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Visite | Christophe Gulizzi, triple salto en zone 4 (02-04-2014)

Premier projet parisien pour l’architecte marseillais. Premières courbes aussi. Faire le dos rond ou bomber le torse... Tout est, in fine, question de posture. Christophe Gulizzi s’affirme donc superbement dans un contexte déshérité de toute attention architecturale. A Massy (91), l’homme de l’art a livré, en mars 2014, le complexe sportif de la ville.

Sport | Bâtiments Publics | Massy | Christophe Gulizzi

Denfert-Rochereau. Le portique du RER B franchi, 13 stations plus loin, en zone 4, Massy-Palaiseau. A quelques pas de la gare, dans la ZAC Atlantis, un monolithe de béton laqué blanc attire la main autant que le regard. Plaisir des yeux, plaisir du toucher. L'architecture séduit du bout des doigts.

«Nous sommes dans une confrontation du pouvoir et de la promotion», lance Christophe Gulizzi à quelques journalistes éblouis par la clarté de l’édifice. De l’autre côté du trottoir, en face du complexe sportif, des logements, tous récents... de quatrième zone.

L’homme de l’art, de pied en cap vêtu de noir, présente avec panache son dernier projet. «Il nous a fallu bomber le torse pour affirmer la place de l’équipement», affirme-t-il. Aux dires de l’architecte, la culture sportive est de prime importance à Massy. Aussi fallait-il à la commune une architecture capable de symboliser ses ambitions.

02(@MathieuDucros)_B.jpg«Il s’agissait de rapprocher l’image et l’usage, de mettre en forme une allégorie de la gymnastique. La gymnastique est-elle d’ailleurs un modèle d’architecture ?», s’interroge Christophe Gulizzi.

En deçà du dessin, «le geste parfait». Avant même toute question sur un formalisme assumé quand bien même sobre et contenu, l’architecte prévient : «je ne culpabilise pas !».

Bref, «le plaisir de la forme». Ce projet aurait-il pu être le même à Marseille ? «Evidemment», répond-il, le verbe provocateur.

Les atours du complexe sportif de Massy relèvent du «justaucorps». «Au regard du programme, il s’agissait de faire rentrer un litre et demi dans un litre», sourit Christophe Gulizzi. La parcelle est donc exploitée au maximum de sa capacité. «Il était important aussi qu’il n’y ait aucune barrière», soutient l’architecte. Le rapport à l’espace public est donc direct.

03(@ImageContemporaine)_S.jpg «Venez toucher !», s’époumone-t-il. L’invitation est elle-même lancée par l’édifice tant sa matérialité intrigue.

Un volume mais aussi une masse. L’architecte affirme y avoir creusé pour «créer un rapport aérien». L’imposant monolithe blanc, haut de 12 mètres, entièrement opaque n’est aucunement brutal. Quelques «échancrures» en guise d’ouvertures et, en tout angle, des rondeurs à même d’adoucir le rapport de l’équipement à son contexte.

Façade sud, le jeu formel est encore plus spectaculaire. Muet, bouche bée, le complexe présente de ce côté une vaste entaille. «Il n’y a, ici, rien de gratuit», précise l’architecte. Tout relève d’un travail sur la lumière et la manière dont elle peut rentrer, indirectement, dans un gymnase.

«Comment dit-on ? Magnifier la contrainte !», ironise l’architecte. Pour lors, il n’est pas loin de le démontrer.

04(@MathieuDucros).jpgA l’intérieur, le hall embrasse sportifs et spectateurs dans un même mouvement courbe. Les uns s’orientent vers les vestiaires, les autres vers l’escalier «d’apparat». «Ce n’est pas un dessin, c’est un plaisir», revendique-t-il. Aussi, les quelques marches conduisant à la tribune se veulent «un moment» dans le parcours. Dont acte.

Salle de gymnastique (860m²) et salle omnisports (600m²) sont toutes deux blanches. La lumière y est intensément douce. Il y a, dans cet équipement, une élégance inhabituelle à ce genre de programme.

«Tension, effort et concentration», résume Christophe Gulizzi.

L’architecture est un sport...

Jean-Philippe Hugron

Fiche technique

Programme : complexe sportif rue Victor Basch, à Massy
Maîtrise d'ouvrage : ville de Massy
Maîtrise d'ouvrage déléguée : Semmassy
Maîtrise d'oeuvre : Christophe Gulizzi Architecte
Surface de plancher : 3.620m²
Budget : 5.936.309,64€ H.T.
Livraison : mars 2014

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