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Portrait | Nunc architectes, un pour tous, maintenant, ici et là-bas (19-03-2014)

Tous, c'est-à-dire Louis Piccon, Pierre Béout, Vincent Rey-Millet et Jakub Jakubik. Chacun dirige l'un des «pôles» - Alsace, Bretagne, Savoie et Paris - d'une même agence fondée en 1989 sous forme de Groupement d’Intérêt Economique (GIE). Rarement statut aura été aussi trompeur tant ces architectes sont, avant tout, liés par l'émulation.

France | Nunc

«Deux conditions sont indispensables pour que ce genre d'étroite collaboration soit efficace : la participation volontaire, qui repose sur le respect et la sympathie mutuelle, et la disposition de chacun à assumer la direction et la responsabilité au sein du groupe». Signée Walter Gropius en 1946, la phrase formait l'un des propos fondateurs de son agence TAC.

Plus de quarante plus tard, en 1989, elle devenait l'une des «règles» que se fixaient les fondateurs du groupement Nunc pour assurer la pérennité de leur collaboration. Visiblement, la condition sine qua non a porté ses fruits puisque, encore vingt-cinq ans plus tard, enrichi d'un quatrième associé, Jakub Jakubik, le trio à l'origine de Nunc - formé par Louis Piccon, Pierre Béout et Vincent Rey-Millet - affiche une complicité sans faille.

Dotée de ramifications - «nos enfants forment un réseau parallèle», s'amusent les architectes -, cette amitié est visible jusque dans la configuration des locaux franciliens. Installée au rez-de-chaussée d'un immeuble à Montrouge (92), l'agence est dotée d'un escalier... qui permet à Jakub Jakubik d'accéder directement chez lui. La rencontre avec Le Courrier de l'Architecte se déroule donc sous son logement, au sein d'une salle de réunion ornée de panneaux de concours.

«Maintenant !», confirment les architectes d'une seule voix à l'évocation du nom de l'agence. «Et, par extension, contemporain. Le mot latin perdure et nous avions pour ambition de faire une architecture contemporaine qui s’inscrive à la fois dans le temps», précise Louis Piccon.

«Louis, notre papa», s'amusera Vincent Rey-Millet en l'absence de son associé. De fait, le quatuor tient de la structure familiale tant chaque personnalité se distingue des trois autres. Leur point commun ? «Nous sommes tous diplômés de l'INSA de Strasbourg quoique de promos différentes».

Ce passage à l'INSA (alors ENSAIS) n'est pas pour rien dans le fonctionnement de Nunc. «La particularité de l'INSA réside dans le fait que les étudiants sortent tous de l'école début octobre, ce qui signifie que tous sont mobilisés par le diplôme des dernières années». En effet, un étudiant de chaque année doit se mettre au service des futurs diplômés pendant un mois. Un mois de charrette durant lequel s'organise une vraie vie d'atelier. «De nombreuses agences sont nées de ce mois de charrette», assurent les associés de Nunc.

02(@LucBoegly)_S.jpgNunc en tout cas y plante ses racines. «Louis avait bossé pour Vincent et moi pour Louis», résume Pierre Béout, diplômé en 1988, Vincent Rey-Millet et Louis Piccon ayant respectivement obtenu leurs diplômes en 1984 et 1985. «A partir de 1988, nous avons mené des projets ensemble et, en 1989, nous avons trouvé un nom».

Nunc. Un dénominateur commun pour différentes implantations et autant de «pôles» : Strasbourg, Saint-Brieuc, Chambéry, Paris.

«Nous voulions travailler ensemble mais chacun voulait rester chez lui». Parisien d'origine, Louis Piccon préférait rester oeuvrer à Strasbourg et ses alentours après l'INSA. Le fait qu'il enseigne au sein de son ancienne école depuis toujours n'y est pas pour rien. «En janvier prochain, je serai le plus ancien enseignant de la section architecture de l'INSA», s'amuse-t-il, en précisant : «l'énergie de mes étudiants me fascine».

