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Visite | Hellin-Sebbag : le coup de la barre à Nîmes (27-11-2013)

L’exploser ? Pas question ! La barre du lycée Albert Camus fait office pour Hellin-Sebbag de page blanche. En mai 2013, les architectes de l’agence implantée à Paris et à Montpellier ont livré un ensemble repensé et étendu. Au programme : construction de laboratoire, requalification de l’entrée, création d’une cafeteria et réhabilitation de la barre... Une architecture loin des projecteurs. 

Réhabilitation | Extension | Education | | Hellin-Sebbag architectes associés

L’archistar et le mammouth qui cachent la forêt, voilà un conte pour Conseil régional en mal d’image. A Montpellier, par exemple, Massimiliano Fuksas et son lycée hôtelier gonflé aux stéroïdes captent tous les regards. La ville surdouée, sa région et son budget com'...

Par-delà les programmes aux budgets d'exception réservés à une petite élite d’architectes, les autres ensembles scolaires souffrent de ne voir, souvent, aucun changement. Du moins, sans commune mesure avec l'audace affichée ponctuellement sous les projecteurs médiatiques.

A Nîmes donc, un lycée, Albert Camus, de son nom, et sa mauvaise réputation. En 2007, un concours fut lancé en vue de sa mise aux normes, de son extension, en plus de la requalification de son entrée.

Le programme du concours peine véritablement à séduire. Et pour cause, la réhabilitation d'un complexe scolaire, pire d'une barre moderne, ingrate et stérile, paraît un redoutable exercice, qui plus est, dans une enveloppe budgétaire serrée.

02(@DR+BenoitWehrle)_B.jpgPourtant, in situ, toute l'ingéniosité d'un parti architectural prend forme. L'opération ne donne pas dans la communication visuelle ou politique outrancière. En somme, un travail chirurgical soigné, ici, couleur sang.

«Rénover fait partie du développement durable», assure Brigitte Hellin. «Aujourd'hui, rénover un lycée doit être aussi fort symboliquement que la réalisation d’un bâtiment neuf», dit-elle. Les budgets sont-ils pour autant les mêmes ?

«Quand nous avons visité le site, nous pensions que ce qui était demandé était fastidieux ; nous avons délibérément pris le parti d'une implantation différente de celle imaginée par le programmiste ; nous avons décidé de construire la nouvelle extension sur pilotis, dans la dent creuse le long de la rue», indiquent les architectes. 

Avenue Georges Pompidou, la façade est mince et ne présage aucunement de l'importance de l'ensemble dominé par une barre de sept étages construite dans les années 60. Le programme prévoyait de densifier plus encore la parcelle et de déshériter les étudiants d'espaces libres, pourtant trop rares.

«La maîtrise d’ouvrage imaginait une construction en peigne sur le seul espace vert disponible. Il nous paraissait absurde de raccourcir la cour. Nous avons donc pensé utile de construire dans la dent creuse», note Brigitte Hellin.

Aussi, le dispositif aérien conçu par Hellin-Sebbag permet d'enjamber quelques constructions existantes abritant notamment l’auditorium du lycée et d'inscrire le complexe dans la continuité urbaine de la rue. Par ailleurs, les architectes insistent sur ce point : il s’agissait de créer un signal fort. Pour ce faire, une façade en VEC ponctuée de fanions rouges lumineux.

03(@BenoitWehrle)_S.jpgConcernant la barre, les deux associées assument avoir mené un travail «par adjonction ». «L'un des problèmes posés était l'inaccessibilité de l'édifice par les handicapés», précise Brigitte Hellin.

Pour répondre aux nouvelles exigences, des circulations extérieures ont été créées. «Une solution économique qui permet en plus une forme de contrôle», note Hilda Sebbag. Surveiller et punir ?

«Elles nous permettent également de scander et de rythmer la barre en plus de théâtraliser le parcours des élèves», reprend Brigitte Hellin.

Une destruction partielle n'était-elle pour autant pas envisageable ? «L'architecture des années 60 est une page blanche fonctionnelle. Aussi, nous n'avons pas un seul instant pensé à la démolition mais plutôt à l’ajout de nouveaux éléments qui, par stratification, recréent un bâtiment contemporain», assure Hilda Sebbag.

La barre est aussi «un moyen de comprendre la pente du site», ajoute son acolyte. Toutefois, la confrontation brutale d’une rationalité architecturale avec la géographie témoigne d’un combat d'une autre époque.

En ce jour gris d'octobre, la barre, bien que ponctuée de rouge - une «intervention picturale» aux dires des femmes de l'art - reste sobre, voire, sur le coup, un peu triste. «Sous le soleil du Midi, le blanc est éblouissant quand le gris, lui, devient beaucoup plus clair. Nous ne gérons pas les couleurs ici de la même façon qu'à Paris», précisent-elles.

04(@BenoitWehrle)_S.jpgLa cloche de midi sonne. Les élèves vont et viennent selon des trajets différents. A chacun son parcours. Les uns se dirigent vers le porche, en bas, qui fait office de préau, les autres rejoignent la cantine ou, plus haut, la cafeteria et sa vaste terrasse proposée par les architectes bien que non demandée dans le programme.

«Nous avons fait le chantier en site occupé», rappellent-elles. En tout et pour tout, trois ans de travaux ont été nécessaires menés en grande partie par Benjamin Pirany, l’associé junior de l’agence.

«Ce projet est avant tout une question sociale», souligne Hilda Sebbag. Aujourd’hui, l’agence assure la restructuration et l’extension d’un autre ensemble scolaire, le lycée Léonard de Vinci à Montpellier. Au risque d’être catalogué ?

«C’est plutôt la réhabilitation de l’architecture tramée et régulière des années 60 qui nous poursuit», sourit Hilda Sebbag. 

Jean-Philippe Hugron

05(@Hellin Sebbag)_B.jpg Fiche technique

Nom de la réalisation : extension et réhabilitation du Lycée Albert Camus
Adresse : 51 avenue Georges Pompidou, Nîmes (30)
Maître d’ouvrage : région Languedoc-Roussillon
Mandataire : Languedoc Roussillon Aménagement
Maîtrise d’oeuvre : Hellin-Sebbag, architectes associés (Paris-Montpellier)

Programme
Construction d’un bâtiment (STL) destiné à la filière 'Sciences et Techniques de Laboratoire' (biochimie et biologie)
Requalification de l’entrée de l’établissement
Mise aux normes d’accessibilité handicapés et aux normes de sécurité incendie de l’établissement
Création d’une cafeteria en surélévation d’un bâtiment existant (A)
Création de la vie scolaire en extension d’un bâtiment existant (B)
Réhabilitations de divers bâtiments (restauration, enseignement scientifique, etc.).

Surfaces
Neuf : 1.548m² utiles
Réhabilitation : 4.548m² utiles
Mise en sécurité et accessibilité : 13.500m² utiles.

Calendrier
Concours : 2007
Livraison : mai 2013 (chantier phasé en site occupé)

Coût travaux
Coût des travaux : 10,9M€ HT valeur 2009
Neuf : 3,5M€ HT
Réhabilitation et mise en sécurité : 7,4M€ HT

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