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Autriche | L'architecture s'achèterait-elle une conscience ? (09-04-2014)

Penser global, construire social ! L’intitulé de la nouvelle exposition* du Centre d’Architecture de Vienne en Autriche sonne comme une semonce adressée à la starchitecture. Au-delà des programmes humanitaires à destination des pays en voie de développement, l’exposition n’écarte pas les projets sociaux en Occident. Sophia Felbermair, journaliste, a présenté l’événement le 16 mars 2014 sur le site de l’ORF (radio et télévision autrichiennes).

Vienne

Contexte
Il fut un temps où l’architecture sans architecte intriguait. Le phénomène était somme toute marginal et, face aux modernistes, les adeptes du vernaculaire n’avaient pas l’écho souhaité. Aujourd’hui, de plus en plus d’initiatives - expositions, concours, prix et récompenses - mettent à l’honneur projets et architectes vertueux.
Habitat d’urgence - Shigeru Ban, Pritzker Prize -, restauration de traditions constructives - Salma Samar Damluji, Global Award 2012 - ou encore low tech - Nlé Architects, exposé à la villa Noailles en mars 2014 - sont désormais les objets d’une curiosité sans borne.
«Révoltes et révolutions sont plutôt rares en Autriche», remarquait David Pasek dans les colonnes de la revue Quer Magazine. Le propos inaugurait un article consacré aux manifestations étudiantes de 2009 à Vienne à l’origine d’un projet de logements destinés aux plus démunis dans le centre de la capitale autrichienne. Les architectes du projet, Alexandre Hagner et Ulrike Schartner, associés de l’agence gaupenraub +/-, sont d’ailleurs mis à l’honneur dans l’exposition présentée jusqu’au 30 juin 2014 au Centre d’Architecture de Vienne : 'Think Global, Build Social !'.
Dans les salles du musée, sont également en bonne place le transfert de connaissances et la critique de l’humanitaire façon Madonna.
JPhH

PARCE QU’ETHIQUE ET ESTHETIQUE PEUVENT FAIRE BON MENAGE
Sophia Felbermair | orf.at

VIENNE - Tandis que les constructions des starchitectes développent - et c’est bien souvent le cas - des formes spectaculaires ou innovantes, des façades sensationnelles, et représentent pour la plupart beaucoup, beaucoup d’argent, l’Architekturzentrum Wien (AzW) montre dans sa nouvelle exposition 'Think Global, Build Social ! Bauen für eine bessere Welt' ('Think Global, Build Social ! Construire pour un monde meilleur', ndt.) qu’il ne faut aucunement appeler Frank Gehry et construire un Musée Guggenheim pour changer un site durablement.

La question d’une architecture revendiquée comme 'sociale' est un fait récent qui occupe une place centrale dans le débat international. Ce retournement de situation n’est pas une coïncidence, explique Dietmar Steiner, directeur de l’AzW, lors de la conférence de presse présentant l’exposition préparée en coopération avec le Deutschen Architektmuseum (DAM) (Musée allemand de l’Architecture, ndt.).

02(@BASEhabitat).jpgLa réorientation du discours architectural

D’un côté, lors de la Biennale d’Architecture de Venise, en 2010, l’architecte japonaise Kazuyo Sejima, commissaire, avait décidé de ne proposer pour la première fois aucune présentation de starchitecte. Il s’agissait alors de laisser «une réflexion sur une architecture porteuse de nouvelles valeurs».

D’un autre côté, la même année, a eu lieu au Musée d’Art Moderne de New York (MoMa) une exposition fracassante sous le titre 'Small Scale, Big Change', présentant des constructions sociales. Andres Lepik, le commissaire de cette exposition, n’est autre que celui qui a mis au point l’exposition riche et variée de l’AzW.

Ce travail est en réaction à la Biennale de 2000 'Less Aesthetics, more Ethics'. [...] L’exposition de New York était aussi une réponse à l’éclatement de la bulle immobilière que les Etats-Unis vivaient alors.