«Né avec la verticale dans les yeux», Vincent Rey-Millet ne pouvait, à entendre ses acolytes, s'implanter ailleurs que dans sa Savoie d'origine. A Pierre Béout les horizontales de sa Bretagne natale.

Au sein de la famille Nunc, j'appelle Jakub Jakubik. «En 1989, c'est vrai qu'il n'existait pas encore», taquinent les aînés. Né à Bratislava il y a trente-sept ans, de parents architectes, ce dernier pensait, en rejoignant Nunc Alsace en 1999, n'y rester qu'un temps. «J'y ai plus appris en six mois qu'en cinq ans d'études».

En 2007, direction la capitale pour raisons familiales. «Je leur ai proposé l'ouverture d'un pôle parisien». Parmi les règles de Nunc, Louis Piccon rappelle qu'à chacun «son rythme et ses moyens». Ne doutant pas de la volonté de leur jeune recrue, les associés de Nunc lui donnent feu vert. Deux mois plus tard, fort des références du GIE, l'antenne Nunc Paris est invitée à participer à un concours pour un centre municipal de santé. S'il ne fut pas remporté, ce concours introduisit néanmoins l'agence dans la ronde de la commande publique francilienne.

03(@YvonMeyer)_S.jpgParis fut en fait, à l'origine, un point de ralliement. Paris «pour s'isoler». Un comble. «Nous nous retrouvions dans le local de mon père», se souvient Louis Piccon. Car ce métier-là est, pour chacun d'entre eux, architectes de pères en fils, une affaire de famille. Seul Pierre Béout fait exception à la règle. Et encore. «Ingénieur des travaux public de l'Etat, mon père m'a beaucoup orienté», précise-t-il.

Si la destination parisienne disparut un temps, une autre tradition a perduré. «Nous nous consultons à l'occasion de chaque concours, de chaque projet, voire autour de thèmes». Les trois premiers jours de chaque mois. «Nous ne repartons pas avant d'avoir solutionné chaque projet», souligne Jakub Jakubik. «Amenés à louper une réunion, nous sommes mal», fait écho Vincent Rey-Millet.

En 1994, différentes options furent passées en revue : SA, SARL, coopérative... «Dans la mesure où nous vivions dans des lieux différents, toutes devenaient une usine à gaz». Un GIE permet de regrouper des entités de différentes natures et sa création permit de conférer un statut au mode de fonctionnement qu’ils souhaitaient tout en respectant les différences de rythmes.

En clair, «chaque pôle peut ainsi avoir son développement propre». Sinon, ils en sont convaincus, «le groupement aurait éclaté». «Chaque pôle délègue au GIE un représentant. Aujourd'hui, nous sommes huit cogérants, quatre cinquantenaires, quatre trentenaires»... et vingt-trois architectes tous pôles confondus. Quatre pôles «pour un chiffre d'affaires consolidé».

Les points cardinaux d'une même boussole. Ou le respect des individualités extrait de tout individualisme.

04(@StephaneChalmeau)_B.jpg«L'implantation locale va de pair avec une forte responsabilisation», précise Vincent Rey-Millet. Tel est donc le secret de Nunc. N'avoir pas oublié, dans l'allocation latine - 'hic et nunc', ici et maintenant - le 'hic', 'ici'. De fait, dixit Gropius, «nous savions qu'afin de fonctionner, la décision finale doit être prise, à propos d'un projet, par le représentant du projet en question».

Jakub Jakubik s'en souvient bien pour en avoir, en quelque sorte, fait les frais. Le deuxième concours de Nunc Paris, composé de 107 logements, d'une crèche et de commerces dans le XVIIIe arrondissement de la capitale pour Paris Habitat, «fut pour moi la sublimation de l'efficacité Nunc», dit-il.

Alors qu'il avait consacré ses congés de Noël à gratter plans, coupes, élévations, Guillaume Zilio, co-gérant du pôle Alsace, proposa, lors d'une mémorable séance, une solution d'évidence plus efficace. Au responsable du pôle parisien de trancher, ce qu'il fit à l'encontre de ses propres efforts. Bonne foi récompensée puisque Nunc remporta la compétition en 2010.

