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Présentation | Paul Le Quernec, manifestement (19-02-2014)

Paul Le Quernec a encore frappé ! En septembre 2013, l’architecte trentenaire a livré le centre socio-culturel Jean Wagner à Mulhouse (68), un bâtiment dont le volume disloqué nargue une fois de plus les sages parallélépipèdes. Pas un caprice pour autant puisque cet «origami» géant répond à la volonté de la ville de réaliser une architecture «manifeste».

Bâtiments Publics | Culture | Haut-Rhin | Paul Le Quernec

«Le maître d'ouvrage, la ville de Mulhouse, souhaitait pour ce projet, qui formait la cerise sur le gâteau en venant clore une opération ANRU, un bâtiment manifeste à plus d'un titre», précise l'architecte Paul Le Quernec au Courrier de l'Architecte, à propos de ce projet de 1.250m².

L’un des enjeux était donc de «montrer qu'il est possible de réaliser une architecture originale tout en respectant des objectifs thermiques et les normes», fait écho Christophe Rauber, conducteur d'opérations du projet pour la ville. Autrement dit, le centre socio-culturel Jean Wagner de Mulhouse est la démonstration que BBC et HQE ne riment pas avec boîte hermétique.

Paul Le Quernec eut doublement du flair lorsqu'il conçut ce volume «tout droit sorti d'un crash test», à l'occasion d'un concours organisé en 2008. «Cette forme est aussi une réponse à une tension urbaine qu'il ne faut pas nier», précise-t-il. Dit de façon policée, la ville attendait, outre une performance énergétique, un bâtiment «dynamique», jouant un rôle «fédérateur à l'instar d'une église dans un village»...

... «A la différence que le centre socio-culturel réunit non pas des croyants mais des gens qui croient à la force fédératrice du bâtiment, d'où une forme qui traduit l'énergie intérieure». Mission accomplie en ces angles aiguisés. De fait, obtenir des performances élevées en matière d'étanchéité à l'air fut un véritable casse-tête.

02(@11h45)_B.jpgTout en soulignant les bons résultats obtenus en la matière, Paul Le Quernec ne cache pas la complexité du chantier, qui nécessita entre autres la définition d'un macro-lot pour l'enveloppe «afin de ne pas diviser les responsabilités en cas de défaillance». D'évoquer également cet entrepreneur, chargé de couler un escalier en béton doté d'un imposant porte-à-faux, qui avait refusé de décoffrer l'ouvrage par crainte du résultat.

In fine, les étais furent retirés sans dommage et, surtout, les travaux auront duré trois ans.

Christophe Rauber parle d'une opération «épique» et précise qu'en l’occurrence il fut impossible de conduire l'éxé au fur et à mesure du chantier «Nous avons repris les études en cours de chantier pour mettre au point des détails techniques».

La complicité du conducteur d'opérations, architecte de formation fut, à ce titre, déterminante afin que les angles expressifs conçus par Paul Le Quernec voient le jour sans dépassement de budget. C'est-à-dire moins de 2.000 euros HT le mètre carré.

Quid d'un manifeste urbain ? «Depuis qu'il est livré, le bâtiment n'a subi aucune trace de vandalisme», s'enorgueillit Paul Le Quernec. «Ouvert depuis septembre 2013, le centre socio-culturel fonctionne à plein mais il est encore trop tôt pour dire s'il remplit son rôle fédérateur au sein du quartier», nuance le représentant du maître d'ouvrage.

03(@PaulLeQuernec)_S.jpgQuoi qu'il advienne, «j'ai fait ce que je crois qu'il fallait faire à cet endroit-là». Malgré les apparences, Paul Le Quernec - dont la préférence va aux bâtiments «ondulants» (voir la crèche de Sarreguemines livrée en 2011 -) - a estimé que le site appelait un bâtiment à l'image «d'un chat qui se débat pour sortir d'un sac». Que faire en effet d'une parcelle de 800m² où le programme n'entrait qu'au chausse-pied ?

«Nous avons rempli ce rectangle de 20X40 mètres au rez-de-chaussée comme on bourre un sac de couchage dans sa housse puis, à l'étage, nous avons débordé. En fait, la surface de l'étage étant inférieure à celle du rez-de-chaussée, cela a permis au bâtiment de s'exprimer». Selon de strictes règles géométriques.

«Comme à Sarreguemines, la règle de composition du centre socio-culturel de Mulhouse se résume en une ligne. Ici, le programme du rez-de-chaussée est contenu dans deux carrés rigoureusement alignés sur la trame urbaine tandis qu'à l'étage, ces deux carrés se tordent pour échapper à l'emprise du foncier et faire écho à l'orientation des barres HLM voisines. Une équation d'étudiant».

04(@11h45)_S.jpgUne fois habillé, le volume est, de fait, paré d'une enveloppe froissée. Elle-même composée d'écailles en zinc pré-patiné pliées in situ sur des façades en bois avec ouate de cellulose insufflée cernant un noyau en béton et une charpente métallique.

Une tautologie, la tuile en zinc pour ce bâtiment «reptilien» ? A l'origine, Paul Le Quernec avait imaginé des surfaces immaculées car «la forme se suffisait à elle-même».

Mais le quartier appelait un matériau plus robuste. «Vu le budget, sachant que nous avions d'emblée évacué le choix d'une tôle ondulée, restait soit un zinc naturel gris ou alors un zinc pré-patiné noir». Selon l'architecte, le choix du premier, «sorte de parpaing au milieu de la banlieue», aurait été «injurieux».

Alors des écailles noires. Sous lesquelles l'architecte a joué, sans surprise pour qui connaît ses appétences, de couleurs vives et d'espaces monochromes, sol, mur et plafonds puisant leurs teintes dans le même RAL. Aux circulations orangées succèdent, pour les «amortir», des salles à la blancheur immaculée.

Dehors, pour l'entrée, l'architecte a remplacé l'orange par un fuchsia. Noir et orange, le mariage aurait été, juge-t-il, «trop éculé». In fine, le centre socio-culturel Jean Wagner est le manifeste d'un architecte autant que celui d'une ville.

Emmanuelle Borne

05(@11h45).jpgFiche technique :

Nom du projet : Centre socio-culturel de Mulhouse, dit 'Origami'
Maître d’ouvrage : Ville de Mulhouse
Architecte mandataire : Paul Le Quernec
Chef de projet : Fabrice Wianni & Benjamin Ringeisen
Equipe de maîtrise d’oeuvre : BET structure : HN ingénierie / BET fluides : Jost / Economiste & OPC : E3 Economie / HQE : Liermann
Surface : 1.250m²
Coûts de travaux : 2.444.000€ HT
Délais travaux : 36 mois
Calendrier : Concours : septembre 2008 / Début des travaux : septembre 2010 / Livraison : septembre 2013

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