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Visite | A l'hôpital Jean Mermoz, l'homme n'est pas une zone technique à réparer (28-10-2010)

L’Hôpital Privé Jean Mermoz à Lyon a été livré le 10 juin dernier. Le projet, dont Françoise Jourda est lauréate en 1998, comprend trois bâtiments : la Maison Médicale, la Clinique et L’Institut d’Oncologie. Haute technologie et hébergement 'apaisés' témoignent ici des nouvelles relations qui s'instaurent entre centres hospitaliers et patients. Découverte.

Développement durable | Bâtiments Publics | Santé | Lyon | Françoise-Hélène Jourda

"Quand j'ai gagné le concours de l"Hôpital Privé Jean Mermoz en 1998, j'étais la seule à n'avoir jamais construit d'hôpital", se souvient en riant Françoise Jourda quelques jours avant la livraison de l’un des établissements privés les plus importants de France en termes de capacité puisqu'il dispose dès son ouverture (en septembre 2008) d’une capacité de 420 lits et places. "Il faut croire que j'apportais des solutions ; en tous cas, c'était un sujet qui m'intéressait", poursuit-elle.

Certes, elle n'avait jamais construit d'établissement hospitalier mais, en tant que lyonnaise et architecte, elle ne pouvait ignorer ni l'importance historique des hôpitaux à Lyon, tant en terme de soins que d'économie, d'urbanisme et d'architecture (l'Hôtel-Dieu fut construit au 12ème siècle), ni le vaste projet de restructuration des hôpitaux (publics et privés) amorcé par Michel Noir en 1993, développé ensuite par Raymond Barre et poursuivi par Gérard Collomb devant aboutir, à l'horizon 2015, à un paysage hospitalier lyonnais totalement transformé*. Notons ainsi, par exemple, que le futur hôpital Femme-Mère-Enfant a été conçu par Adrien Fainsilber et que c'est Christian de Portzamparc qui a été choisi pour la rénovation-extension de l’hôpital de la Croix-Rousse.

Françoise Jourda savait également que l'excellente réputation médicale des services hospitaliers publics lyonnais était pondérée par une qualité d'accueil qui laissait à désirer. C'est en effet dans ce cadre qu'a été imaginé, avec un projet médical ambitieux, l’Hôpital Privé Jean Mermoz puisqu'il est issu du regroupement des trois établissements lyonnais de la Générale de Santé, (SCI de l'Europe, maître d'ouvrage), que sont la Clinique Jeanne d’Arc, la Clinique Sainte-Anne Lumière et la Clinique Saint Jean.

"Je tenais à ce que le patient soit au centre du projet", explique l'architecte. "L'homme, dans son ensemble, ne peux se réduire à une pathologie, le malade n'est pas une zone technique à réparer". Des arguments opportuns donc qui ont visiblement séduit et dont témoigne aujourd'hui l'architecture. Et si la qualité de l'accueil et de l'hébergement était un axe essentiel, Françoise Jourda a atteint son objectif puisque, en 2005, un journaliste lyonnais assurait à ses lecteurs que l'hôpital comptait, en sus des éléments connus du programme, un... hôtel. Une erreur de bonne foi sans doute tant les deux derniers niveaux destinés à accueillir les patients hospitalisés, conçus sous forme de pavillons en bois reliés en continu, entourés de terrasses plantées et aux vues savamment cadrées, ont des ambiances et des airs de chalets suisses, propres à faire oublier, même durant une visite de presse, que nous sommes dans un hôpital. Ce que Françoise Jourda appelle un "hébergement apaisé".

02(@FH.Jourda)_S.jpgIl est intéressant de noter à cet égard que la notion de développement durable, en 1998 à l'heure du concours, n'était certainement pas une contrainte imposée par le maître d'ouvrage mais bien une proposition liée aux convictions de l'architecte. Dit autrement, c'est le projet qui a séduit, non le fait que ces derniers niveaux soient en bois. Le maître d'ouvrage peut s'en féliciter aujourd'hui, d'autant plus que l'architecte avait d'ores et déjà prévu deux espaces d'extension que le mode de conception retenu a permis de réaliser aisément.

L'enjeu essentiel du projet était d'articuler des activités médicales autour des pôles d’excellence et des références qui avaient fait la notoriété des trois cliniques regroupées dans cet établissement, soit d’une part le traitement du cancer (notamment quatre bunkers de radiothérapie, un bunker de curiethérapie, chimiothérapie) et l’ensemble des modalités de sa prise en charge et, d’autre part, l’ensemble des autres activités chirurgicales (hormis la maternité) et, en particulier, toutes celles touchant aux pathologies liées à l’appareil locomoteur (21 salles de blocs opératoires, un plateau d’imagerie complet (scanner, IRM, etc.), un service de dialyse, etc.). Enfin, une 'Maison des Consultations' était prévue pour 52 cabinets de consultations spécialisés ainsi qu'une crèche pour les enfants du personnel.

"C'est un projet hyper simple dans son parti", assure Françoise Jourda. "Le projet est né de l’analyse minutieuse du programme et de la recherche de la logique interne du bâtiment qui ont fondé l’organisation fonctionnelle et l’architecture du projet. Un bâtiment hospitalier comporte des unités fonctionnelles à la fois liées, car indispensables les unes aux autres, et indépendantes car les activités qui s’y déroulent sont différentes ; la relation au patient, au consultant, y est autre. Le projet exprime aussi la dualité et la complémentarité entre la "haute technologie" de la médecine et l’humanité de la relation avec le patient et ses proches. D’où un projet de bâtiment très stratifié : à chaque étage, sa fonction son ambiance, donc son architecture", dit-elle.

