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Visite | Lacaton & Vassal, l'économie du vide et de l'espace (27-11-2013)

Un FRAC, encore ? Sans doute, l’un des plus enthousiasmants. Signé Lacaton & Vassal et inauguré à Dunkerque (59) en novembre 2013, le FRAC Nord est à la fois le témoignage d’une architecture manifeste, rodée voire répétitive, mais aussi un exercice de style qui, dans son contexte, prend une dimension poétique.

Bâtiments Publics | Culture | Dunkerque | Lacaton & Vassal

Les pieds dans le sable gorgé d’eau. A l’horizon, vagues turbulentes et ciel gris sont en harmonie. Un arc en ciel, puis un autre, encore un... trois voeux, le tout en l’espace d’un instant. Quelques minutes plus tard, une brève ondée vivifie le corps et rappelle à la réalité. Exit les envolées lyriques. Trempés, les journalistes...

Depuis la plage de Malo-les-Bains, au-delà de la digue, les toits à double-pente du nouveau FRAC Nord signé Lacaton & Vassal ; deux bâtiments à touche-touche, un ancien hangar et son extension contemporaine.

Le profil se découpe sur la nébuleuse menaçante du port de Dunkerque. Les teintes neutres, grisées, opalines et métalliques, caractéristiques de l’architecture d’Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal, sont alors en parfait écho à la nature de l’air.

02(@JPHH)_S.jpgSur place, à la veille de l’inauguration, les médias se pressent tant pour découvrir l’édifice que pour entrevoir les collections exposées. L’ambition affichée du FRAC est à la «médiation». Que faut-il entendre derrière le barbarisme ? Mystère...

«Attention madame, vous marchez sur une oeuvre d’art»... Sans doute était-cela, la médiation ? Bref... «Nous ne voulions pas trop en montrer pour que chacun puisse s’approprier l’architecture», assure Hilde Teerlinck, directrice de l’institution. Dont acte.

Sur place, Anne Lacaton, sans son associé, ne se montre pas avare d’explications. Elle résume, ni plus ni moins la philosophie de l’agence. Grosso modo, plus avec moins.

«C’est un projet issu d’un concours. Nous étions quatre équipes retenues. Nous avions chacun reçu comme matériel de base la halle AP2 et un programme de 5.000m² de surface utile», débute l’architecte.

«Nous avons participé à la visite du site. Quand les portes de la halle nous ont été ouvertes, nous avons été particulièrement émus par le caractère d’exception du lieu. L’émotion s’est ancrée dans nos têtes comme une obsession. Pourquoi donc remplir ce vide ?», s’interrogent-ils.

03(@FondsDesreumaux)_B.jpgL’ambition de la maîtrise d’ouvrage était alors, en gros, de restructurer l’existant. Le hangar - monumental atelier de réparation de moteurs de bateau - devait ainsi abriter à lui seul, dans la stricte limite de ses murs, le nouveau fonds régional d’art contemporain.

«Cette halle était intégrée autrefois dans un ensemble industriel plus vaste. Aujourd’hui, elle surgit d’une table rase laissée par la folie destructrice d'une époque récente», souligne Anne Lacaton.

L’AP2 et, à proximité immédiate, un hangar bleu, «notre bon ami le hangar bleu», sont aujourd’hui les seuls témoignages du passé portuaire, le second étant promis à une destruction prochaine, regrettée par le duo d’architectes. «Sans lui, notre bâtiment risque d'apparaître comme une icône. Voilà tout ce que nous ne souhaitions pas», soupire Anne Lacaton.

Au néant de la tabula rasa, les deux maîtres d'œuvre répondent donc par «la question de l’exception». «Regarder avant de faire est notre travail d’architecte. Il s’agit, à chaque fois, de reconsidérer ce qui nous est demandé», dit-elle.

«Nous avions une intuition mais nous ne pouvions pas travailler sur cette seule base. Nous avons d'abord essayé d'installer le programme, comme convenu, dans la halle, ce qui nous a amenés à appréhender l'occupation de la hauteur. Puis, nous avons confirmé notre choix de laisser la halle libre et vide ; nous avons sorti le programme en-dehors pour nous installer juste à côté», explique-t-elle.

04(@OkKyungYoon)_S.jpgAux yeux des architectes, ces premiers coups de crayons et ces premières recherches relevaient de l’«exploration». Puis, réflexion faite, le duo tenait là, entre les mains, «la façon la plus intéressante de se situer».

«Nous avons conçu une enveloppe qui reprend exactement les dimensions de la halle existante. Nous ne voulions pas introduire une démonstration ni une rivalité avec l’existant», assure-t-elle.

Le nouvel édifice est alors conçu selon des principes de «transparence et d’efficacité». L’ancienne halle, quant à elle, reste brute et vide. «Elle est ouverte à la création. Elle est un espace supplémentaire, un espace d’événements», précise Anne Lacaton avec, en mémoire, le Turbine Hall de la Tate Modern à Londres.

En lieu et place des 1.500m² d’exposition requis, Lacaton & Vassal en offre au final 1.800m². Quant au budget de base de 12,8 millions d’euros, 12 seulement ont été utilisés.

«Nous avons également conçu les cimaises qui ne nous étaient pourtant pas demandées», tient-elle à rappeler. « Nous voulions donner avec l’équipement les outils pour exposer, dont nous avions pu voir la nécessité au Palais de Tokyo, pour faire fonctionner des espaces ouverts. Aussi, nous avons proposé ces dispositifs dans le cadre des prestations du projet et de notre budget», dit-elle.

05(@MaximeDufour)_B.jpgPour ce faire, le duo assure un travail sur «les sources d’économie, sans dimension restrictive». «In fine, ce sont toujours les intentions et les objectifs qui restent essentiels. Le travail sur l'économie permet de les réaliser et de les tenir jusqu'au bout», assure Anne Lacaton. Le résultat est là : le parti de départ semble n’avoir souffert d’aucune coupe et l’enveloppe budgétaire n’a pas été, dans son intégralité, utilisée.

«Nous voulions donner la liberté, l’outil et la capacité sans jamais sacrifier le vide», assure l’architecte. «Un FRAC n’est pas un musée. L’important est d’être vu et de s’adapter à la condition du bâtiment», assure la directrice de l’institution.

«Nous avons toujours peur de la lumière», dit-elle. Aussi, Lacaton & Vassal opère un jeu de transparence et de gestion de la lumière. Salles noires et circulations en premier jour assurent un contraste saisissant.

Escaliers et paliers, tous orientés vers la mer, s’insèrent donc entre bâti et enveloppe. Depuis, le paysage s’offre au regard à travers le filtre du polycarbonate - ondulé comme de la tôle - ou des coussins de Téflon.

Les contours du port, de la ville et de la mer ne sont jamais nets. La digue ondule, les cheminées se cambrent et l’horizon oscille.

In fine, le visiteur est assurément conduit à la contemplation, de l’architecture au flou artistique.

Jean-Philippe Hugron

06(@CarstenEisfeld)_B.jpg

Fiche technique

Site : Dunkerque
Date : concours 2009, études 2010, livraison 2013
Maître d’ouvrage : Communauté Urbaine de Dunkerque
Architectes : Anne Lacaton & Jean Philippe Vassal avec Florian de Pous, chef de projet, Camille Gravellier, suivi du chantier, Yuko Ohashi, Juan Azcona
Programme : salles d'exposition, réserves de la collection, espaces pédagogiques, administration,
Surface : 11.129m² surface hors oeuvre nette comprenant : 9.157m² de construction neuve, 1.972m² de la halle existante
Coût des travaux : 12M Euros HT (valeur 2011)

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