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Entretien | Cristina Guedes - Rua de São Francisco, n°5, Porto (08-01-2014)

L'école de Porto a encore de beaux jours devant elle. Cristina Guedes, architecte de l'agence Menos é Mais Arquitectos (littéralement Moins et Plus), propose une architecture où poésie et faibles moyens sont les termes d'une équation a priori difficile. Une rencontre sur les rives du Douro proposée par Suzie Passaquin & Charlotte Vuarchex, 'Architects I met'.

Porto | Cristina Guedes

Parcours

Je m'appelle Cristina Guedes. Je vis au Portugal mais je suis née à Macao en 1964. Je me suis décidée à faire de l'architecture car je vis à Porto, une ville qui, depuis longtemps, entretient une relation étroite avec l'art de bâtir.

Mon père est ingénieur. J'ai donc toujours été très liée au monde de la construction. J'ai débuté mes études à la FAUP, autrefois, la faculté des Beaux-arts. J'ai fait un stage - qui était alors obligatoire - à l'atelier d'Alvaro Siza Vieira, ce qui m'a permis de connaitre des personnes de par le monde et d'être en contact avec son travail. Auparavant, j'avais travaillé pour l'architecte José Paulo Dos Santos qui est actuellement mon mari et qui a également travaillé avec Alvaro Siza Vieira.

J'ai créé très tôt un atelier avec l'architecte Francisco Vieira de Campos. L'agence s'appelle Menos é Mais Arquitectos ; nous avons ouvert nos bureaux à Porto en 1994 suite à notre premier projet ensemble.

02(@DR).jpgSuzie Passaquin & Charlotte Vuarchex : Quel bâtiment auriez-vous aimé avoir dessiné ?

Cristina Guedes : Il y a tant d'édifices que j'aime que je n'arriverais pas à choisir. Y compris parmi nos projets, il me serait tout aussi difficile de le dire. C'est comme de devoir choisir un fils.

Le projet dont vous êtes la plus fière ?

Ils sont tous différents. Nous sommes fiers de tous, de ceux qui sont les mieux construits comme de ceux qui nous posent soucis. Nous avons de l'affection pour nos projets. Mais, du point de vue de l'architecture, il est très difficile de voir ces réalisations mal évoluer. Par exemple, notre première expérience avait pour site les rives du Douro. Nous avons construit de petits équipements et de petites esplanades. Pour nous, travailler aux marges, à la limite de la discipline, nous a obligé à chercher. Ces projets nous enseignent beaucoup à l'instar de tout premier projet. Peut-être suis-je en train de chercher une échappatoire à la question, non ?

Le détail architectural fort de l'un de vos projets ?

Tous les projets ont un détail architectural fort.

Un site ou une histoire sur votre ville ?

Sur Porto ? Notre Atelier à Porto est près du fleuve. Porto est sur le fleuve autant que sur la colline. Notre Atelier est dans le centre, fait face au fleuve ; nous le regardons sans cesse. Nous voyons aussi nos premiers projets, là où nous avons commencé. Nous pouvons également voir le téléphérique que nous avons aussi conçu. Et enfin ce chemin... le chemin de tous les jours avec ce brouillard, jusqu'à l'Atelier... Il nous inspire toujours.

Préférez-vous parler ou dessiner ?

Il me plait davantage de garder le silence.

03(@AlbertoPlacido).jpgQuelle serait la ville idéale?

Il se trouve que la ville idéale est la mienne.

La question qui vous préoccupe ?

L'instabilité contemporaine. Une certaine instabilité dans la gestion des ressources, dans les conditions de travail, l'égoïsme actuel aussi, l'isolement, l'individualisme. Tout cela ne mène nulle part.

Ce qui vous irrite le plus en architecture ?

La bureaucratie et toutes les personnes qui doivent approuver un projet avant que nous puissions le construire. Nous sommes à l'agence avec différents projets et plus de la moitié se trouve dans les tiroirs parce que nombreuses sont les entités à devoir donner leur opinion, depuis les mairies aux commissions de coordinations des régions Nord, Centre et Sud. Nous sommes passés de l'absence de règle à une législation excessive. Nous avons aussi toutes les responsabilités et, avec les normes européennes, une responsabilité excessive. Les honoraires n'évoluent pas. Nous devons pourtant avoir en plus des assurances et une assistance. Voilà qui est difficile pour la profession, d'autant plus difficile pour ceux qui débutent.

