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Entretien | O. Decq : «Une variété d'avenirs pour les étudiants de Confluence» (19-03-2014)

Depuis l'annonce le 19 février 2014 de l'ouverture, dès la rentrée prochaine, sous l'impulsion de l'architecte Odile Decq, de 'Confluence', école d'architecture privée à Lyon, des manifestations d'inquiétude se sont fait entendre, notamment via le Syndicat de l'Architecture. Imperturbable, Odile Decq rappelle ici que l'enjeu est la création «d'une école internationale ancrée dans le monde contemporain». 

Education | Lyon | Odile Decq

Contexte 
Dans un courrier datant du 21 février 2014 adressé à la ministre de la Culture et de la Communication, le Syndicat de l'Architecture précise notamment «[s']inquiéter au plus haut point d'un projet qui, à but ouvertement mercantile et élitiste, pourrait mettre à mal tout le système public de notre Enseignement de l'Architecture».
Le Courrier de l'Architecte a recueilli le 10 mars 2014 les réactions d'Odile Decq à ce sujet ainsi que ses précisions quant aux enjeux de ce projet pour une nouvelle école privée, près de cent cinquante ans après la création de l'Ecole Spéciale d’Architecture, en 1865.
Ayant prévu d'accueillir ses premiers étudiants en octobre 2014, Confluence dispose, depuis le 11 mars 2014, d'un site Internet qu'il est possible de consulter à l'adresse suivante : www.confluence.eu
EB

Le Courrier de l'Architecte : Que pensez-vous des réactions qui ont suivi votre annonce à propos de la création de Confluence ?

Odile Decq : Je ne suis pas seule à me questionner sur l'enseignement de l'architecture et à vouloir faire bouger les lignes de l’enseignement de l’architecture. Aujourd’hui, nous sommes quelques-uns à nous lancer dans la création d'une école. Outre Confluence, que j'ai initiée à Lyon, il y a Nigel Coates qui oeuvre en ce sens à Londres pour 2015, ainsi que Toyo Ito à Tokyo et, par ailleurs, l'Université de Stanford travaille à la création d’une école d'architecture en son sein.

Tout ce monde souhaite faire évoluer l'enseignement au regard de la réalité et de la diversité des pratiques de l’architecte. En regardant la composition de l'Advisory board de Confluence*, vous constaterez que nous ne sommes pas du tout isolés mais plutôt totalement connectés à ce qui se passe dans l’enseignement dans le monde.

02(@StudioOdileDecqArchitectesUrbanistes)_S.jpgPlus précisément, comment réagissez-vous quand le Syndicat de l'Architecture parle de Confluence comme d'un projet «à but ouvertement mercantile et élitiste» mettant à mal le système actuel de l'enseignement ?

Je ne vois pas comment je pourrais gagner de l'argent avec un tel projet. Avec Confluence, nous visons une école à l'équilibre et c'est tout. Je pense surtout que le Syndicat ignore la réalité du coût de l’enseignement. A l’Ecole Spéciale d’Architecture, afin de conserver les coûts qui y sont pratiqués, il fallait accroître le nombre d’étudiants et cela se fait obligatoirement au détriment de l’enseignement. Comment voulez-vous faire lorsque les ateliers comptent toujours plus de vingt étudiants et souvent plus de vingt-cinq ?! Partout, au sein des meilleures écoles du monde, le maximum se situe à quinze étudiants par atelier. C’est notre objectif.

Quant à l'aspect élitiste, l'école le sera uniquement par le nombre restreint des étudiants (deux-cent à deux-cent cinquante maximum à terme) afin de pouvoir assurer un enseignement de qualité. Il ne s’agit pas donc pas d’élitisme mais plutôt d’assurer les conditions d’un enseignement de qualité.

Enfin, je ne vois pas pourquoi Confluence mettrait à mal le système de l'enseignement actuel de l'architecture puisque nous travaillons dans le sens de l'évolution même des métiers de l'architecte.   

Dans son courrier adressé à Aurélie Filippetti, le Syndicat de l'Architecture s'inquiète de la présence du promoteur Cardinal comme principal financeur du projet. Confirmez-vous cette information et pouvez-vous nous en dire davantage ?