Cette stratification horizontale s'accompagne d'une découpe des fonctions en trois bâtiments distincts. Sur la rue, la 'maison médicale' est un bâtiment tertiaire en verre sérigraphié dans lequel on pénètre via un vaste atrium. Ainsi, un patient pourra aller consulter son médecin sans 'aller à l'hôpital'.

03(@FH.Jourda)_S.jpgAu rez-de-chaussée "très clair et très ouvert" de la clinique, se trouvent tous les services en contact avec l’extérieur et, peut-être surtout, avec la ville. Situé au coeur du quartier "Mermoz", en bordure de l’avenue prolongeant directement l’autoroute de Grenoble et du boulevard périphérique Laurent Bonnevay, la clinique de l'hôpital Jean Mermoz traduit en effet les nouveaux liens entre un centre de soins et son environnement urbain (l'hôpital est inséré dans le tissu urbain, quitte à le redéfinir et non plus isolé comme une entité indépendante du contexte) et les nouvelles relations entre le patient/usager/client et le médecin.

Au deuxième niveau de la clinique (au dessus d'un entresol dédié aux bureaux de l'administration) est localisé le "plateau technique", c’est-à-dire tout l’équipement médical et les urgences. "L'aspect haute technologie est souligné par la peau extérieure en feuilles d’inox vissées", précise Françoise Jourda. Au dessus, l'hébergement donc, dont le bois, qui deviendra gris au fil du temps, offrira une nuance de ton à l'inox. Le porte-à-faux du deuxième niveau ajoute encore de la légèreté à l'ensemble tandis que le contraste entre le plateau technologique et la logique des pavillons en bois accentue encore, quand on atteint ces derniers, le sentiment de dépaysement.

04(@FH.Jourda)_S.jpgEnfin l'institut d'oncologie et les 'bunkers' de chimio sont dans un troisième bâtiment, en fond de parcelle. Là, les premières strates sont en pierre de taille, "ancrées" dans le sol. D'une part, parce que les 'bunkers' de chimio requiert des murs jusqu’à 1,70m d’épaisseur mais parce qu'ici plus qu'ailleurs, la posture massive du bâtiment est destinée à rassurer, à protéger. Les pavillons au sommet de l'édifice adoucissent le poids de ces 'fondations'

Les trois bâtiments possèdent leur entrée et accueil propres, le bâtiment de l’Institut de Cancérologie et la Maison des Consultations étant reliés au Centre Médico-Chirurgical (la clinique) par des passerelles bleues tout droit issues de Star Trek : un couloir dépouillé, des hublots, la sensation d'être suspendu, au sens propre, au-dessus du sol mais aussi dans le temps. Le passage d'un bâtiment à l'autre et d'un univers à l'autre, est ainsi souligné.

Enfin, la lumière est amenée au centre de ce bâtiment de 70m de large par deux patios (hélas inaccessibles). Le premier, vaste puits de lumière en verre de couleurs sérigraphié et planté, offre de la profondeur aux accès 'publics' (restauration, accueil de la clinique, etc.) du bâtiment. Le second, trapézoïdal, accueille le jardin de la crèche, le troisième, au cœur de l’imagerie, couvert de plantes fleuries sur des caillebotis de bois, offrent des vues étonnantes sur les pavillons d'hébergement, faisant aisément oublier, en troublant les perceptions, l'immédiat environnement médicalisé. Les différentes terrasses plantées offrent d'ailleurs une fonction similaire ; dans une chambre de 18m², tout en bois donnant sur des balcons fleuris qui bordent une terrasse plantée, il est difficile de 'sentir' l'hôpital.

"L’Hôpital Privé Jean Mermoz sera une référence pour sa proximité, son inscription dans le renouveau de la ville de Lyon et pour l’attractivité de ces différents pôles d’excellence. Il sera à la fois le point de rencontre des soins de proximité et le point de convergence des principaux réseaux de soin de la région", assure le maître d'ouvrage. Nul doute en effet que ce bâtiment de Françoise Jourda ne prenne toute sa place dans l'histoire séculaire des hôpitaux de Lyon.

* Lire à ce sujet l'excellent article de Stéphane Autran, Pierre-Alain Four, Sylvie Mauris-Demourioux et Cédric Polère publié à l'automne 2007 sur www.millénaire3.com

Christophe Leray

Fiche technique :

Etablissement hospitalier : Centre Médico-Chirurgical, Maison des Consultations, Institut de Cancérologie
Maîtrise d'oeuvre : Jourda Architecte et Coteba co-traitants (COTEBA mandataire)
Surface Centre Médico-Chirurgical : 25.700m²
Institut de Cancérologie: 3.500m²
Maison des Consultations : 3.200m²
Surface totale : 32.400m²
Coût de construction : 58 Millions d’euros
Achèvement prévu : Septembre 2008
Maître d’ouvrage: SCI de L’Europe
Maison des Consultations : 52 cabinets de consultations spécialisés
Centre Médico-Chirurgical : Blocs opératoires, (21 salles), un plateau d’imagerie complet (scanner, IRM, etc.), un service de dialyse, les hébergements etc.
Institut de Cancérologie : 4 bunkers de radiothérapie, 1 bunker de curiethérapie, chimiothérapie.

AMO : BETOM
VRD : Appia
Paysage : Duc et Preneuf

Cet article est paru en première publication sur CyberArchi le 25 juin 2008.

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