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Visite | Marjan Hessamfar et Joe Vérons, pupilles pour pupilles (05-02-2014)

Accueillir des enfants provenant de situations familiales difficiles, c'est ouvrir les yeux, parfois, sur de sombres réalités. Marjan Hessamfar et Joe Vérons architectes associés ont livré en décembre 2013, Porte des Lilas, dans le XXe arrondissement de Paris, un nouveau centre d'accueil d'urgence. Le parti, tout en finesse, se veut lumineux, stable et donc rassurant. 

Education | 75020 | marjan hessamfar & joe vérons

Porte des Lilas, les agences Chartier-Dalix et Avenier-Cornejo ont réalisé un coup de maître, un foyer pour jeunes travailleurs et pour migrants. Le parti, sombre et élégant, tout de briques, capte l'attention. Par delà, un autre édifice, aux lignes plus modernes, semble comme éclipsé.

A la rectitude des volumes et à la blancheur des masses, correspond vraisemblablement un idéal rassurant fait de stabilité et de lumière plus approprié au programme d'un orphelinat.

«Ce nouveau centre d'accueil d'urgence (CAU) veut donner aux enfants un soutien matériel, éducatif et psychologique», affirme Marjan Hessamfar lors de la visite de presse à la Maison d'accueil Eleanor Roosevelt, le 9 décembre 2013.

02(@Jean-Marc EMY)_B.jpgAuparavant situé au sein de l'Hôpital Saint-Paul sur un site désormais inadapté à l'accueil, le CAU a donc été transféré dans une structure totalement indépendante. «Les enfants de zéro à dix-huit ans y sont accueillis pour une période minimale de quelques heures jusqu'à 18 mois maximum», explique l'architecte.

L'agence Hessamfar et Vérons, lauréate en 2010 du concours lancé par la ville de Paris, ont dû affronter nombre de défis. D'abord, «un programme dense qui devait être réalisé en 15 mois seulement», explique-t-elle. Puis, «un coeur d'îlot orienté au nord, loin d'être avantageux pour l'éclairage», précise Marjan Hessamfar.

En guise de solution architecturale, la sculpture, ou presque. «Nous avons creusé la forme du bâtiment en fonction de la lumière. Nous avons conçu un bâtiment en L équipé de deux patios et, coté nord, de terrasses aux dimensions variables selon l'étage», souligne-t-elle. Sur les façades sud, est et ouest, des brise-soleil filtrent la lumière et «protègent des regards indiscrets».

Ni maison, ni orphelinat, les architectes préfèrent parler d'un «hôtel particulier». «Les petits doivent s'y sentir à l'aise et protégés». Aussi, les intérieurs sont particulièrement lumineux, l'atmosphère est chaude et cosy.

03(@Vincent Fillon).jpg «Chaque niveau, dont les espaces sont organisés selon un programme sur-mesure, accueille une 'tranche d'âge'», explique Marjan Hessamfar. Les plans sont alors tous différents l'un de l'autre, modulés selon les nécessités de dimensionnement des chambres et des espaces récréatifs. Au cinquième étage, trois logements de fonction accueillent une partie du personnel qui doit être présent jour et nuit.

La gestion technique du passage des fluides et du désenfumage a donc été «un vrai casse-tête !», admet l'architecte. «Les équipements techniques sont décalés à chaque niveau. De fait, les hauteurs sous plafond varient d'une pièce à l'autre», précise-t-elle.

Les enfants vivent ainsi sur chaque étage comme s'ils étaient dans une maison. Ils partagent des espaces communs et, parfois, selon leur âge, la chambre à coucher. Les repas, préparés en sous-sol, dans la cuisine, sont consommés dans les salles à manger de chaque niveau. «L'effet proposé n'est pas celui d'un réfectoire aseptisé», explique l'architecte. «Les enfants doivent se sentir comme dans un foyer familial».

04(@Vincent Fillon).jpgLes espaces de circulation sont, en tous points, généreux et modulables. «Les passages deviennent des lieux de rencontre. La possibilité de modifier le positionnement des murs permet également de changer, à l'avenir, la distribution des espaces», précise l'architecte. Pour échapper encore une fois à l'«effet prison», les chambres, aux dimensions généreuses, ne sont pas classifiées par numéro mais par couleur. Les têtes de lits sont peintes de la même tonalité que les portes, permettant ainsi aux enfants de retrouver facilement leur lieu de vie.

La qualité d'un projet se cache derrière les détails. Les meubles conçus sur mesure pour chaque chambre et le système de signalétique, composé de pictogrammes ludiques, témoignent de l'engagement de Marjan Hessamfar et Joe Vérons.

Le duo ne nie pas non plus les difficultés conceptuelles. «Nous ne devions ni trop protéger les enfants ni négliger notre mission. Plusieurs rencontres avec des éducateurs ont été nécessaires afin de nous ouvrir les yeux sur la réalité vécue par ces enfants, pour bien comprendre leurs besoins et leur état d'esprit», poursuit-elle.

Les yeux ouverts donc, la Maison d'accueil Eleanor Roosevelt.

Caterina Grosso

Fiche technique

Maîtrise d'ouvrage : Ville de Paris
Maître d'oeuvre : Marjan Hessamfar et Joe Vérons Architectes mandataires
Lieu : Paris XXe
SHON : 6.225m²
Budget : 16.570.000€ HT (dont 500.000€ pour le mobilier)

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