix éviter les dérives. Nous avons besoin de sagesse», affirme Silvio d’Ascia. Selon cette approche, l’architecte a imaginé à Saint-Paul de Vence, dès 2006 - et en toute sobriété - la future extension de la Fondation Maeght, dont la réalisation n’est, en 2014, pas encore actée. Un projet entre refus du formalisme et respect pour l’oeuvre de Josep Lluís Sert.  

Bâtiments Publics | Culture | Alpes-Maritimes | Silvio d'Ascia

Conçue en 1964, la Fondation Maeght a été l’objet, à plusieurs reprises dans les années 70, de projets d’agrandissement imaginés par son propre auteur, projets tous contrariés par les autorités municipales. En 2006, la famille Maeght a réaffirmé son ambition d’ajouter à la construction initiale quelques mètres carrés supplémentaires nécessaires au bon accueil du public.

«Isabelle Maeght [petite-fille d’Aimé Maeght, initiateur de la Fondation] - que je connais par des amis - m’avait fait part de soucis techniques quant à la mise aux normes de la Fondation. Connaissant ma sensibilité pour l’équilibre entre histoire et contemporanéité, elle m’a proposé, dans un premier temps, la réalisation du projet de mise en conformité du site», explique Silvio d’Ascia lors d’un entretien avec Le Courrier de l’Architecte.

02(@SdAscia).jpgL’étude minutieuse de l’édifice et le travail d’analyse opéré sur les plans d’origine ont conduit Silvio d’Ascia à procéder à «une profonde chirurgie». «Nous voulions détruire les ajouts postérieurs pour retrouver l’origine, respecter la composition initiale et restaurer les éléments perdus. Câbles et air conditionné avaient notamment agressé les lieux», indique l’architecte.

Les travaux de restitution une fois réalisés, demeurait encore la question de l’extension. «La Fondation présente une échelle domestique ; le bâtiment est, en somme, bien équilibré. Je ne pouvais donc travailler que par soustraction et non par addition», précise-t-il. En deçà du propos, Silvio d’Ascia esquisse une critique des ambitieux plans de Josep Lluís Sert dénaturant, peut-être, l’échelle équilibrée du projet initial.

Pour étendre la Fondation, une seule solution : creuser. «La culture napolitaine !», sourit l’architecte. «L’idée est de proposer des espaces complémentaires sous les cours Giacometti et Miró», explique-t-il.

03(@SdAscia)_S.jpg «Nous créons des vides, valorisons les lieux sans ériger de nouveaux volumes», résume-t-il. Le dénivelé du site est une aubaine. Ainsi, au sud, des ouvertures sont possibles dans les murs de soutènement de la Fondation. Aucun linéaire de façade n’est créé. Seules deux larges baies vitrées sont percées afin d’offrir l’éclairage nécessaire et quelques vues sur le jardin et son «nuage d’arbres».

«Ce projet est une leçon», assure l’architecte. Une redécouverte aussi, dans les moindres détails, du travail de Josep Lluís Sert, pourtant objet de nombreux enseignements à l’Ecole d’Architecture de Naples où Silvio d’Ascia fut formé.

«Les principes de Sert étaient sobres et simples. Il y a dans la Fondation Maeght une maîtrise des ingrédients de base sans technologies avancées», explique l’architecte regrettant, entre autres, l’actuel abandon du «génie climatique» aux ingénieurs.

04(@SdAscia)_B.jpgA titre d’exemple, Silvio d’Ascia aime à citer le système de récupération des eaux pluviales de la Fondation. Les deux grandes vasques qui, telles des cornes de taureau, symbolisent l’institution, sont en réalité deux vastes impluvium qui permettaient à l’origine d’alimenter les différents bassins du site.

Aux yeux de Silvio d’Ascia, il y a dans la Fondation Maeght un peu des villas pompéiennes. «L’architecture de Sert présente à la fois un profond respect quant au mouvement moderne - notamment du fait du plan libre, de la hiérarchie entre partie structurelle et remplissage et des éléments typiques de la culture méditerranéenne - la lumière indirecte, le choix du blanc, la présence de l’eau».

Bref, à Saint-Paul de Vence, Josep Lluís Sert, l’esprit et la lettre.

Jean-Philippe Hugron

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