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Compte-rendu | L'utopie en architecture existe-t-elle ? La vision communautaire de Joep Van Lieshout (07-11-2013)

Fondateur de l'Atelier Van Lieshout à Rotterdam, l'artiste travaille des oeuvres à la limite de l'art, de l'architecture et du design. A travers sculptures, maisons mobiles et sociétés utopiques, Joep Van Lieshout analyse l'autarcie. A Marseille, le 6 mars 2013, il présente aux futurs architectes de l'ENSAM un travail «entre le bien et le mal», exposé jusqu'au 31 décembre 2013 à la Friche de la Belle-de-Mai.

Vie étudiante | ENSA Marseille | France | Joep Van Lieshout

«J'ai toujours travaillé des formes et des sculptures fonctionnelles», affirme Joep Van Lieshout. En guise d'exemple, quelques constructions mobiles.

«Pendant les années 80, j'ai produit une série de maisons mobiles. J'avais notamment beaucoup étudié un groupe de croyants américains, les 'Shakers', qui avaient choisi d'habiter isolés, au fin fond de la campagne, en produisant tout ce qu'ils consommaient. Ils arrivaient à bâtir des maisons mobiles très minimalistes et fonctionnelles que j'appréciais beaucoup», poursuit-il.

Depuis, d'autres structures sont nées. «La 'Bais-ô-Drôme' était la première d'entre elles : un mini espace fonctionnel pour faire l'amour sur l'autoroute», raconte-t-il. «Il est équipé d'un système sonore, d'un lit et de toilettes».

Le projet 'The monster and the slave unit' analyse la hiérarchie au sein de petits espaces. «Le corps central de la maison est le monstre et les esclaves sont les espaces accessoires : la salle de bain, la chambre, le bureau...». L'esclave peut être déplacé dans cinq trous situés dans le monstre : la construction échappe alors aux règles de l'architecture traditionnelle sans fondation ni forme fixe.

«J'ai poursuivi mes études en analysant le rapport entre architecture et design». A Joep Van Lieshout de citer le projet 'Autocrat' : «il s'agit d'une maison mobile faite pour vivre dans des espaces perdus. J'en ai personnellement construit chaque composant».

«En 1999, le Walker Art Center de Minneapolis m'a commandé 'The Good the Bad and the Ugly', un laboratoire d'art mobile. L'oeuvre avait été conçue afin de porter l'art dans les quartiers pauvres du Minnesota».

L'artiste ne se sentait alors pas «tout à fait satisfait» ; il a enrichi le projet d'une «partie obscure». «J'ai rajouté une maison fixe à la structure mobile. L'extension a été vivement critiquée car j'avais installé à l'intérieur un laboratoire pour produire des choses obscures ; l'habitant imaginaire de ce lieu était l'Una Bomber». Qui ? Un prototype de terroriste produisant ses bombes à partir de matériaux recyclés. Rien de moins pour émouvoir le public américain.

Le rapport entre bien et mal, entre moralité et exploitation rythme le discours de Joep Van Lieshout, qui poursuit son exposé avec la présentation d'une série de sculptures représentant les organes internes : appareil de reproduction, langue, intestin... Et le rapport à l'architecture ?

02(@AtelierVanLieshout).jpgWombhouse, 2004L'artiste poursuit. En deçà des formes s'inscrit, selon ses dires, une recherche entre forme et fonctionnalité : «J'ai construit des sculptures habitables en partant de la forme du corps humain. Je souhaitais prendre cette forme et la faire fonctionner», explique le conférencier en montrant : 'Wombhouse', un utérus contenant l'unité de service d'une maison ; 'Wellness Skull', un crane accueillant un bain et un sauna ; ou encore 'Bar Rectum', un bar qui s'inspire du système digestif, partant de la langue puis passant par l'estomac, l'intestin...

L'expérience de l'artiste et ses recherches s'étendent aussi à l'étude de société à partir des thèmes, entre autres, de la consommation d'énergie, de la production, de la façon dont chacun vit. Il a mené de front plusieurs analyses de sociétés utopiques, notamment en fondant le 'Free State' à Rotterdam en 2001.

«Nous avons fondé une société où chacun pouvait construire sa propre maison sans moyen technique. La communauté était totalement indépendante. Nous avions ainsi bâti un restaurant flottant ; c'était pour nous le seul moyen de l'ouvrir légalement», dit-il.

La communauté avait également sa propre monnaie conçue et dessinée par l'artiste, qui a dédié les différentes pièces à l'agriculture, au sexe, aux maisons mobiles. La valeur ne correspondait non pas à l'or mais à la bière. Gezondheid !

«Après un an, nous avons été forcés de tout fermer suite à une rencontre avec la presse où j'ai déclaré la totale indépendance de notre société. Un an reste, quand même, un long temps de vie pour une société utopique», sourit-il.

03(@AtelierVanLieshout)_S.jpgL'artiste semble avoir retourné le sujet de la vie en communauté dans tous les sens. Il a par ailleurs développé une autre société utopique dans 'Slave city', une ville verte et rentable où tout est recyclé.

«Ce projet repose sur le rapport entre le bien et le mal ; Slave city est une ville indépendante qui ne pollue pas et utilise seulement ce qu'elle produit. En revanche, tout n'est possible que par l'exploitation de ceux qui y vivent». Les esclaves sont sélectionnés dans un «welcoming centre» ; ceux qui sont «aptes» travaillent sept heures par jour dans le «call centre», sept heures dans les champs et tous ont droit à trois heures de repos et sept de sommeil ; les autres individus sont «recyclés». «La ville est aussi équipée d'une université et d'un musée et produit sept milliards de profit chaque année».

En ce moment, l'artiste travaille la série 'New Tribal Labyrinth', qui analyse une nouvelle organisation de la société, du travail, de la production d'énergie. Joep Van Lieshout envisage un retour vers l'agriculture et l'industrie. La renaissance d'un système de collaboration est représentée notamment dans 'Saw Mill', une structure équipée d'un moulin.

04(@AtelierVanLieshout).jpgSawMill-Cheese Maker, 2012-2013«Dans Saw Mill, les personnes peuvent couper du bois et collaborer à la production d'objets fonctionnels. Ils travaillent dans un espace comprenant cuisine et lieu de travail afin de pouvoir produire et de se sentir à l'aise. A cette unité, j'ai rajouté le Cheese Maker, une extension pour produire du fromage. Les conditions hygiéniques sont très pauvres mais les gens retrouvent le contact avec les produits».

«Je pense que pour produire une nouvelle société utopique, le point de départ est la révolution industrielle. Aujourd'hui, avec la grande production et la grande consommation, les gens ont perdu le contact avec les produits. Nous vivons dans un monde trop accessible», conclut-il.

Caterina Grosso

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