Andres Lepik explique que, selon ONU-Habitat, deux milliards de personnes à travers le monde ne disposent pas d’un «espace de vie à taille humaine». «Deux milliards de personnes vivent dans des bidonvilles, dans des cabanes auto-construites ou bien n'ont tout simplement pas de toit au-dessus de leur tête. Il convient donc de poser la question urgente des solutions que l’architecture peut offrir à la population mondiale pour accéder à un environnement bien conçu» déclare-t-il.

03(@FlorianHaydn)_S.jpgLes maternelles de Madonna n’ont pas leur place

Au coeur de l’exposition, vingt-deux prises de position internationales différentes de ces dix dernières années sont présentées. Réalisées, elles ne répondent pas seulement aux exigences esthétiques mais transforment durablement les lieux qu’elles occupent. Qu’une popstar comme Madonna ait payé des maternelles 'parachutées en Afrique' n’apporte rien. Elles sont aussi merveilleuses que ces 'gratte-ciel qui dépassent des dunes de sable' aux Emirats Arabes Unis. Lors de la préparation de 'Think Global, Build Social', architectes et musées ont élaboré un 'Manifeste', une base théorique pour les projets à venir.

La sélection d’édifices présentée à l’AzW est thématique. Cinq chapitres ont été ainsi coordonnés : matériaux, habitat, participation, culture et programme. Chacun peut donc apprécier différents projets d’écoles et de crèches en Afrique et en Asie mais aussi des logements sociaux en Europe et en Amérique.

04(@FPallaresLopez)_B.jpg72 projets avec participation autrichienne

En marge de l’exposition, fruit de la coopération entre Andres Lepik et le DAM, Sonja Pisarik a enrichi le propos avec la présentation de projets nés de contributions autrichiennes, soit 72 constructions au total, réalisées ces dix dernières années.

Une attention toute particulière est alors portée sur «le transfert de connaissances». Dans le cadre de programme de formation à l’étranger, des étudiants de presque toutes les écoles d’architecture d’Autriche ont participé à la planification ou à la construction d’édifices en Afrique ou en Indonésie. De l’apprentissage universitaire nait une pratique qui, en raison des circonstances et des problèmes spécifiques aux lieux, oblige les étudiants à développer des approches et des solutions inhabituelles.

05(@PezHejduk)_B.jpgUniversité et expérience pratique

Christoph Chorherr, à la tête de l'ONG s2arch fondée en 2004 par le Conseil municipal de Vienne, et membre du parlement, a réalisé un certain nombre de bâtiments à des fins humanitaires en Afrique du Sud au cours de ces dernières années. La Technische Universität de Vienne a joué un rôle de premier plan sous la direction de Peter Fattinger. La Kunstuniversität de Linz s’est concentrée avec son atelier BASEhabitat sur l’exploitation d’énergies alternatives dans des zones où l’accès aux infrastructures publiques est limité. L'Ecole des Arts Appliqués de Vienne dispose d’un laboratoire dirigé par Bärbel Müller travaillant sur des projets en Afrique sub-saharienne.

Mais la nécessité d'une responsabilité sociale ne se limite pas aux pays en développement. C’est l’un des messages délivré par le studio gaupenraub + /-. L'agence primée, fondée par Alexandre Hagner et Ulrike Schartner, s’est impliquée pendant plus de dix ans dans des projets pour les personnes défavorisées. Elle a notamment conçu des abris d'urgence pour le compte de VinziRast (association viennoise pour l’aide au logement des plus démunis, ndt.) et pour les personnes atteintes de démence. Un jour, Dietmar Steiner leur a demandé comment l’agence pouvait se permettre un tel engagement social. La réponse tenait la route : les autres avaient «brulé» bien des ressources en participant à des concours.

Sophia Felbermair | orf.at | Autriche
16-03-2014
Adapté par : Jean-Philippe Hugron

* L’exposition est présentée depuis le 15 mars et jusqu'au 30 juin 2014 à l’Architekturzentrum Wien.

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