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Royaume-Uni | Marco Casagrande, de «l'ultra-ruine» à la «post-ruine» (09-04-2014)

Le projet 'Ultra-Ruin', conçu par l'architecte finlandais Marco Casagrande aux marges de la jungle taïwanaise, consiste en la réhabilitation d'une construction de briques - anciennement une ferme - en villégiature de choix aux différentes essences de bois. Un projet présenté le 2 mars 2014 par la journaliste britannique Phyllis Richardson sur le site Internet australien Gizmag. De «l'ultra-ruine» à la «post-ruine», toute une sémantique.  

Réhabilitation | Logement individuel | Bois | Londres | Marco Casagrande

Contexte
Selon le site Internet de l'architecte Marco Casagrande, le projet 'Ultra-Ruin' «est un organisme architectural qui grandit sur les ruines d'une ancienne ferme abandonnée en briques rouges, située à la lisière de cultures en terrasses et de la jungle».
Comptant 210 mètres carrés d'espaces intérieurs et 520 mètres carrés d'espaces extérieurs, le projet en l'état fut livré en 2013. En l'état car, selon l'architecte, «le projet 'Ultra-Ruin' fut conçu dans le cadre d'un dialogue avec le client mené depuis 2009. La première proposition architecturale fut celle d'une table autour de laquelle discuter. Ensuite, d'un abri pour cette table. Le reste du projet a grandi autour de ce présupposé. Nous poursuivons nos discussions et 'Ultra-Ruin' continue de grandir en tant que forme ouverte».
Par ailleurs, Marco Casagrande souligne qu'«'Ultra-Ruin' est plutôt un accident organique que le résultat d'un processus industriel. L’accident est plus important que le contrôle architectural. Ce dernier laisse place à la nature et à l'erreur humaine. Afin de comprendre la dynamique d'un accident, d'aucuns doivent être présents. Etre présent est la clé de tout art. L'architecture n'est pas un langage indépendant et autonome. L'architecte a besoin de la nature pour faire partie de la nature. 'Ultra-ruin' est un état de la 'post-ruine', où l'humain est revenu investir les lieux et partage désormais l'espace avec la jungle».
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02(@AdDaZei-CasagrandeLaboratory)_S.jpgUN ARCHITECTE AVANT-GARDISTE CONSTRUIT UNE «ULTRA RUINE» DANS LA JUNGLE TAIWANAISE 
Phyllis Richardson | Gizmag

LONDRES - L''Ultra-Ruine' ('Ultra-Ruin') est à la fois une oeuvre d'architecture contemporaine et de restauration inhabituelle construite à l’intérieur et autour d'une ferme en brique abandonnée dans la jungle de Taipei. Sous certains angles, le bâtiment semble n'être que fragments d'une structure délabrée envahie par la végétation ; selon d'autres perspectives, il ressemble aux espaces léchés d'un boutique hôtel. Le projet, signé par l'architecte finlandais Marco Casagrande avec le Casagrande Laboratory, est conçu pour se fondre dans la nature. Selon l'architecte, le nouveau bâtiment a été improvisé en réponse à la ruine existante et aux contraintes de son contexte.

Des connexions en bois

Afin de rendre hommage à l'état de ruine du bâtiment existant, les murs de brique délabrés furent conservés et complétés par des éléments en bois. Le site se situe à la jonction de terres agricoles en terrasse et d'une jungle sauvage. A cet endroit, la maison est presque entièrement enveloppée par des arbres, des vignes et des arbustes. Cette végétation a été incluse dans le projet, lequel est composé de deux niveaux d'espaces conjuguant extérieur et intérieur en incluant équipement de bain et de sauna.

Le bois a été choisi en tant que matériau en vue d’assurer le lien direct avec l'environnement ; des essences locales - tels l'acajou, le camphre et le cyprès - ont été sélectionnées et également utilisées pour la passerelle qui mène à la maison, dont les planches sont en acajou. Le bois était également un choix pratique opéré en regard du climat, mis alors en oeuvre sous forme d'écrans et de pergolas favorisant la libre circulation de l'air. Les bâtiments de briques sont en effet moins favorables à une bonne ventilation, cruciale dans ce contexte. La maison est dotée d'espaces multifonctionnels plutôt que de pièces à usage déterminé. Les exigences énergétiques sont minimales. Quoique réalisée pour une seule famille, cette maison peut également être utilisée pour différents types d'événements.

03(@AdDaZei-CasagrandeLaboratory)_S.jpgUn «accident organique»

Marco Casagrande décrit ce bâtiment comme un «accident organique» puisque le plan a été défini par la nature : les espaces s'organisent autour des arbres existants et la disposition générale suit les contours du site. En d'autres termes, il ne s'agissait pas de libérer le site afin d'ériger une structure autonome et vierge. Murs, pergolas, terrasses et allées ont été conçus autour de l'ancienne ferme et du site en terrasses.

Plutôt que de réaliser une route d'accès pour les travaux, tous les matériaux mis en oeuvre furent transportés à pied depuis la route principale, ce qui a demandé «un énorme effort», selon l'architecte. L'évolution du projet a elle aussi suivi un processus organique, souligne Marco Casagrande, en commençant par un dialogue entamé avec le client en 2009 qui s'est articulé autour de l'idée d'installer une table dans un espace ouvert en vue d’y réaliser des réunions. Cette idée a évolué pour inclure davantage de pièces pour différentes activités.

04(@CasagrandeLaboratory)_B.jpgL'état de «post-ruine»

Marco Casagrande a réalisé d'autres projets à partir de «ruines» architecturales. Ces projets ne proposent pas seulement le réaménagement de structures. Ils sont de véritables manières de vivre avec les vestiges de bâtiments abandonnés sans consommer outre mesure des ressources comme l’aurait exigé destruction et reconstruction complètes.

Marco Casagrande utilise le terme de «post-ruine» pour décrire la renaissance ou le ré-utilisation de bâtiments abandonnés et délabrés. Un exemple est la 'Ruin Academy' dans le centre-ville de Taipei, lieu de réunion et de collaboration d'artistes et d'architectes qui fut créé au sein d’un bâtiment abandonné haut de cinq étages que le Casagrande Laboratory a réhabilité pour le rendre habitable.

Phyllis Richardson | Gizmag | Australie
02-03-2014
Adapté par : Emmanuelle Borne

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