L'édifice le plus grotesque de Porto ?

Nous en avons beaucoup. Avenue Boavista, il y a beaucoup d'édifices grotesques. Il y a un décalage entre le tracé de l'avenue et l'échelle des bâtiments.

Votre musique du moment ?

Il y en a tant. Ana Moura, U2, 'This time will pass'.

Etre un bon architecte, aujourd'hui ?

C'est quelqu'un qui a des critères et qui a conscience du lieu où il intervient. Il n'est pas celui qui veut se montrer. C'est celui qui sait bien utiliser les moyens dont ils disposent, qui a une attitude responsable dans la relation à l'environnement, à la durabilité, au mode de construction.

Que diriez-vous aux jeunes architectes ?

Qu'un projet n'implique pas de tout faire. Il s'agit d'être contenu et discipliné. Dans chaque projet, il faut trouver son concept et donner sens à ce qui existe. Voilà ce qu'est l'architecture. Le quotidien entre passé, nostalgie et anticipation. En plus d'être modeste et humble, nous devons être rationnels. Nous sommes l'un des premiers pays européens à réellement vivre l'appauvrissement... Nous nous appauvrissons. Il se trouve même qu'une classe d'architectes s'adapte et sait travailler avec beaucoup ou peu de ressources. Je n'ai jamais eu, pour ma part, beaucoup de moyens. Il est important d'être judicieux dans ses idées.

04(@AlbertoPlacido)_B.jpgCe que vous retenez de vos années d'études ?

J'ai mémorisé tant de choses et ce depuis la première année, dans la classe de Fernando Távora quand il nous parlait notamment de ses voyages autour du monde. Il s'agissait d'entrer dans un monde complètement différent, de regarder, de voir les choses d'une autre manière. Il disait : «Des yeux sans larme ne voient rien quand ils regardent». Il y eut aussi les cours de seconde année avec Alberto Carneiro, un artiste plasticien qui nous parlait de la relation entre l'art et la nature ; il était excellent professeur de dessin. La quatrième année, Eduardo Souto de Moura nous a enseigné que chaque projet devait avoir son propre concept. Voilà ceux qui furent nos grands professeurs. J'ai eu la chance d'avoir aussi Nuno Portas et son enseignement sur la ville. Pour moi, il a été particulièrement important de savoir que le projet fait partie du territoire. Les projets qui ont une lecture intelligente du territoire, qui savent lire les signaux, sont beaucoup plus riches et beaucoup plus intéressants. Nous avons eu comme professeur Alvaro Dominguez, géologue. Autant de rencontres qui ont été déterminantes.

Quelle est l'architecture portugaise de demain ?

C'est un peu celle que nous faisons maintenant, à savoir une architecture poétique de peu de moyens. Une exposition au Brésil qui présente cent architectes portugais a pour slogan : «Quiet is the new loud». Voilà qui caractérise bien l'architecture portugaise.

05(@LuisFerreiraAlves)_B.jpgQu'auriez-vous fait différemment ?

Je vivrais de la même façon car ce sont des erreurs que nous apprenons.

Pour vous, la suite ?

Arriver à travailler au Portugal. Encourager les nouvelles générations. Il est aussi important que les architectes commencent à se politiser. L'architecture est une discipline qui nécessite une formation globale et nous avons besoin de gens en politique qui ont une éthique, une vision plus globale. Tout un défi. J'aimerais ainsi disposer de plus de temps pour apporter ma contribution d'une autre façon.

Propos recueillis par Sandrine Da Costa & Charlotte Vuarchex

Architectes, curieux et avides de rencontres, les membres de l'association 'Architects I met' vont à la rencontre d'autres architectes autour du monde. A travers ces personnalités, ils explorent différents lieux et thématiques.
En savoir plus : http://architectsimet.com/

Réactions

patricia | architecte | aquitaine france | 09-01-2014 à 16:54:00

En effet le silence et le talent sont les deux qualités essentielles de l'architecte.
l'école de Porto en cela force le respect.
Belle sensibilité de l'architecte et bonne retransmission de celle ci dans l'article.

Ritabelo | Paris | 09-01-2014 à 11:29:00

Bonjour, Quelle sagesse et quel effacement, le talent des grands ! Voici le trait commun des talentueux archis portugais ! Bel article

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