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Diplôme codirigé avec José morales et Jacques sbriglioDiplôme codirigé avec José morales et Jacques sbriglio

Entretien | Rémy Marciano et le territoire de l'enseignement (30-01-2014)

Nombreux sont les étudiants à, aujourd’hui, opter pour des projets à grande échelle : études urbaines, analyses territoriales... Et ce, en six mois. Contre toute attente, Rémy Marciano, architecte et enseignant à l’ENSA Marseille, oblige un travail à double échelle. «Nous sommes dans le processus et non dans le master-plan», assure-t-il. Explications.

Vie étudiante | ENSA Marseille | France | Rémy Marciano

Le Courrier de l’Architecte : Pourquoi enseigner ?

Rémy Marciano : Sans doute une vieille tare familiale. Le bagage psychologique mis de côté, l’école permet une introspection sur la discipline architecturale. L’enseignement est une autre façon de questionner les thématiques mais aussi les programmes pour mieux les expliquer et les décortiquer en vue d’inscrire le projet dans une compréhension et une analyse de la ville. Au-delà, il s’agit d’explorer les dimensions théoriques du projet.

Enseignement et pratique, l’un nourrit l’autre ?

Je vois l’enseignement comme un complément. Il nous permet de faire ce que nous n’avons pas forcément le temps de réaliser en agence. C’est, en somme, un exercice intellectuel qui nous permet l’expérimentation.

Au fur et à mesure des années et en fonction des semestres, il nous faut trouver la bonne pédagogie. Nous testons aussi des programmes, par exemple. Ce sont, finalement, autant d’exercices qui sont comme les gammes d’un instrumentiste.

02(@MarieBroschParez)_B.jpgDiplôme codirigé avec José morales et Jacques sbriglioQu’apporte l’enseignement au praticien ?

J’enseigne depuis 2005, soit depuis presque neuf ans. Je le vis comme quelque chose de positif qui ouvre des horizons. L’enseignement a sans doute amélioré ma capacité à transmettre, à échanger. Il nous faut aussi rester dans la dimension de l’imprécision qui est, je pense, très importante. Il y a un vrai apport mutuel entre ces deux pratiques.

Quel thème pour l’enseignement ?

Je suis responsable du dernier semestre, du S10, et je choisis mes sujets en restant dans le cadre du thème 'métropoliser'. Nous échangeons beaucoup à ce sujet avec José Morales qui enseigne aussi à Marseille.

Nous proposons un exercice à l’échelle territoriale et à l’échelle de l’édifice. Cette année, nous allons réaliser avec les étudiants un travail sur Marseille-Aix et nous en préparons un autre sur Naples. Nous souhaitons les amener vers une réflexion territoriale autant sur les modes de déplacements que sur les rencontres possibles. A titre d’exemple, la création du GR2013 à travers Marseille a été une chance incroyable.

A Naples, le but sera de s’approprier l’espace public. D’aucuns y trouvent des églises désaffectées transformées par exemple en atelier de menuiserie. Il y a là une idée d’appropriation et de transformation d’un lieu de vie qui pose comme question, en fin de compte, la manière dont chacun aborde la ville à l’échelle du territoire et à l’échelle du l’humain.

03(@DR).jpgUn programme pour tous ?

Chaque étudiant invente son programme et son projet. C’est, au final, le projet de diplôme qu’ils soutiennent.

Le programme est, toutefois, une question que nous leur préparons. Nous leur donnons un cadre de travail. Prenons le cas de Naples. Il y a une telle densité que nous n’allons pas réinventer ou redensifier la ville. Nous voulions au contraire que les étudiants aient un regard sur le littoral ou le nouveau métro. Chacun dispose ensuite d’une liberté de lieu et d’étalement. Nous partons en repérage et ciblons des sites, comme des friches industrielles par exemple.

L’échelle territoriale est-elle appropriée pour un diplôme ?

A mes yeux, il est important qu’il y ait cette double échelle. C’est elle qui amène à choisir l’emplacement du programme. Il faut pouvoir être force de proposition en ville. N’oublions pas la réalité et qu’il y a si peu de marge avec un programme de promotion privée. Au final, un projet se résume rapidement à des ouvertures dans une façade. Aussi, les architectes doivent être force de proposition. Autant donc commencer en étant étudiant.

Par ailleurs, en lisant le règlement de la plupart des écoles, l’échelle territoriale est imposée. Elle me parait pertinente même si l’intervention à cette échelle doit être légère. Elle est, à mes yeux, essentielle pour justifier un positionnement. A titre personnel, j’adopte cette attitude. Sur une parcelle donnée, je tente toujours de faire un projet 'urbain’ ; j’entends par là, me faire une idée de la parcelle par rapport à la ville.

A l’échelle du territoire, nous sommes dans le processus et non dans le master-plan. Nous nous sommes parfois embarqués avec certains étudiants dans des dessins de quartier et nous nous sommes essoufflés. Aujourd’hui, nous limitons les interventions des étudiants. Après un mois et demi de travail à l’échelle territoriale, nous en arrivons très vite à l’échelle du bâtiment.

04(@ChristophePique)_S.jpgSix mois pour un diplôme, est-ce suffisant ?

Six mois doivent être suffisants. Cela impose une radicalité et une forme d’efficacité. Cela oblige, dans une certaine mesure, la concision. Les étudiants fonctionnent d’abord à l’intuition, puis le voyage apporte une autre dimension. Si nous accordions plus de temps, alors là, oui, nous tomberions dans l’écueil de l’étude urbaine.

Est-il pertinent de travailler sur des sujets éloignés de son propre territoire ?

Nous travaillons sur Marseille. L’année passée, j’ai amené les étudiants à réfléchir sur les grands ensembles de la ville et sur un périmètre de Marseille, 'hors centre’. Il s’agissait alors d’imaginer les relations entre les grands ensembles et les vides du territoire marseillais. Un groupe d’étudiants a mené, par exemple, toute une réflexion sur la L2, une rocade de Marseille. Ils ont imaginé un territoire agricole qui irrigue la ville. Bref, il est certain que nous devons travailler sur Marseille. Pour autant, les autres villes nous permettent d’appréhender la nôtre différemment.

Quel bilan pour la HMO ?

La HMO est compliquée dans un contexte où il y a peu de travail et peu de places. Aussi, trouver une bonne place est très difficile. De leur côte, les jurys ont trop d’attente ; tout dépend tellement de là où le jeune architecte tombe. La formation repose sur la structure de l’agence ; or, une agence n’est pas forcément capable d’assurer cette formation et six mois sont, pour le coup, relativement courts.

Mon bilan est mitigé. Ceci dit, le vrai problème n’est pas au sein de l’école car nous pouvons toujours, à ce niveau, agir et parler du métier. En revanche, les places en agence sont rares. In fine, peu nombreux sont les diplômés à proposer un beau regard sur le métier à la fin de la HMO...

Propos recueillis par : Jean-Philippe Hugron

05(@HugoMaurin)_B.jpgDiplôme codirigé avec José morales et Jacques sbriglio  

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