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Visite | Naud & Poux, les bonnes recettes (08-01-2014)

Aujourd'hui, qui n'est pas sans regarder ailleurs avec, en tête, l'éternelle interrogation du pourquoi pas ici ? C'est donc à partir d'une générosité somme toute «septentrionale» que le duo Naud & Poux a livré, à l'automne 2013 à Massy (91), une résidence pour étudiants «conviviale» de 179 logements.

Logement collectif | Massy | Naud et Poux

Une ZAC à Massy... Oh !

Roulant en mini-bus à travers banlieues, les journalistes conviés admirent depuis l'autoroute un paysage de pylônes et de champs de betteraves, de stations services et de Buffalo de Bruxelles. «La dernière ville avant le plateau de Saclay !». Brr... Alors, la ZAC, en bout de course...

Surprise ! Certes, une ZAC en bonne et due forme. Chacun y a, comme convenu, droit à son morceau de bravoure, tous isolés les uns des autres, sans doute à cause d'un hygiénisme forcé, à moins d'une peur de l'incendie, d'un Portzampisme aveugle... A cause, peut-être, de l'économie du projet ?

Bref, la ZAC dans sa splendeur. Mais ici, en apparence, une belle cohérence. In fine, les exercices de styles, pour la plupart, surprennent et leurs volumétries s'harmonisent autant que faire se peut.

02(@SergioGrazia)_S.jpgBref, ni jaune citron, ni rouge cerise, ni vert combava... Une ZAC reposante ! Encore que, un casse-tête pour les architectes des derniers lots. Parmi eux, l'agence Naud & Poux.

«En arrivant les derniers, nous récupérons une contrainte de macro-lot. Ce sont des contraintes de système de plateau de référence», assure Luc Poux. En d'autres termes, une arithmétique savante articulant porosité et droits à construire. «Une jonglerie invraisemblable», surenchérit-il.

«Tout devait initialement faire cinq étages. C'était un peu rude. Le maire ne souhaitait pas plus de densité. Descendre de deux niveaux signifient donc pouvoir monter de deux niveaux», explique Dominique Peter-Muller, urbaniste de la ZAC.

Aussi, par exemple, une terrasse en R+1 a été créée au centre de l'ensemble. «Si nous ne l'avions pas construite, nous ne construisions pas le plot voisin», note Luc Poux. In fine, la nécessaire structure n'est pas sans utilité et propose un abri extérieur, côté jardin, en plus de permettre quelques centaines de m² constructibles supplémentaires.

«Nous voulions que cette résidence étudiante présente des espaces communs qui ne soient pas des couloirs ; la question que nous avions posée portait sur la manière de créer de la sociabilité», se souvient Dominique Peter-Muller.

«Nous avons donc organisé le projet autour de coursives qui sont autant d'espaces de convivialité», reprend Elizabeth Naud. Pour ce faire, chaque logement, au lieu de disposer d'une simple porte d'entrée, bénéficie d'une double porte ouvrant généreusement la cuisine sur l'extérieur : «la coursive n'est pas un simple dégagement», souligne l'architecte. Voilà un ingénieux dispositif.

03(@SergioGrazia)_S.jpgToutefois, de la théorie à la pratique, reste à voir. L'intention est là, belle et bien généreuse. A chacun désormais d'en saisir l'opportunité ; l'hiver n'étant pas à même d'offrir quelque démonstration.

Il y a certes, dans l'imaginaire des architectes, les modèles belges, hollandais ou encore danois. Quid de l'application de ces bonnes idées septentrionales ? La France ne semble pas plus à même d'offrir, là non plus, quelque démonstration. Question de culture.

Et pour cause, fait symbolique, un oculus sur chaque porte d'entrée. «Nous voulions que les étudiants s'approprient cet oculus, que chacun y mette un rideau, un dessin, un poster pour s'identifier. En fin de compte, cette appropriation leur a sans doute posé problème et nous avons du poser un film opalescent», explique Luc Poux. Bref, la pudeur à l'heure de la webcam.

L'ensemble est composé de cinq entités. La première, le long du mail Ampère et de la rue Léonard de Vinci, les quatre autres derrière, côté jardin, dont trois sous la figure de «plots, métaphores de l'arbre».

04(@SergioGrazia)_S.jpgDisposition sans parallélisme, «leur positionnement répond à une poésie», assure Elizabeth Naud. Du béton plutôt que du bois ? «Le bois ? Une réponse trop évidente !», rit-elle.

Au sommet de chaque plot, des terrasses accessibles. Au pied de chaque plot, un jardin accessible. «Nous avons travaillé avec le même paysagiste, David Besson-Girard, que l'opération de logements voisine conçue par Christian Hauvette», indique la femme de l'art.

Bref, de pied en cap, un projet cohérent, un peu loin, peut-être, du (manque de) savoir-vivre hexagonal ? En effet, l'importation de concepts, aussi conviviaux soient-ils, risque de se heurter à la culture locale. Au moins, Naud & Poux ont-ils pris le parti, assumé, qu'une résidence étudiante ne doit pas être une simple accumulation de cellules.

Jean-Philippe Hugron

Fiche technique

Lieu : Massy (91)
Maîtrise d'ouvrage : Interconstruction, pour le compte d'Opievoy
Gestionnaire : Fac Habitat
Equipe de maîtrise d'oeuvre : Elizabeth Naud & Luc Poux, architectes / Sabine Moscati et Benoit Chaste, chefs de projet
Programme : 179 logements étudiants
Démarche HPE et THPE
Surface SHON : 6 000m²
Montant : 8,2M€ HT  

Réactions

Atelier Secousses | Architecte | Paris | 09-03-2015 à 15:54:00

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