Non, il n’y a rien à dire à ce sujet sauf à vouloir entrer dans des politiques locales qui ne me concernent pas.

Comptez-vous collaborer avec l'ENSA Lyon?

J'ai pris contact avec elle et, aujourd'hui, les choses sont claires : nous allons coexister et collaborer sur des sujets que nous définirons ensemble. En tout cas, j’ai toujours pensé que les synergies sont plus intéressantes que l'isolement ou les confrontations dans lesquelles les énergies sont gaspillées. Le possible est toujours plus intéressant que l’impossible.

Pourquoi avoir choisi d'implanter Confluence à Lyon ?

Lyon est une ville à portée de la Suisse et de l'Italie et très connectée à l'Espagne par Barcelone. Elle est, par ailleurs, dotée d'un tissu industriel et universitaire très riche et très dense. Or, nous voulons travailler avec les entreprises, les industriels et les autres écoles dans le cadre d'ateliers transdisciplinaires. 

Lyon expérimente et pratique déjà la transdisciplinarité via des relations inter-écoles et les pôles de compétitivité. De plus, les étudiants auront des stages à conduire non seulement en agences d'architecture mais aussi chez des industriels ainsi qu'en laboratoires de recherche et en entreprises, et pas seulement dans des entreprises du BTP.

En fait, nous encouragerons nos étudiants à varier leurs mises en situation professionnelles, à l'image de l'évolution d'un métier qui ne se conduit plus uniquement au sein d'une agence d'architecture.

Par ailleurs, l’enseignement de l’architecture n’est pas un enseignement orienté vers la pratique d’une profession unique mais plutôt l’enseignement d’une discipline qui ouvre à de multiples possibles.

Quid de la HMONP ? Car, a priori, Confluence n'offrira pas d'accès à l'habilitation...

Si l’on considère que l’enseignement de l’architecture n’est pas orienté uniquement sur l'architecte professionnel agissant depuis sa propre agence, il est possible d’envisager toute une variété d’avenirs pour nos étudiants.

Nous étudions actuellement la manière dont ceux de nos étudiants qui le souhaiteront pourront avoir accès à la HMONP.

En tout cas, Confluence délivrera un diplôme d'école à l'instar du diplôme d'école délivré par l'Ecole Spéciale d'Architecture ou encore l'INSA de Strasbourg. Nous avons entamé la procédure afin d'être accrédité en la matière auprès des deux ministères concernés : le ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche et le ministère de la Culture et de la Communication.  

03(@StudioOdileDecqArchitectesUrbanistes)_S.jpgA l'image des études menées en ENSA, la durée du cursus proposé à Confluence sera de cinq ans...

Oui, cinq ans composés de deux cycles de trois et deux ans. Mais chaque étudiant fera son parcours à son rythme et les étudiants pourront intégrer Confluence à partir de toutes les années et non uniquement à partir de la première, sauf en troisième et cinquième années qui sont des années de diplôme. Par ailleurs, nous proposerons des post-master.

Bref, l'enjeu est de former à l’architecture des étudiants venant également d’autres champs disciplinaires et pouvant à terme apporter dans leur exercice professionnel la manière qu'ont architectes d’analyser, de réfléchir et de proposer des solutions. Ceux qui voudront exercer en tant qu’architectes le pourront parfaitement. 

Le Syndicat de l'Architecture dénonce le prix élevé des études dans le cadre de Confluence...

12.000 euros par an, le prix que nous avons fixé, est le prix moyen que coûte un étudiant ingénieur en France à l'Etat, c'est-à-dire au contribuable. Nous avons par ailleurs effectué une étude de marché sur les écoles privées d’architecture en Europe ou celles qui offrent des cursus particuliers. Nous sommes moins chers. Si vous comparez Confluence à l'Architectural Association de Londres, les frais de premier cycle dans cette école s'élèvent à 18.990 livres sterling par an, c'est-à-dire 23.000€**.

Par ailleurs, il est important de savoir que nous travaillons actuellement à la constitution des modalités d’attribution de bourses pour les étudiants.

Lors de l’annonce de la création de Confluence, vous avez souligné que l'école offrira des nouveaux outils «pour permettre aux étudiants d'être en phase avec le monde de demain dans lequel ils vont agir». Quels sont ces outils ?