Deuxième règle inconditionnelle : «le temps passé ensemble est gratuit et généreux». Le volume d'activités de chaque pôle n'est pas un étalon. «Un petit projet peut mobiliser une séance entière». La problématique plutôt que l'économie.

D'une même Ecole, les associés de Nunc sont, quant à l'écriture architecturale, de la même école. «Le minimalisme et le bon sens», résument-ils, citant «l'humanité et la maîtrise» d'un Renzo Piano. «Oui, nous sommes tous un peu fonctionnalistes dans l'âme». Leur goût pour la vérité constructive fait donc pencher la balance davantage vers Zumthor que Gehry, même si l’architecte du Guggenheim de Bilbao «est d'une fascinante liberté», selon Vincent Rey-Millet.

05(@LucBoegly).jpg«Nous ne faisons pas le même métier», précisent-ils au sujet de tels 'starchitectes'. «Nous, nous sommes des architectes 'de crise de province'», soulignent-ils en riant. De se préférer en Robins des deniers publics plutôt qu'en démiurges d'une dispendieuse Philharmonie. «Nous préférons mettre l'argent au service de l'usage, de la surface et de la lumière».

Complétant les propos les uns des autres, Louis Piccon, Pierre Béout, Vincent Rey-Millet et Jakub Jakubik ont le sourire franc de ceux qui ont trouvé leur place dans la vie.

Quid de différences ? «En Bretagne, une terrasse à l'ouest permet d'oublier qu'il a plu trois fois dans la journée», souligne Pierre Béout. Autrement dit, la diversification est à aller chercher essentiellement dans les contextes de chaque pôle, offrant là les terreaux d’un enrichissement réciproque.

«Notre fil rouge est la volonté de travailler systématiquement le volet environnemental et énergétique». Un sujet éculé ? Si ce n'est que Nunc s'y attache depuis longtemps. «Avant 2000, nous chassions déjà les ponts thermiques... jusqu'en Bretagne», sourit Pierre Béout en direction de Vincent Rey-Millet. Un apport du pôle alpin aux hivers plus rudes...

... Et du benjamin aux aînés. «Jakub fut le premier à réaliser une formation environnementale et à nous donner envie d'aller chercher des informations plus pointues en Allemagne ou en Suisse», précise Louis Piccon. Ainsi, un cinquième pôle est en cours de formation ; Nunc + compte depuis peu ses propres ingénieurs qui mettront en oeuvre, notamment, les recherches menées par Nunc sur les espaces tampons afin «qu’ils ne servent pas seulement d'artifices techniques mais également de lieux de vie».

06(@FredericBaron)_B.jpgAyant «instrumenté» leurs bâtiments, les architectes de Nunc s'attachent à analyser les données extraites des retours d’expérience. «Ce qui nous fait le plus plaisir est de revenir dix ans après sur un projet et de voir qu'il a bien vieilli», souligne Vincent Rey-Millet. Certes, Nunc a sa part de dampalons ayant «mal viré» et de séances communes «polluées» par l'organisation de l'outil de travail mais, in fine, l'enthousiasme l'emporte.

«A chaque projet, nous avons tendance à réinventer le monde». De fait, s'il est quelque chose qui fait peur aux architectes de Nunc, ce serait la raréfaction de leur participation à des concours publics, vu le nombre croissant de candidats. «Le temps de réflexion offert par le concours est sacré ; si ce mode de réflexion venait à être menacé, c'est tout notre fonctionnement qui serait remis en question», souligne Pierre Béout.

«Ou peut-être refaisons-nous le monde à chaque fois car nous ne capitalisons pas suffisamment sur expérience ?», s'interroge Vincent Rey-Millet. Il semble pourtant que s'il y a agence qui confère, via le dialogue, ses lettres de noblesse à la capitalisation, loin des prérogatives des SA, SARL et autres Groupements d'Intérêt Economique, c'est celle-là.

Ou quand la somme des parties excède le tout. Tous pour Nunc.

Emmanuelle Borne

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