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Compte-rendu | Les archi-fictions de Pierre Blondel (27-03-2014)

A l'occasion d'une conférence donnée le 18 décembre 2013 à l'ENSA de Bretagne, l'architecte bruxellois Pierre Blondel a présenté quelques projets et réalisations conçus dans le cadre d'une démarche où le récit est autant littéraire qu'architectural. En clair, l'architecte est également l'auteur de nouvelles dont les héros évoluent au sein des projets qu'il conçoit dans la réalité. Jubilatoire.

Vie étudiante | ENSA Bretagne | Rennes | Pierre Blondel

«En me demandant un jour comment je faisais pour mettre un projet en musique, je me suis rendu compte que pour réussir un voyage, c'est-à-dire un projet, il faut un beau paysage ainsi qu'un bagage», soulignait le 18 décembre 2013 Pierre Blondel, fondateur de l'agence bruxelloise Pierre Blondel architectes, devant un parterre d'étudiants de l'ENSA Bretagne.

Par 'paysage', l'architecte entend «ce qui change à chaque voyage», c'est-à-dire le contexte - environnemental, économique, social, etc. - d'un projet. «A côté, il y a le bagage, ce qu'on emmène avec soi et qu'on poursuit, c'est-à-dire la culture, l'éducation, la théorie mais aussi nos envies et notre mauvaise foi», précise-t-il.

Si Pierre Blondel estime qu'il faut invoquer le paysage d'un site à chaque projet, «en revanche je ne suis pas sûr qu'il faille convoquer tout notre bagage», dit-il. De citer alors Le Corbusier, doté «d'un bagage gigantesque» ayant, de fait, «pris le pas sur le paysage». Une autre manière de définir la tabula rasa moderniste. «Le risque d'utiliser trop de théorie est de se répéter et faire une architecture générique», selon Pierre Blondel.

En tout cas, «le voyage idéal équilibre paysage et bagage», soulignait-il en décembre dernier à la fin de son introduction, passant alors à la présentation de différents 'voyages' qu'il a mené depuis son premier concours remporté en 1997, la réhabilitation d'une piscine abandonnée en logement social à Charleroi.

Des voyages «toujours difficiles», ironise-t-il. Citant alors la dernière des 'Leçons américaines' d'Italo Calvino, Pierre Blondel rappelle la complexité inhérente à tout projet, qui est la somme «d'ennuis et de doutes».

02(@PierreBlondel)_B.jpg«Sachez que je ne suis pas nécessairement satisfait de tous les projets que je vais montrer». Pourtant, dès les premières images défilant sur l'écran disposé derrière lui, l'architecte de décrire l'immersion à laquelle il procède à chaque fois. Invité à concevoir une galerie de la prostitution, il se rend à Anvers pour étudier l'envers du décor. Pour une mosquée à Liège sur invitation de la communauté turque de la ville, il a voyagé à Istanbul pour étudier Sainte-Sophie afin de «comprendre les fondamentaux». Invité à réaliser une salle de boxe, l'architecte s'est épris de ce sport en tant que spectateur.

Visiblement, Pierre Blondel ne fait pas les choses à moitié. Alors, rien d'étonnant à l'entendre exprimer sa frustration à propos des programmes de logements qui, à l'inverse d'équipements, ne sont plus, une fois posée la dernière pierre, accessibles. «Voir vivre» ses bâtiments lui semble indispensable.

A partir de ce constat, et à l'occasion de la conception d'un musée de la littérature, l'architecte choisit, en guise de proposition, «d'écrire des histoires plutôt que multiplier les perspectives, coupes, plans, et axonométries».

Ainsi, les perspectives, coupes, plans et axonométries défilant derrière lui sont parfois accompagnés d'un texte. Extrait : «Elle avait toujours été intriguée par cette façade ambivalente, moitié ouverte, moitié opaque...». Bref, d'«expliquer le projet» en y plantant des personnages de fiction. Si le concours fut remporté, le projet ne verra pas le jour faute de budget.

«Reste le projet et les histoires». Ainsi qu'une démarche, que Pierre Blondel ne réitère pas à chaque projet mais régulièrement tout de même, une fois par an environ. Parfois, les histoires se télescopent, mêlant par exemple boxe et religion. «Cela m'a pris 300 pages, ce fut mon premier roman». Quant à la mosquée, l'agence fut mise à la porte abruptement une semaine après le début des travaux. «Mon héros est dans la mosquée» alors que l'architecte en est évincé.

03(@PierreBlondel)_B.jpg«Pas d'interférence entre les histoires et les projets», assure Pierre Blondel. Néanmoins, la littérature lui permet de se consoler de la réalité dont, entre autres, les espaces résiduels d'un projet. A propos d'une maison dotée d'un tel espace, «en digne héritier du fonctionnalisme, je me demandais qu’en faire». L'histoire vint à sa rescousse. «J'imagine alors un type à l'image d'un tueur à gages, dont la tâche serait de libérer ces espaces-là». Une fois la nouvelle achevée, «j'étais en paix avec mon affaire».

«J'écris pour décrire le projet mais c'est aussi une manière d'être un peu plus léger car l'architecture est quelque chose d'épouvantablement lourd», poursuit l'architecte. D'ailleurs, «quand ils utilisent mes projets, mes personnages ne les aiment pas toujours, ils les trouvent parfois moches, verbeux». Pierre Blondel dit avoir trouvé, via l'écriture, le moyen de «prendre du recul par rapport à [sa] propre production».

Grâce à la jubilation de l'écriture, Pierre Blondel apprivoise les démons d'un métier.

Emmanuelle Borne

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