Tous ceux que l'architecte est amené à pratiquer. Outre des ateliers maquettes, nous serons notamment dotés de machines à découpe numérique, de machines à prototypage et autres robots. La France est le seul pays où les écoles n'ont pas tous ces outils. Notre objectif est de créer ce que nous avons appelé un 'Creative Maker Space'. C’est-à-dire un lieu où l’étudiant pourra expérimenter en trois dimensions et à toutes les échelles.

De plus, chaque étudiant aura un enseignant référent qui l'accompagnera durant toutes ses études et l’aidera dans tous ses choix d’orientation. Cela aussi a un prix.

Avec Confluence, nous concrétisons un projet longuement mûri, que j'avais commencé à réfléchir déjà avant d’être élue directeur de l'Ecole Spéciale d'Architecture, et qui a été depuis constamment enrichi par les enseignements que j’ai fait à l’international, dans différents pays et via les nombreux voyages et rencontres en matière d'enseignement dans les meilleures écoles du monde.

Propos recueillis par Emmanuelle Borne

* Conseil consultatif composé notamment, pour ne citer que les architectes, de Hitoshi Abe, Sir Peter Cook, Peter Eisenman, Anna Heringer, Anupama Kundoo, Eric Owen Moss, Monica Ponce de Leon, Jacques Sautereau, Kazuo Sejima, Carin Smuts, Benedetta Tagliabue, Georges Teyssot et Sarah Whiting.
** A l’ESA pour l’année universitaire 2014-2015, les frais de scolarité des 1ère, 2e et 3e années sont de 8.000€ par an. Les frais de scolarité des 4e et 5e années sont de 8.400€ par an. NdA. (source : le site de l’ESA).

Réactions

Patient | urbaniste | Occitanie | 18-07-2017 à 19:14:00

Où que ce soit l'espace est complexe et fragile. Faire et ne pas faire sont les questions de l'architecture, de l'aménagement, et de la construction. Pour y répondre il faut beaucoup d'observation, de rêve, de créativité. Cultiver l'approche et l'éloignement du sujet traité, savoir être en accord autant qu'être en avance. Une école neuve suscite l'enthousiasme, l'esprit en mouvement, des soutiens qui ne vous lâchent pas. Idéal.

pasdup | archi | paca | 20-03-2014 à 18:02:00

Cette orientation favorise l'élitisme et révèle le désengagement du CNOAF pour tout ce qui concerne la défense de la profession. L'architecture est reconnue d'intérêt public et ne peut être enseignée par des marchants de rêves qui sont en fait de réels spéculateurs. Donner aux Ecoles d'Architecture Publiques les moyens qui leurs sont nécessaires pour parfaire l'enseignement et arrêter de faire croire que l'enseignement privé sera meilleur.
L'ETAT doit être garant de la formation et s'opposer à de tels projets mais le privé est à la mode, le CNOAF doit être profondément réformé car cette instance n'est plus représentative de la profession, l'UNSFA ne sait pas réagir à la paupérisation de la profession.
Madame, votre projet n'a pas sa place dans la formation et la production de l'architecture. Son seul but est le profit.


casimir | étudiant enta | 20-03-2014 à 16:37:00

si cela permet d'insuffler une nouvelle dynamique dans les écoles d'état, je pense que le projet mérite d'être soutenu.

patoche | ingenieur nasa | rhone alpes | 20-03-2014 à 12:19:00

Merci beaucoup madame "je bosse avec des stagiaires"

Gaëlle | Directrice commerciale | IDF | 20-03-2014 à 09:04:00

De vrais outils, de très bons enseignants, une classe peu chargée et un cadre tout frais, tout clair et tout neuf....un accès aux boursiers en cours de réflexion, que reproche-t-on exactement à cette nouvelle école ? Le syndicat a peur de tout, en réfère aussitôt au Ministère, mais ce n'est pas ça qu'il faut faire. Il devrait mener une véritable action au bénéfice des écoles qui existent déjà, pour que les mêmes équipements y soient mis en place....ah bon, ce serait trop cher ? Et cela ferait monter le prix de la scolarité à combien ? ;-)

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